"Pas de point de départ": sans corps ni identité, l'enquête sur la cycliste introuvable s'annonce complexe

Un gendarme le 30 octobre 2022 à Carantec, en France (photo d'illustration).  - DAMIEN MEYER / AFP
Un gendarme le 30 octobre 2022 à Carantec, en France (photo d'illustration). - DAMIEN MEYER / AFP

Un meurtre présumé, un suspect qui nie les faits et une victime introuvable. C’est une situation peu commune, et pour le moins intrigante, à laquelle sont confrontés les gendarmes de la Section de Recherches de Rouen. Mi-mai, une femme se présente au commissariat de Dieppe pour dénoncer un meurtre commis, selon elle, par son ex-compagnon deux mois plus tôt.

Elle raconte que le 9 mars, ce charpentier d'origine polonaise lui a confié avoir percuté une cycliste avec son véhicule qu’il conduisait sous l’emprise de l’alcool. D’après ses dires, il a ensuite chargé le corps et le vélo dans sa voiture, une Audi A4 noire immatriculée en Pologne, avant de les cacher derrière un talus pour revenir ensuite les enterrer. A son retour, la cycliste étant toujours vivante, il l’aurait achevée en lui portant plusieurs coups de pelle avant de l’enfouir sous terre.

"Deux versions diamètralement opposées"

Interpellé le 21 juin, le suspect livre en garde à vue "deux versions diamétralement opposées", explique à la presse le procureur de la République de Rouen.

L’homme parle d'abord d'"une blague faite à son ex-compagne afin qu’elle le prenne en pitié et revienne vivre avec lui" avant de reconnaître qu'il a "bien percuté une cycliste" mais que "celle-ci s’en est remise et a pu repartir".

D’autres éléments l'incriminent: les gendarmes disposent du témoignage d'une amie du couple qui a pris, le 9 mars, deux photos du véhicule suspect, dont le pare-brise présentait "un gros impact circulaire avec une marque rouge au centre", souligne le procureur. Admettant avoir par la suite incendié lui-même son véhicule, le quadragénaire "s’est muré dans le silence" lorsque les enquêteurs lui ont demandé pourquoi.

Enfin, une autre femme affirme avoir elle aussi recueilli des confidences du suspect "pas bien dans sa tête car il avait renversé une vieille dame (...) qu'il avait achevée avant de l'enterrer".

Une affaire "tout à fait atypique"

Les enquêteurs tentent de démêler les nœuds de cette affaire inhabituelle et cherchent notamment à identifier la victime dont le corps n’a toujours pas été retrouvé. Un appel à témoins est lancé avec le peu d’informations dont ils disposent:

"Une femme, entre 40 et 60 ans, porteuse d’un sac à dos et circulant sur une bicyclette pouvant être équipée de sacoches (...) Toute personne susceptible de permettre l’identification de la victime peut contacter le 07.77.20.64.00."

"En principe, on part de la disparition d’une personne dont on connaît l'identité - car rapportée par un proche - et on recherche l’accident, le délit ou le crime qui peut en être la cause. Pour cela, on analyse la téléphonie de la personne disparue, ses derniers bornages, ses relevés bancaires. Si elle est partie avec sa voiture, on la recherche avec sa plaque d’immatriculation", détaille à BFMTV.com Yann Bastière, délégué national investigation unité SGP Police. En France, 3784 personnes susceptibles d'avoir été victimes d'un crime ou d'un délit sont actuellement recherchées, nous précise une source policière, soulignant qu'il s'agit d'un chiffre "évolutif".

"L’affaire de la cycliste est tout à fait atypique car elle oblige les enquêteurs à réfléchir à l’envers: on a un meurtre présumé mais pas de victime, et aucune disparition signalée. Dans ce sens-là, les investigations sont rendues beaucoup plus difficiles car on n’a pas de point de départ", poursuit Yann Bastière.

Retrouver le corps pour identifier la victime

Ne pas connaître l’identité d’une personne recherchée est "particulièrement pénalisant" pour l’enquête, abonde le général François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, sur BFMTV. "Avec l’appel à témoins, les enquêteurs espèrent toucher le plus grand nombre de personnes" dans l’espoir que quelqu’un se signale et leur fournisse des informations. Mais ce n’est pas le seul outil dont ils disposent:

"On travaille les appels vers les pays limitrophes. On essaye aussi de corréler tous les signalements en disparition inquiétante dans les autres départements", énumère François Daoust.

Aucun rapprochement n’ayant pu être établi pour l’instant, la gendarmerie a également "sollicité Europol", ajoute le commandant de la Section de recherches de Rouen, Thierry Jourdren, en conférence de presse.

Faute d’identité, retrouver le corps de la victime permettrait de désépaissir le mystère, tout en confirmant que le crime a bien eu lieu. Les fouilles sont en cours dans un périmètre situé "sur la route départementale 80 reliant le Neubourg à Grand-Bourgtheroulde ou sur le réseau secondaire desservant cet axe principal. Ce secteur a été fouillé mais les recherches sont restées vaines", déplore Thierry Jourdren.

Article original publié sur BFMTV.com