Policière poignardée: le profil du suspect, entre schizophrénie et radicalisation, se précise

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Les forces de l'ordre déployées sur place  - Loïc Venance
Les forces de l'ordre déployées sur place - Loïc Venance

Ce vendredi matin, sur les coups de 10 heures, un homme a poignardé à plusieurs reprises une policière municipale dans la commune de La Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes.

S'il est d'abord parvenu à prendre la fuite, en voiture puis à pied, emportant avec lui l'arme de service de sa victime, il a rapidement été retrouvé par les gendarmes. L'individu est mort à l'issue d'un échange de tirs qu'il avait initié contre les forces de l'ordre. D'abord neutralisé, il n'a pu être ranimé par les secours. Deux gendarmes sont sortis légèrement blessés de cette fusillade. Un troisième agent, présent lors de cette confrontation qui a eu lieu à proximité de la brigade de gendarmerie, a été choqué.

Le profil du suspect se dévoile peu à peu, comme le montrent nos informations recueillies auprès de source policière. L'homme, identifié par les enquêteurs avant même d'avoir été localisé dans sa fuite, était âgé de 39 ans. De nationalité française, né à Saint-Nazaire, il présente un profil hybride, mêlant radicalisation islamiste et troubles psychiatriques, que les spécialistes surnomment parfois "dossiers camisoles".

Diagnostiqué "schizophrène sévère"

Comme l'a révélé le procureur de la République de Nantes dans la soirée, l'assaillant était sorti le 22 mars dernier d'un séjour en prison long de huit ans. Écroué le 9 mars 2013 puis condamné le 7 octobre 2015 par la Cour d'assises de Nord pour vol aggravé, il a purgé la peine de huit ans de prison prononcée à son encontre dans son intégralité, sans bénéficier d'aucun aménagement de peine, comme l'a rappelé le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti vendredi après-midi.

Mais le profil de cet homme, auteur de multiples faits relevant du droit commun, est plus complexe qu'il n'en a l'air. Ainsi, d'évidents troubles psychiatriques ont motivé la mention d'un suivi socio-judiciaire dans la perspective de sa future libération: un dispositif comportant une obligation de soins. En 2016, il avait été diagnostiqué "schizophrène sévère", une expression reprise par le ministre de l'Intérieur lui-même. L'homme se disait entre autres "possédé par le mal".

Un second volet, religieux celui-là, vient encore compliquer son parcours. Sa radicalisation islamiste a été observée à partir de cette même année 2016 par le renseignement pénitentiaire. L'homme affichait une pratique rigoriste de l'islam, et y joignait des provocations verbales liées à sa vision de sa foi. Son fanatisme était "pris en compte" par les services concernés depuis mars. Surtout, son profil avait été inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (le FSPRT).

Un suivi socio-judiciaire auquel le suspect participait "activement"

Selon nos informations, livrées par une source proche de l'enquête, le suivi socio judiciaire auquel il avait été condamné en 2015 a été mis en place immédiatement, obligation de soins comprise, à sa libération. Il était également accompagné par une association en lien avec le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Il avait retrouvé un travail.

"Un contrôle socio-judiciaire a été mis en œuvre pour contrôler l’individu", a confirmé le procureur de la République Pierre Sennès. "Ce suivi avait deux finalités: une finalité sociale pour l’accompagner et l’aider à une recherche d’hébergement, et une association lui a effectivement trouvé un logement à la Chapelle-sur-Erdre. La seconde finalité était de veiller à une injonction de soins".

Ce contrôle a été confié dès le mois d'avril à un médecin coordonnateur, désigné par le juge d'application des peines. "Il a été établi qu'il participait activement à son suivi, collaborait à ses obligations et suivait scrupuleusement les soins", a noté le procureur vendredi soir, évoquant le comportement le suspect au cours des dernières semaines. "Le suivi me paraît tout à fait satisfaisant", a ajouté Pierre Sennès.

"Dossiers camisoles"

Ce parcours chaotique et complexe interpellent les enquêteurs. Ceux-ci ont une expression pour ces cas mêlant psychiatrie et dérive religieuse: les "dossiers camisoles". La difficulté à faire la part de la responsabilité de l'individu ou de l'altération voire abolition de son jugement contraint le parquet national antiterroriste à maintenir à ce stade une attitude prudente. Il analyse encore la situation, et réserve sa décision quant à sa volonté de se saisir ou non des investigations.

Celles-ci reposent donc sur la section de recherches de Nantes, et sont par conséquent placées sous la responsabilité du parquet du chef-lieu de la Loire-Atlantique. L'enquête prote sur la tentative de meurtre de la policièree municipale, la tentative d emeurtre sur les militaires mais aussi la séquestration de la jeune femme. Le parquet national antiterroristes (PNAT) ne s'est à ce stade pas saisi de l'enquête. mais la situation pourrait évoluer dans les heures qui viennent.

"La question est de savoir si ces faits ont été commis dans un contexte de radicalisation et sont susceptibles de recevoir une qualification pénale en lien avec une radicalixsation et si, par conséquent le parquet antiterroriste doit être saisi", a remarqué le procureur de la République qui a souligné qu'il était en contact constant avec le PNAT.

Article original publié sur BFMTV.com

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