Polémique autour du financement de la future plus grande mosquée d’Europe à Strasbourg

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La ville de Strasbourg a adopté lundi 22 mars le principe d’une subvention de 2,5 millions d’euros pour la construction de ce qui devrait devenir la plus grande mosquée d’Europe. Depuis, la polémique n’en finit pas d’enfler et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a demandé à la préfecture de saisir le tribunal administratif.

Le projet est colossal. Eyyub Sultan, simple mosquée fondée en 1996 dans le quartier de Meinau dans le sud de Strasbourg est en passe de devenir la plus grande mosquée d’Europe.

Centre de recherche, musée, centre commercial et restaurant devraient également faire partie de ce complexe imaginé et porté par l’association Millî Görüs. Les travaux ont commencé en 2013 mais faute d'argent, ils ont été interrompus en 2017 pour finalement reprendre fin 2020. Le coût total de l’opération est estimé à 32 millions d'euros, dont plus de 25 millions pour la seule mosquée.

Une subvention de la ville qui fait figure d’exception nationale

En Alsace-Moselle, contrairement au reste de la France, les cultes peuvent obtenir des subventions publiques. Notamment pour la construction d'édifices religieux.

Et si l'islam n'est pas l’une des quatre religions reconnues par ce droit, le conseil municipal strasbourgeois, dans un souci d’équité, a décidé en 1999, d'adopter la même règle pour tous les cultes et de leur allouer 10% du coût total des édifices religieux.

C'est précisément dans ce cadre que Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg, a adopté le principe d'une subvention de 2,5 millions d'euros.

Ce n’est pas le projet qui inquiète, mais l’association qui le porte

Au cœur des débats, c’est bien l’association Millî Görüs qui pose problème. Très présente en France et particulièrement en Alsace, l’organisation islamique et politique est soupçonnée d’être proche du pouvoir turc.

Autre sujet d’inquiétude : l’organisation n'a pas signé la charte des principes de l'islam de France, obtenue du Conseil français du culte musulman par l'exécutif en janvier.

Le projet de loi contre le séparatisme au Sénat à partir du 30 mars

Un point qui n’a pas échappé au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui après une série de tweets à l’intention de la maire alsacienne a demandé à la préfecture de saisir le tribunal administratif. Et le ministre de l’Intérieur d’ajouter : « Vivement que tout le monde ouvre les yeux et que la loi contre le séparatisme soit bientôt votée et promulguée ».

L’élue municipale, Jeanne Barseghian n’a pas tardé à répondre au ministre lors d’une conférence de presse en lui faisant part de son étonnement de le voir s’adresser à elle par voie de tweet. Et de préciser également « que ce projet de mosquée est un projet ancien qui ne date pas de ma mandature, mais d'une dizaine d'années. »

Vivement critiqué par l’opposition municipale, le versement effectif de la subvention doit néanmoins faire l'objet d'un nouveau vote. De son côté, la maire de Strasbourg a déjà proposé d'intégrer dans le texte plusieurs conditions, comme par exemple la signature préalable de la charte des principes pour l'islam de France ou encore des garanties sur la transparence des fonds destinés à financer le chantier.