Polémique sur «l'islamo-gauchisme»: la ministre Frédérique Vidal ne lâche pas

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Dans les pages du Journal du dimanche, La ministre de l'Enseignement supérieur l'assure : une enquête sera bien menée contre la « gangrène de l'islamo-gauchisme » dans les universités françaises. Professeurs, présidents d'universités, chercheurs dénoncent une atteinte à leur liberté...

Droite dans ses bottes. Malgré la fronde des universitaires et bien qu'à peine soutenue par l'exécutif, Frédérique Vidal confirme dans les colonnes du JDD qu'une enquête du CNRS aura bien lieu sur « l'islamo-gauchisme » dans les universités. Une enquête sociologique, précise-t-elle. Il s'agira de faire un état des lieux de l'enseignement universitaire et d'identifier d'éventuelles entraves au débat contradictoire.

La ministre tente de minimiser la polémique qui agite le monde politique et universitaire depuis ses dernières déclarations. Tout commence à l'Assemblée nationale lorsque la ministre de l'Enseignement supérieur annonce qu'elle va demander au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique, « un bilan de l'ensemble des recherches » qui se déroulent en France, afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme. Quelques jours plus tard, sur une chaîne privée, Frédérique Vidal pointe l' « islamo-gauchisme » qui, selon elle, « gangrène la société dans son ensemble et l'université n'est pas imperméable ».

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Nombre d'universitaires, à commencer par la Conférence des présidents d'universités (CPU) expriment alors leur « stupeur ». Dans un communiqué au vitriol, la CPU dénonce « les représentations caricaturales » du gouvernement. Six cents enseignants réclament même la démission de la ministre dans une tribune au quotidien Le Monde.

L'embarras du gouvernement

Dans le JDD ce dimanche, Frédérique Vidal dénonce un « procès d'intention » et réfute vouloir mettre en place une « police de la pensée ». Mais elle est très fragilisée, isolée au gouvernement. Seul le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer lui a apporté son soutien. En octobre dernier, il avait déjà utilisé cette expression en s'en prenant plus particulièrement au syndicat étudiant Unef. Interrogé sur BFMTV ce samedi, le ministre renchérit, assurant que « l'islamo-gauchisme » était un « fait social indubitable » qu'il fallait « regarder en face ».

Le Premier ministre Jean Castex reste lui silencieux et Emmanuel Macron garde ses distances. Le président a un « attachement absolu à l'indépendance des enseignants-chercheurs », a déclaré mercredi dernier le porte-parole du gouvernement Gabriel Atta. Signe du malaise au sein de l'exécutif, lorsque le JDD lui demande si elle a le soutien du président, la ministre élude : « Ce n'est pas notre priorité aujourd'hui ».

Depuis le début de la crise sanitaire, ses collègues au gouvernement la jugeait trop effacée, trop en retrait sur le mal-être des étudiants, un mal-être aggravé par la pandémie de Covid-19 et les difficultés scolaires et matérielles auxquelles ils sont confrontés... La voilà dans la lumière pour une polémique dont l'exécutif se serait bien passé.