Des pneus piégés aux “pierres explosives” : au Yémen, les mines en tous genres prolifèrent et tuent

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Une trêve est en cours depuis début avril dans le conflit qui oppose les rebelles houthis aux forces pro-gouvernementales au Yémen. Pourtant, des centaines de civils continuent d’être tués par les mines antipersonnel posées essentiellement par les rebelles. Une ONG, Project Masam, tente de limiter les drames en menant des opérations de déminage à travers le pays.

Depuis 2014, le Yémen est ravagé par le conflit qui oppose les houthis, des rebelles soutenus par l'Iran, et les forces progouvernementales, appuyées par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite voisine.

Terres agricoles, villages, routes : depuis 2017, les houthis ont fait un usage massif des mines, notamment dans les régions côtières de Hodeida et Taiz. Elle sont pour les rebelles un moyen privilégié pour tenter d‘arrêter la progression des troupes pro-gouvernementales. C’était particulièrement le cas en 2018 quand les combats s’étaient intensifiés à Taiz et Hodeida.

Selon l’Observatoire yéménite des mines, entre mi-2019 et août 2022, 426 civils ont été tués par l’explosion de mines, engins explosifs improvisés et munitions non explosées, dont 101 enfants et 22 femmes. L'Observatoire recense en outre 568 blessés, dont 216 enfants et 48 femmes.

L’Observatoire yéménite des mines, une ONG qui documente les victimes des mines, diffuse régulièrement des images sur son compte Twitter où l’on voit notamment des opérations de déminage.

Des mines anti-chars ont été découvertes par des habitants dans la région de Marib. Images postées par l’Observatoire des mines au Yémen, le 31 juillet 2022. @@MinesInYemen

Un habitant de Chabwa enlève une mine anti-char retrouvée sur une route de campagne, sans aucune protection. Il a pu enlever 50 mines, indique l’Observatoire des mines au Yémen, dans ce tweet publié le 13 janvier 2022. @MinesInYemen

"Les mines fabriquées localement sont parmi les plus dangereuses, car elles explosent sous une faible pression"

Walid Al Jaouri est le porte-parole de l’ONG Project Masam, qui mène depuis 2018 des opérations de déminage à travers plusieurs gouvernorats au Yémen.

Nous avons 32 équipes de démineurs qui ont été formées par des experts internationaux. On travaille quotidiennement de six heures du matin à midi.

Depuis 2018 à ce jour, nous sommes parvenus à neutraliser 356 758 mines. Nous avons enlevé 212 299 munitions non explosées, 7 462 engins explosifs improvisés, 131 459 mines antichars et 5 538 mines antipersonnel.

Ce jeune de Taiz s’est porté volontaire pour déminer, mais a été blessé dans une explosion de mine et a perdu tous ses membres. Vidéo diffusée le 13 mai par l’Observatoire des mines au Yémen, dans ce tweet publié le 13 janvier 2022. @MinesInYemen

Nos équipes de déminage ont pu déminer une surface de 38 034 720 mètres carrés, à travers huit gouvernorats : Al Jawf, Chabwa, Ma'rib, al-Hodeïda, Ta'izz, Aden, Ad Dali' et Lahij.

Il y a essentiellement deux types de mines : les mines antipersonnel classiques, et des mines locales fabriquées par les houthis dans leurs propres usines, avec des tailles, des formes et des objectifs différents. Elles représentent 85 % du total des mines neutralisées.

La majorité des mines fabriquées localement sont considérées parmi les plus dangereuses, car elles sont utilisées comme des mines individuelles prêtes à exploser sous une faible pression.

Et elles sont de plusieurs types : des mines individuelles attachées à des circuits électriques et posées à l'entrée des villages et des zones peuplées ; les mines à pédale, qui sont en fait des mines terrestres destinées aux véhicules, mais qui ont été transformées par les houthis en mines antipersonnel très dangereuses, car elles s’enclenchent avec une pédale électrique de sorte qu'elles sont susceptibles d'exploser sous une faible pression.

“On retrouve des engins explosifs dissimulés dans des boites de haricots”

Nos équipes de démineurs travaillent aussi à neutraliser des engins explosifs improvisés, que les houthis dissimulent dans des objets anodins, comme les briques de construction, les pierres, les pneus.

Récemment nous avons trouvé beaucoup d’explosifs dissimulés dans des pneus, dans la région de Bihan, gouvernorat de Chabwa.

Nous avons aussi trouvé des explosifs cachés dans des boîtes de haricots, avec dedans des morceaux de fer et de la poudre à canon. Il y a aussi des engins explosifs dissimulés dans des pierres, le long de certaines routes. Nous avons même retrouvé des engins explosifs dissimulés dans des troncs de palmiers, chez des paysans dans la région de Hodeida.

Un engin explosif improvisé dissimulé dans une fausse pierre, dans le gouvernorat de Hajjah. Image publiée le 15 février 2022 par l’Observatoire des mines au Yémen, dans ce tweet publié le 13 janvier 2022. @MinesInYemen.

Depuis le début de la trêve, les appels se sont multipliés sur les réseaux sociaux pour que les houthis fournissent la carte des mines, afin de faciliter les opérations de déminage et sauver des vies.

Le Yémen est signataire de la Convention d'Ottawa de 1997, qui interdit les mines antipersonnel.