Plans de relance: des milliards contre la crise du Covid-19

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Les plans de relance pour faire face à la récession due à la crise du Covid-19 se comptent en centaines de milliards d’euros. Mais ces chiffres recouvrent des réalités différentes en fonction des pays et des régions. Exemples en Europe, aux États-Unis et en Afrique.

L’Europe ouvre les vannes. Les Vingt-Sept devraient en effet tous bénéficier du soutien financier du plan de relance de 750 milliards d’euros adopté cet été par les dirigeants de l’UE, même s’il est menacé aujourd’hui par les vetos polonais et hongrois, auxquels se joint la Slovénie. Si un compromis n'est pas trouvé, l'Union avancera « sans les pays qui bloquent », affirme la France. Un investissement collectif qui doit se traduire dans chaque pays par des choix budgétaires épineux. Chacun développe sa recette pour faire face à la crise.

Allemagne : des sommes colossales

Les Allemands ont été les premiers à mettre en place un plan de relance. En juin, Berlin annonce un programme de 130 milliards d'euros pour 2020 et 2021. À cela s'ajoutent les aides d’urgence de 1 100 milliards, annoncées au début de la pandémie en mars dernier. En quelques mois, l'Allemagne opère un revirement total en matière de politique budgétaire. Terminé le dogme du « zéro déficit », Berlin fait donc le choix de la dépense.

Le plan allemand prévoit au total une soixantaine de mesures. La mesure qui coûte le plus cher à l’État est une baisse temporaire de la TVA dont le taux passe de 19% à 16% et la baisse du prix de l’électricité. À cela s’ajoute une prime de 300 euros par enfant, pour toutes les familles, et des allègements fiscaux pour les entreprises. Objectif de ces mesures : soutenir la consommation.

Près de 50 milliards d'euros sont également consacrés à des investissements d’avenir (dans la numérisation et la mobilité), pour développer les infrastructures et soutenir le secteur automobile qui peine à exporter. Comme leur voisin français, les Allemands veulent aussi développer la filière hydrogène et devenir un leader de cette énergie dite propre. Enfin, dernier volet de ce plan : le secteur de la santé avec 10 milliards d’euros pour soutenir les hôpitaux et embaucher du personnel.

La France veut rebondir à long terme

C’est en septembre que le Premier ministre Jean Castex a présenté le plan de relance face la crise, pour plus de 100 milliards d’euros. L’Europe devrait y contribuer à hauteur de 35 milliards. A ce plan, il faut ajouter les 460 milliards d’euros de mesures d’urgence mises sur la table depuis le printemps.

Trois piliers pour ce plan. D’abord, la transition écologique. Avec un effort plus particulier pour les transports propres. L’État va consacrer 10 milliards d’euros pour renforcer le ferroviaire et le développement des véhicules à hydrogène.

Deuxième pilier : la compétitivité des entreprises. Ce plan prévoit des aides massives, comme notamment une ristourne sur les impôts de production qui va coûter 20 milliards d’euros, des aides à la relocalisation et un soutien aux filières d’avenir, comme l’intelligence artificielle.

Troisième pilier : la cohésion sociale avec des mesures pour l’emploi. Trois milliards d’euros financeront des primes à l’embauche et la formation de jeunes sur les secteurs stratégiques. Objectif : créer 160 000 emplois à l’horizon 2021.

L’Italie sous surveillance de Bruxelles

L’Italie, premier pays touché par l'épidémie de coronavirus en Europe en février, a lancé un vaste plan pour relancer son économie déjà affectée par la crise de la dette et des plans d'austérité à la chaîne. Le déficit public dépasse aujourd’hui les 10% du PIB.

Rome a défini plusieurs grandes priorités : la transition énergétique dans des secteurs stratégiques comme l'automobile et la relance de grands travaux d’infrastructures (routes, ferroviaire, aéroport) grâce à d’importants investissements publics.

Parmi les mesures adoptées : un gros volet pour le secteur sinistré de la santé, 4 milliards d’euros sont consacrés pour embaucher plus de médecins et d’infirmiers et 400 millions pour l'achat des futurs vaccins anti-Covid-19. De son côté, l’éducation va bénéficier de près de 5 milliards pour embaucher des enseignants et rénover les bâtiments scolaires.

Avec 205 milliards d'euros de subventions et prêts, la péninsule est le principal bénéficiaire du plan de relance européen de 750 milliards d'euros adopté cet été par les dirigeants de l'UE pour faire face à la pandémie. En échange, Rome va devoir présenter des gages de sérieux à Bruxelles. La Commission européenne s’inquiète en effet de l'impact des mesures de relance sur les finances publiques italiennes. C’est le cas aussi pour la France, la Slovaquie et la Lituanie.

Espagne : un plan et des alliances

Après l’Italie, l’Espagne est le deuxième gros bénéficiaire des fonds européens. L’Espagne va recevoir 140 milliards d’euros de Bruxelles. Il y a urgence, le PIB du pays a chuté de plus de 11% cette année et le chômage (17%) a explosé pour atteindre des niveaux rappelant ceux de la crise de 2008.

