PMA au Royaume-Uni: un couple lesbien poursuit le système de santé publique pour discrimination

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Les youtubeuses et influenceuses Megan et Whitney Bacon-Evans. - BFMTV
Les youtubeuses et influenceuses Megan et Whitney Bacon-Evans. - BFMTV

"Nous voulons simplement que les personnes LGBT puissent elles aussi fonder une famille." Un couple d'influenceuses lesbiennes britanniques a décidé d'intenter une action en justice contre une branche de la NHS, l'équivalent du système de santé publique, l'accusant d'être discriminatoire à l'égard des familles LGBT.

Megan et Whitney Bacon-Evans, âgées de 34 et 33 ans, revendiquent pas moins de 220.000 abonnés sur leurs différents canaux en ligne (Instagram, Youtube, Tiktok ou encore Facebook). "Nous avions hâte de partager les étapes de notre projet de bébé" avec notre communauté, expliquent à BFMTV.com les deux deux femmes qui ont commencé un parcours de PMA (procréation médicalement assistée) au milieu de l'année 2020.

Le couple dénonce "une taxe homosexuelle"

Mais au fil des rendez-vous médicaux, elles vont de désillusion en désillusion. Dans le courant de l'année 2020, les deux femmes apprennent qu'elles vont devoir prouver médicalement leur infertilité avant de recevoir une aide financière de la NHS. Et pour cela, l'organisation Frimley Clinical Commissioning group (CCG) - l'équivalent d'une Agence régionale de santé en France, dont elles dépendent - leur demande de se soumettre à 12 tentatives d'inséminations intra-utérines (IUU).

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Une procédure lourde mais surtout coûteuse qui leur reviendrait au total à une somme se situant entre 30.000£ (28.600 euros) et 50.000£ (58.600 euros). Le couple, qui vit à Windsor (dans le comté de Berkshire, à 40 km à l'ouest de Londres), se rend compte que son projet va être plus compliqué que prévu, tandis que dans le même temps au Royaume-Uni, un couple hétérosexuel a accès à l'aide de la NHS à partir du moment où il assure avoir essayé de concevoir un enfant sans succès pendant deux ans.

Les deux femmes, en couple depuis plus de 13 ans et mariées depuis quatre ans, dénoncent publiquement être victimes de ce qu'elles considèrent être "une taxe homosexuelle". Au mois de novembre 2020, elles lancent ainsi une pétition pour demander "un traitement égalitaire des familles LGBT", estimant être "pénalisées financièrement" à cause de leur orientation sexuelle.

"Une manière pour la NHS de s'en laver les mains"

"Pour prouver leur infertilité, les couples hétérosexuels doivent simplement avoir eu des rapports sexuels non-protégés pendant deux ans", s'indigne encore Megan Bacon-Evans à notre micro. "Ils n'ont pas de coûts supplémentaires ni de preuves à fournir, contrairement à nous".

"Nous avons été vraiment surprises et choquées d'apprendre ça", nous confie Whitney Bacon-Evans, qui déplore: "C'est une manière pour la NHS de s'en laver les mains, de mettre de côté les patients de la communauté LGBT. Parce que le coût et la lourdeur de la procédure découragent les gens: beaucoup n'ont ni le temps ni les moyens d'entreprendre une telle procédure. D'autres, encore, vont s'endetter ou abandonner en cours de route".

"Douze tentative d'insémination, c'est extrêmement long. Ce serait énorme psychologiquement mais aussi physiquement", souligne Whitney. "Cela voudrait dire un essai tous les mois pendant un an, mais cela prendrait sans doute bien plus.

"Nous sommes en 2021, nous voulons simplement que les couples LGBT aient les mêmes droits que les autres, notamment s'ils souhaitent étendre leurs familles", poursuivent les deux femmes. "Nous avons décidé de prendre les choses en main parce que nous savons que cela pourrait avoir un impact sur des milliers et des milliers de personnes.

"Ça donne le vertige"

"Sur les réseaux sociaux, nous avons reçu les messages de beaucoup de personnes qui ont dû faire face à des situations similaires un peu partout au Royaume-Uni, particulièrement de la région dans laquelle nous nous trouvons. Ça donne un peu le vertige de recevoir tous ces messages: ça permet de voir la situation dans sa globalité, et de voir que nous sommes nombreux dans cette situation".

Mardi, le cabinet d'avocats britannique Leigh Day, soutenu par l'association de défense des droits LGBT Stonewall UK et le British Pregnancy Advisory Service (BPAS) a donc lancé une demande de contrôle judiciaire au nom du couple. Dans sa demande d'action juridique, il invoque "une discrimination en loi sur l'égalité et des articles 8 et 14 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH)". Frimley CCG, de son côté, dément auprès du journal britannique The Guardian toute discrimination.

En juin 2021, un rapport de l'organisation caritative britannique British Pregnancy Advisory Service (BPAS) rapportait que l'Angleterre et l'Irlande du Nord importaient d'"importants obstacles financiers" aux familles LGBT ainsi qu'aux femmes célibataires souhaitant entreprendre des parcours PMA. En 2019, le secrétaire d'État à la Santé britannique Matt Hancock avait promis que le secteur de la fertilité serait réformé, défendant que "l'orientation sexuelle ne devait pas être un frein à la PMA". La procréation médicalement assistée est en théorie ouverte aux couples de femmes et aux femmes célibataires depuis 2013 dans le pays.

Article original publié sur BFMTV.com

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