Sur la place George Floyd, l'espoir d'un "jour meilleur"

Robin LEGRAND
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Au lendemain des célébrations du verdict, et malgré le froid glacial, ils viennent se recueillir mercredi sur la place George Floyd à Minneapolis, au milieu des fleurs, des bougies et des peluches, dans l'attente du changement espéré.

Richard Moody, un habitant du quartier âgé de 64 ans, se trouve sur le lieu de la mort de George Floyd pour "rendre hommage et en espérant un jour meilleur".

Malgré les températures polaires observées depuis plusieurs jours dans cette grande ville du nord des Etats-Unis, une valse permanente d'une dizaine de personnes anime dans la matinée ce croisement rebaptisé "George Floyd Square", complètement sanctuarisé.

Des bougies, des peluches, des fleurs ou encore des pancartes ont été déposées autour d'un cordon à l'endroit même du drame. C'est là que, le 25 mai 2020, George Floyd est mort asphyxié, le cou comprimé sous le genou du policier Derek Chauvin. Ce dernier a été déclaré coupable de meurtre par un tribunal mardi, à l'unanimité des 12 jurés.

Une femme blanche, à genoux et en méditation, fait brûler des herbes.

Une autre, avec son enfant devant elle, se prend en selfie devant la sculpture métallique d'un poing fermé qui trône au milieu du carrefour en question.

Aux alentours, les commerces restent ouverts, notamment le magasin "Cup Foods", situé directement devant le mémorial.

- Feu de camp et musique -

De l'autre côté de la rue, un feu de camp a été allumé dans une station-service désaffectée, tandis que des enceintes font résonner de la musique.

Pas une seule voiture de police ne peut être aperçue à l'horizon.

La tension était forte ces dernières semaines dans l'ensemble de la ville en attente du verdict, avec des soldats de la Garde nationale en patrouille et des magasins barricadés.

Expliquant au téléphone être au mémorial George Floyd, une femme noire tenant son enfant par la main l'assure: "Je me devais d'amener mon fils noir ici".

Parmi les personnes présentes, se trouve également Alvin Manago, un manutentionnaire de 56 ans, ami et colocataire de George Floyd au moment de sa mort.

Il raconte être venu ce matin-là afin "d'être ici pour mon ami, et de voir tout l'amour et le respect que tout le monde lui a donnés".

"J'étais heureux, très heureux, mais j'étais également triste, parce qu'il aura fallu que je perde mon ami" pour voir justice rendue, dit-il de sa réaction lorsqu'il a appris le verdict la veille.

Il considère également que ce verdict est "le premier pas dans une direction positive".

- "Le début du changement" -

Présent pour "sentir la vitalité de l'endroit", Debesai Tsfai, un technicien à la retraite de 71 ans, n'est quant à lui pas certain que la décision d'hier soit signe de changement: "C'est dur à dire. Est-ce que ça va continuer? Cela reste à voir, mais c'est un début."

Selon lui, le problème du racisme est prégnant à Minneapolis.

"Ça n'est pas arrivé ici pour rien. Il y a du racisme caché ici, de l'extérieur on peut voir une ville progressiste, mais en réalité la condition des personnes noires (...) est cachée sous des pierres", affirme-t-il.

Déjà les esprits se tournent vers Daunte Wright, un jeune homme noir de 20 ans tué le 11 avril par une policière blanche en banlieue de Minneapolis lors d'un banal contrôle routier. Cette dernière a depuis été arrêtée et inculpée.

Les funérailles de Daunte Wright auront lieu jeudi dans une église de Minneapolis.

Un mémorial de fortune en son hommage a été installé à quelques mètres de celui de George Floyd.

"J'ai un enfant de 10 ans, et déjà je suis inquiète de ce qui va lui arriver quand il va commencer à conduire. On ne devrait pas avoir à vivre comme ça", raconte Helena Sere, venue pour la première fois ce matin-là au square George Floyd.

Plaidant pour une réforme de la police, elle aussi dit espérer que le verdict d'hier représente "le début du changement".

rle/seb