Plan santé : les mesures de Macron n’ont pas convaincu ces médecins et soignants

Débordé et traversé par une triple épidémie hivernale, le milieu hospitalier ne semble pas se contenter des annonces d’Emmanuel Macron pour changer le secteur médical français.

SANTÉ - La pilule ne passe pas. Dévoilée ce vendredi 6 janvier dans le cadre des vœux d’Emmanuel Macron au personnel soignant, la série de mesures pour réorganiser le travail à l’hôpital et dans le monde de la santé n’a visiblement pas convaincu les principaux intéressés.

Dans un contexte particulièrement dégradé par deux années de Covid-19, le secteur hospitalier attendait des réponses et du changement face à des services d’urgences débordés, des cabinets médicaux fermés ou engorgés, des laboratoires mobilisés, et des médecins en grève. Et malgré une volonté de réorganiser le système « d’ici à juin » annoncé par le chef de l’État, plusieurs médecins, associations et collectifs n’y croient toujours pas.

Bon diagnostic mais pas de bonnes solutions

À commencer par Médecins pour demain, en première ligne de la grève des médecins généralistes. Sur BFMTV, Noëlle Cariclet, psychiatre et porte-parole du collectif estime que « rien de convaincant » n’a émergé des mesures présentées par Emmanuel Macron.

« Il y a eu un très bon diagnostic, mais il n’y a pas du tout de bonnes solutions. Ça reste extrêmement flou. Et quant aux annonces, c’est justement ce pour quoi nous luttons, pour que ça n’arrive pas puisque ça a déjà dégradé tout le système de santé », a-t-elle ajouté avant d’assurer que le mouvement de grève « allait continuer ».

Même son de cloche -ou presque- du côté de l’association des médecins urgentistes. Toujours sur BFMTV, Fréderic Pain, représentant de l’association et chef de service des urgences du centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres assure que le président de la République n’a pas pris conscience de « la gravité du problème ».

« Le diagnostic d’Emmanuel Macron aurait été bon il y a dix ans. Actuellement, il reste superficiel et on le verra dans ses propositions, très vague. Il manque la prise de conscience de la gravité du problème : ça fait plus de dix ans que les moyens hospitaliers ne concordent pas avec le besoin », alerte-t-il.

« Alors nous annoncer en 2023 qu’on vient de découvrir ça, c’est assez glaçant. C’est un peu comme le fait qu’on découvre le réchauffement climatique après l’année 2023. Il y a un retard de prise de conscience », insiste même Frédéric Pain.

« L’Hôpital est à la rue »

Lors de ses vœux depuis un centre hospitalier de Corbeil-Essonnes, Emmanuel Macron avait dit avoir conscience de l’absence de « recette miracle » et avait partagé « l’épuisement personnel et collectif » du secteur hospitalier.

Et parmi ses annonces pour mettre fin à cette « crise sans fin », il avait alors proposé un nouveau mode de direction des hôpitaux, d’augmenter le nombre d’infirmier à l’hôpital et le nombre d’assistants médicaux d’ici à la fin de l’année 2024. Il entendait aussi sortir de la tarification à l’acte à l’hôpital ou encore mettre fin aux 35 heures dans les établissements hospitaliers pour permettre une meilleure planification du temps de travail.

Malgré ces mesures, Jean-Paul Hamon, médecin généraliste Clamart se dit « très déçu par les annonces du président ». Celui qui porte la voix des médecins généralistes, en tant que président d’honneur de la Fédération des médecins de France dresse un bilan désastreux, au lendemain de la manifestation des généralistes, revendiquant notamment une revalorisation à 50 euros de la consultation : « Franchement l’hôpital est à la rue, il y a eu un défilé hier avec près de 5 000 médecins, dont 70 % de jeunes femmes ».

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« Il faut que le métier s’adapte, et on aurait bien aimé : le boulot que l’on fait à cinq dans mon groupe de cinq médecins généralistes, il va falloir le faire à sept ou huit. Mais il faut les moyens de le faire à sept ou huit. Mais la dimension que le président ne prend pas en compte c’est que ce métier est dur à exercer », abonde le médecin pour tenter d’expliquer le malaise de tout un secteur.

Également ciblé dans les annonces du chef de l’État ce vendredi, le SNPI, syndicat national des infirmiers salariés s’est fendu d’une réponse à Emmanuel Macron dans un tweet, demandant simplement des « moyens pour travailler correctement ».

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« Assez de blabla, il faut un plan Marshall pour des ratios soignants soignés adaptés (6 à 8 patients par infirmière selon les normes internationales, le double en France). Des conditions de travail et des salaires corrects », demande encore le syndicat, preuve qu’il faudra plus que des annonces pour soigner le milieu hospitalier.

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