Refus d'obtempérer à Paris: les policiers ressortent libres, passe d'armes entre Mélenchon et ses rivaux

Les trois policiers qui ont tiré à Paris sur une voiture qui leur aurait foncé dessus sont ressortis libres mardi de garde à vue, sans poursuites à ce stade après la mort par balle d'une passagère qui suscite de vifs échanges politiques avant le premier tour des législatives.

"Ils sortent libres de toute charge (...) L'enquête va se poursuivre sous une autre forme et ils donneront tous les éléments de réponse afin que la vérité se manifeste pleinement", a déclaré à l'AFP Me Laurent-Franck Liénard.

"Ils n'ont rien à cacher et démontreront leur respect des règles et la légitimité de leur action", a-t-il ajouté.

Les trois fonctionnaires avaient été placés dimanche en garde à vue à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour "violences ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) de plus de huit jours avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique" et "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l'autorité publique". L'enquête a été confiée à un juge d'instruction, a indiqué le parquet.

Une autre enquête est ouverte pour "tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique", mais le conducteur, grièvement blessé par balle, n'a pas encore pu être entendu.

Samedi en fin de matinée, dans le XVIIIe arrondissement, des fonctionnaires à VTT ont voulu contrôler "une voiture avec quatre passagers dont l'un ne portait pas sa ceinture de sécurité", a relaté une source policière.

- "Police qui tue" -

Alors qu'ils s'en approchaient, la voiture a pris la fuite. Alors que les policiers tentaient à nouveau de la contrôler, le conducteur aurait démarré et "foncé", selon la police, sur les policiers qui ont fait usage de leurs armes et atteint le conducteur, 38 ans, et la passagère avant, née en 2001.

Un des passagers arrière a toutefois assuré sur RTL que le conducteur n'avait pas foncé sur les fonctionnaires et n'avait redémarré qu'après leurs coups de feu.

"Après l'hystérisation et la politisation du débat, le temps est à l'enquête et à la sérénité" pour les enquêteurs, a tweeté le syndicat Unité SGP qui, comme son concurrent Alliance, a apporté son "soutien" aux policiers.

Ce contrôle a ravivé la question de l'usage de la force par les policiers et gendarmes et nourri une nouvelle passe d'armes entre le chef de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon et ses adversaires politiques.

M. Mélenchon a dit mardi sur France Inter assumer d'avoir fustigé ce week-end "une police qui tue". Il a expliqué avoir "monté le ton" pour dénoncer "l'évolution de l'usage de la force de la police telle qu'elle est aujourd'hui définie par le pouvoir politique qui commande".

"Si vous votez pour moi, je changerai la doctrine d'usage de la force de police dans notre pays" pour un usage "proportionné", a promis le numéro 1 de LFI qui brigue le poste de Premier ministre si l'alliance de gauche (Nupes) emporte une majorité de sièges à l'Assemblée à l'issue des législatives des 12 et 19 juin.

- "Choquant" -

Se défendant d'être "antiflic", il a de nouveau pointé du doigt les "comportements factieux" selon lui de certaines "organisations politico-syndicales" policières.

Des mots qui ont déclenché une salve de critiques, au moment où la Nupes est identifiée par la majorité présidentielle comme son adversaire principal pour ce scrutin.

"Je trouve très choquant la façon qu'a Jean-Luc Mélenchon de s'en prendre systématiquement à la police avec des propos totalement outranciers", s'est émue la Première ministre Elisabeth Borne mardi sur France Bleu.

"4 morts en 4 mois. La mort d'une jeune femme de 21 ans abattue d'une balle dans la tête: pas grave pour #Borne", lui a aussitôt rétorqué M. Mélenchon sur Twitter. "Pour elle, moi seul suis un problème. Borne, Première ministre technocrate sans coeur, sans compassion humaine, sans principe républicain sur la force publique."

Pour l'ex-candidate RN à la présidentielle Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon est "toujours du côté des voyous" et, à droite, le président des sénateurs LR Bruno Retailleau a réclamé ses "excuses aux policiers".

Ce sujet des "violences policières" pourrait agiter ces derniers jours d'une campagne jusque-là atone.

Fin avril, un policier avait été mis en examen pour "homicide volontaire", soupçonné d'avoir tué le conducteur et un passager d'une voiture qui aurait forcé un contrôle à Paris. Et dans la nuit de lundi à mardi, un policier a blessé au dos un automobiliste soupçonné d'avoir refusé un contrôle à Argenteuil (Val-d'Oise).

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