Pour le chef du gouvernement Pedro Sanchez, il ne s’agit pas d’un plan de relance, mais plutôt d’un plan de modernisation du pays. Madrid espère gagner 2,5 points de croissance du PIB par an, pendant trois ans. Pour y arriver, le gouvernement va mobiliser 72 milliards d'ici à 2023, soit la moitié du total des 140 milliards prévus par Bruxelles pour l'Espagne. Côté recettes, il va également augmenter les impôts des grandes sociétés et des revenus des plus riches.

Le gouvernement veut consacrer 33% de ces fonds à l’économie verte et 37% à la transition numérique. Avec pour objectif de créer 800 000 nouveaux emplois en trois ans. Ce plan sera aussi axé sur la cohésion sociale et territoriale. C’est pourquoi les 17 présidents de région seront étroitement associés aux décisions d’investissement.

Reste un problème de taille : le gouvernement de coalition de Pedro Sanchez ne dispose que d’une fragile majorité. Il doit encore trouver les alliances pour faire passer toutes ses mesures et son projet de budget 2021 au Parlement.

Grèce : un plan et des projets

La crise sanitaire a frappé la Grèce au moment où elle se relevait de 10 années consécutives de crise économique. C’est pourquoi Athènes a tant besoin de l’aide de l’Union européenne. La Grèce a obtenu près de 32 milliards du Fonds de soutien européen, dont 16 milliards en subventions, le reste étant des prêts. Une fois n’est pas coutume, cette aide européenne n’a pas été accompagnée d’une mise sous tutelle de l’économie grecque.

Des fonds qui seront utiles pour redresser l’économie qui affronte une sévère récession. La pandémie a fait chuter les rentrées du tourisme qui représentent plus de 25% dans son PIB. Une autre part de ces fonds ira au secteur médical laminé par les mesures d'austérité passées. Enfin, le gouvernement prévoit de soutenir financièrement les PME, qui représentent 80% de l’économie du pays. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis compte également lancer des grands projets, comme le réaménagement du site d’Hellenikon, l’ancien aéroport d’Athènes qui s’étend sur plus de 600 hectares.

Aux États-Unis : un plan à l’arrêt

Le refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite à l’élection présidentielle du 3 novembre complique la mise en place d’un nouveau plan de relance dont l’économie américaine a le plus grand besoin. Les contaminations en forte hausse et les nouvelles mesures de confinement pour contenir l’épidémie mettent en effet en péril la fragile reprise.

Ainsi, plus de 11 millions d’Américains au chômage attendent une aide de l’État comme en mars dernier. Mais aucun nouveau plan n’a été validé. C’est en octobre que Donald Trump a mis brutalement fin aux négociations entre son administration et les démocrates. Les élus républicains proposent un plan d’à peine 500 milliards de dollars, contre 1 800 milliards pour l’administration Trump - avant l’élection - alors que les démocrates tablent sur 2 200 milliards.

Pour le moment, tout est suspendu. Seules des mesures ciblées ont été mises en place pour aider en urgence les petites entreprises en difficulté. Des mesures financées avec des fonds inutilisés du premier plan. Sans soutien de l’Etat fédéral, les compagnies aériennes, les hôtels, les restaurants et les bars vont être confrontés à des difficultés financières dans les prochaines semaines. Les grandes entreprises annoncent également des licenciements massifs et les PME sont en panne de trésorerie.

L’Afrique face à un chômage sans précédent

Moins affectée au niveau sanitaire, l’Afrique affronte autant que les autres continents les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Dès le début de la propagation planétaire du coronavirus, le continent africain s’est de fait mobilisé. L’Union africaine a créé un fonds de lutte contre la pandémie et fait appel à la solidarité pour réunir 100 milliards de dollars pour faire face à ses conséquences économiques. À la mi-novembre 2020, ce fonds comptait pouvoir récolter 80 milliards de dollars provenant de donateurs publics et privés. Les pays les plus pauvres du continent ont déjà pu bénéficier d’un moratoire sur le service de la dette jusqu'en juin 2021 et le G20 vient d’adopter un nouveau cadre qui devrait permettre d'alléger, voire même d'annuler une partie de cette dette.

Presque tous les pays, les moins exposés comme les plus touchés, ont pris des mesures pour freiner les contaminations. Certains en fermant leurs frontières lors de la première vague, comme le Maroc. L’Afrique du Sud, État le plus touché sur le continent, a de son côté confiné une grande partie de son territoire. D’autres pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont décrété un couvre-feu dans les grandes villes et restreint les déplacements entre les centres urbains et les campagnes.

Avec une baisse importante d’activité touchant notamment la restauration, la filière du tourisme et le secteur de l’événementiel, tous les pays ont adopté des mesures financières pour aider les entreprises à tenir le choc. Certains comme le Gabon, le Niger et le Sénégal ont mis en place des programmes d’aides aux ménages les plus en difficulté, avec un moratoire sur les loyers ou un allègement des factures d’eau et d’électricité.

Malgré tous ces efforts, le chômage a explosé : l’Union africaine a estimé à environ 20 millions le nombre d’emplois menacés sur le continent et d’après la Commission économique pour l’Afrique, au moins 27 millions de personnes vont basculer dans l’extrême pauvreté à cause du Covid-19.

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