Plaidoyer pour que les artistes ne soient pas transformés en animateurs socio-culturels

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Alors que le déconfinement a commencé, nous mesurons encore mal l’étendue de la catastrophe économique qui menace les entreprises culturelles et avec elles, l’action culturelle qui reste l’un des ferments de l’unité nationale que l’épreuve commune que nous affrontons, comme le montre les dissensions qui se font jour çà et là, qu’elles soient mues par l’expression d’un malaise réel ou par l’opportunisme politique le plus triste, ne suffira pas à préserver. Quand bien même nous ferions, les uns et les autres, appel au souvenir du beau discours sur la nation d’Ernest Renan.

Sauver la culture

Il faut sauver la culture. Il faut le vouloir avec la même détermination que celle qui anima Winston Churchill sous le Blitz à Londres alors qu’on lui demandait de renoncer au financement de ladite Culture pour soutenir l’effort de guerre. "Pourquoi nous battons-nous, alors ?", aurait-il répondu. Et effectivement, pourquoi nous battons-nous, si Fernando Pessoa a également raison et que la littérature est, déjà à elle seule, la preuve que la vie ne suffit pas ? Et a fortiori, la survie, inquiète et réduite au strict minimum ?

Il y a maintenant un peu plus de dix ans, deux ans avant l’occupation des places à travers le monde par les mouvements de contestation, j’avais pris soin, en tant que directeur de la Foire Saint-Germain qui se tenait place Saint-Sulpice dans le sixième arrondissement de Paris, de théoriser l’urgente nécessité de favoriser la réappropriation de ces espaces communs par les publics. Travail qui était remonté jusqu’au au ministère de la Culture, après être d’abord passé par le CNL, la région Île-de-France et la mairie de Paris, recevant le plein soutien de tous, jusqu’à ce que la ville qui, pour des raisons de querelles politiques internes, dut céder devant les sempiternelles récriminations d’un édile d’arrondissement persuadé que ce n’était pas la vocation de sa circonscription de devenir, selon ses propres mots, un "Avignon bis", préférant à ce festival transdisciplinaire, un enchaînement bien triste de marchés d’art, sans concert, ni lecture, ni représentation théâtrale...



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