"Ne parlez pas pour nous" : enfant de mères lesbiennes, conçu par PMA à l'étranger, Bastien témoigne

Alors que l'extension de la PMA pour toutes est actuellement étudiée en commission à l'Assemblée nationale, Bastien, né d'une PMA réalisée en Belgique par deux femmes, témoigne.

Bastien, 23 ans, est issu d’une PMA réalisée en Belgique. Depuis toujours, il a deux mères. Alors que le projet de loi sur la bioéthique est actuellement étudié en commission à l’Assemblée nationale, il témoigne.

L’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes est au coeur des discussions concernant le projet de loi bioéthique, actuellement étudié en commission à l’Assemblée nationale.

Ce volet concentre toutes les attentions car il est le plus susceptible de soulever les oppositions. Les partisans de “La Manif pour tous”, à l’époque contre le mariage pour tous, commencent déjà à élever la voix contre la possibilité pour un enfant d’avoir “deux mères” et pas de père.

Même si l’extension de la PMA pour toutes, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, n’a pas encore été votée, des enfants issus de couples lesbiens sont déjà nés. Certains sont mêmes adultes. Bastien, 23 ans, est l’un deux. Et il a accepté de se confier auprès de Yahoo Actualités.

Une situation “naturelle”

Ses mères ont fait une PMA en Belgique, puisque c’est, pour le moment encore, illégal en France. “Ça a pris un peu de temps, elles ont dû voir plusieurs cliniques”, mais, finalement, le petit Bastien est né.

Bien sûr, dans l’Hexagone, seule sa mère biologique était reconnue comme telle. Sa deuxième mère, qu’il appelle “marraine” simplement “pour les distinguer”, n’a pu l’adopter qu’il y a cinq ans, grâce à la loi sur le mariage pour tous. Une situation qui, pendant des années, aurait pu être risquée : celle qui ne l’avait pas portée n’avait aucun droit sur lui.

Ces considérations juridiques n’ont jamais influencé Bastien. Sa situation familiale lui a toujours paru normale. “Aussi loin que je m’en souvienne, ça a toujours été très clair, simple et naturel”, nous raconte-t-il. “Je n’ai jamais eu de remarques, ça n’a jamais causé de problème”, explique le jeune homme, qui suppose que cette facilité est sans doute liée au fait qu’il ait grandi “dans une ville de taille moyenne, où tout le monde se connaît”.

Une situation récemment mise en lumière

À l’école, en famille ou dans le cercle d’amis, avoir deux mamans n’a jamais été une difficulté pour Bastien. “Il y a parfois des moments d’incompréhension, quelques secondes de gêne quand j’explique que je n’ai pas de père”, témoigne-t-il. Mais rien de bien grave. À l’école primaire, le petit garçon qu’il était prenait la peine de rayer la mention “père” sur les fiches d’information de début d’année, pour la remplacer par mère. “Mais ça menait à des incompréhensions, d’autant qu’elles font le même métier !”. Alors, ensuite, “par paresse”, Bastien s’est contenté de donner les informations d’une seule de ses mères.

Une situation familiale très “normale” donc, pour le jeune homme au point que, jusqu’à très récemment, il ne s’était même jamais dit que d’autres personnes pouvaient trouver sa situation familiale “différente”. “Pour moi, la famille n’est pas un modèle unique. On a tous des parents, mais, selon les familles, ça ne veut pas dire la même chose. Pour moi, ça veut dire deux mères. Mais ça n’a influencé en rien ma qualité de vie.”

Une peur “irrationnelle”

Mais, évidemment, les débats actuels mettent en lumière sa situation familiale. Et pas toujours pour le meilleur. “Je trouve que ça a un côté malsain que des gens qui ne sont pas concernés pensent savoir mieux que ceux qui vivent la situation”. Il assure comprendre l’argument des opposants, qui s’appuient généralement sur une idéologie traditionnelle. “Mais moi, je l’ai vécu. J’ai deux mères, pas de père. Et pour autant, j’ai deux bras, deux jambes, j’ai grandi dans une famille équilibrée, mes parents m’ont toujours soutenu. Je n’ai pas besoin de père et je m’en sors très bien sans”. “Ne parlez pas pour nous”, demande-t-il aux détracteurs de ce projet de loi.

Il poursuit : “je comprends qu’il y ait une peur, mais elle est irrationnelle. Il suffit de voir que ça existe déjà et que ça ne pose aucun problème”. Pour Bastien, le problème, c’est que les opposants à l’extension de la PMA pour toutes les femmes, “pour la plupart, ne connaissent pas de famille comme la mienne, alors ils fantasment, ils imaginent, ils se disent que ça doit être horrible”. Et de conclure : “C’est important de leur dire qu’on va bien”.

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