Le plan de soutien suspendu au bon vouloir de Trump et des républicains

Delphine TOUITOU
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Le Capitole de Washington, où a été âprement négocié le plan de relance face à l'épidémie de Covid

Négocié à grand peine, le plan de soutien à l'économie américaine, comprenant des chèques aux familles en difficulté, était sous la menace d'un blocage mercredi du président Donald Trump qui exige plus d'argent et fait pression sur ses alliés républicains.

Le président républicain n'avait pas encore pris de décision mercredi à 21H00 GMT en revanche il a annoncé son veto au budget de la défense. Pour autant, adopté à une majorité écrasante, ce budget devrait passer outre son opposition.

Mardi soir, M. Trump a créé la stupeur en rejetant le plan de soutien de quelque 900 milliards de dollars adopté la veille par le Congrès après des mois de discussions difficiles.

Le qualifiant de "honte", il a réclamé une augmentation du montant des chèques envoyés aux familles de 600 à 2.000 dollars par adulte, sans toutefois y mettre son veto formel.

Les démocrates ont immédiatement pris au mot le président et appelé à amender le texte.

La pression est donc désormais sur les parlementaires républicains qui jusqu'alors ont voulu limiter le montant des aides, mettant en avant la nécessité de maîtriser le déficit budgétaire.

Le temps est compté d'autant que le plan de relance économique fait partie d'un agrégat de textes législatifs comprenant le projet de loi de finances 2021.

Le financement actuel des services de l'Etat expire le 28 décembre, soit lundi.

En d'autres termes, si Donald Trump ne valide pas le projet de loi, l'administration fédérale ne sera plus financée et sera contrainte de fermer. C'est le "shutdown".

L'alternative serait que le Congrès consente à voter une nouvelle mesure de continuité pour que la loi de finance actuelle reste valide.

La responsable démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a exhorté mercredi dans un tweet le président "à signer la loi pour que l'Etat puisse rester opérationnel".

Elle lui a également demandé de convaincre le leader républicain du Sénat Mitch McConnell à accepter la demande de chèques directs de 2.000 dollars.

"Cela peut être fait avant midi la veille de Noël", soit jeudi, a-t-elle estimé.

"Je demande au Congrès d'amender ce projet de loi et d'augmenter les 600 dollars -- ridiculement faibles -- à 2.000 dollars ou 4.000 dollars pour un couple", avait lancé Donald Trump mardi soir dans une vidéo publiée sur Twitter.

- "Génial!" -

"C'est génial!", "Faisons-le", a tweeté le sénateur indépendant Bernie Sanders, ancien candidat aux primaires démocrates, exhortant l'hôte de la Maison Blanche à demander à ses "amis républicains" d'arrêter de s'y opposer.

Pendant des mois, démocrates et républicains sont en effet restés dans l'impasse en raison d'un désaccord sur les montants des aides.

Les premiers réclamaient un plan de soutien équivalent au gigantesque paquet d'aides de 2.200 milliards de dollars voté fin mars, les seconds exigeaient un plan n'excédant pas les 1.000 milliards de dollars.

Les démocrates avaient également mis sur la table des chèques de 1.200 dollars par adulte, comme au printemps.

Finalement, démocrates et républicains s'étaient accordés dimanche sur un plan de près de 900 milliards comprenant des chèques de 600 dollars par adulte et par enfant.

"Maintenant que le président a accepté des paiements directs de 2.000 dollars, nous demanderons le consentement unanime pour adopter cette semaine un projet de loi pour accorder cette aide aux Américains", a indiqué le numéro 2 démocrate à la Chambre, Steny Hoyer.

Mais sans unanimité, l'amendement ne passera pas.

La plupart des législateurs ont déjà quitté Washington pour les vacances après l'adoption du projet de loi, ce qui va compliquer encore la situation.

La presse américaine se référant à des conseillers de Donald Trump soulignait mercredi la stupéfaction générale dans les rangs républicains qui pensaient le dossier clos.

Lundi, le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin avait lui-même annoncé l'envoi des chèques dès le début de la semaine prochaine.

Pour les Américains, opposer un veto sur cette loi serait catastrophique alors que quelque 12 millions d'entre eux vont perdre des aides essentielles à leur survie au lendemain de Noël, c'est-à-dire samedi.

La première économie du monde a un besoin impérieux de ce plan de relance, estiment, unanimes, les économistes.

Car après une reprise soutenue cet été, l'activité a ralenti dès l'automne. Et la résurgence de la pandémie qui s'est accompagnée de nouvelles mesures de restrictions de l'activité menace les petites entreprises de faire faillite.

Dt/dax