Piqûres en boîtes de nuit: au Royaume-Uni, des questions toujours sans réponse après une vague similaire

Des clients devant une boîte de nuit. (Illustration) - Olafur Steinar Gestsson © 2019 AFP
Des clients devant une boîte de nuit. (Illustration) - Olafur Steinar Gestsson © 2019 AFP

L'affaire agite la sphère médiatique depuis quelques mois, au fil des témoignages et des enquêtes ouvertes dans plusieurs villes de France. À Nantes, Rennes ou encore Grenoble, les parquets ont lancé des investigations après les plaintes d'une centaine de personnes disant avoir été piquées lors de soirées en boîte de nuit ou de concerts.

Des agressions qui, rapportent les victimes, donnent lieu à différents symptômes comme des bouffées de chaleur ou une sensation de malaise. Dans certains cas, des traces de piqûres, parfois même entourées d'hématomes, ont bien été authentifiées par le personnel médical.

Pourtant, jusqu'ici, aucune des analyses réalisées ne révèle la présence de GHB (dite "drogue du violeur") ou d'une substance proche dans l'organisme. Conclusion qui suscite toujours plus d'interrogations sur l'origine des symptômes et sur les motivations des potentiels agresseurs.

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De nombreux cas au Royaume-Uni

Le phénomène n'est cependant pas nouveau: le Royaume-Uni a notamment observé une vague similaire dès l'automne dernier. À la suite de cas rapportés dans des médias britanniques locaux dès le mois de septembre, puis évoqués par la presse nationale, un emballement se crée. L'hypothèse d'injections de GHB à l'aide de seringues commence alors à circuler.

"Il y a eu beaucoup de campagnes de prévention sur les réseaux sociaux et sur les campus des universités" au Royaume-Uni, détaille Harry Sumnall, professeur en toxicologie à la John Moores Univesity, à Liverpool, contacté ce lundi par BFMTV.com.

La multiplication des cas inquiète jusque dans les rangs du gouvernement britannique. Après un appel dans ce sens de la ministre de l'Intérieur Priti Patel, le Parlement lance une enquête dont le but est de réunir les informations récoltées au cours des différentes investigations et de tirer des recommandations en matière de prévention et de prise en charge du problème.

1382 cas recensés et pas de trace de GHB

Et alors que les enquêteurs français cherchent encore des réponses aux nombreuses questions soulevées par le phénomène, force est de constater que les investigations britanniques n'ont pas non plus permis de caractériser une vague d'injections de substances toxiques à la seringue.

Les résultats de cette enquête parlementaire, publiés le 26 avril dernier, détaillent que 1382 cas ont été recensés dans le pays entre septembre 2021 et le 26 janvier 2022, mais qu'aucun d'entre eux n'a donné lieu à une analyse toxicologique positive au GHB ou à une substance similaire. À comprendre: l'hypothèse d'injections de produits toxiques par le biais d'une seringue semble convaincre de moins en moins de l'autre côté de la Manche.

"Il est très difficile d'administrer de la drogue par le biais d'une seringue en quantité suffisante pour qu'elle ait un effet, surtout dans le contexte d'une soirée en boîte de nuit. Cela prendrait du temps et nécessiterait une grande aiguille", ajoute Harry Sumnall.

"Ce pourrait être n'importe quel objet pointu"

Comme en France, ce qui donne du fil à retordre à la police britannique, c'est l'absence d'éléments - en-dehors de traces de piqûres - prouvant que des crimes ont bien été commis. Si les autorités ont procédé à quelques arrestations, aucun des individus interpellés n'a finalement été inculpé.

Malgré tout, reste encore la question de la trace de piqûre, constatée par le personnel médical dans un grand nombre de cas.

"C'est aussi un problème rencontré au Royaume-Uni. Si ces traces ressemblent à celles que pourraient laisser des seringues, ce n'est pas nécessairement le cas. Ce pourrait être n'importe quel objet pointu", pas forcément rempli d'une substance nocive, avance Harry Sumnall.

Des mobiles flous

À cela s'ajoute la question des motivations des potentiels agresseurs. En France, aucun des cas recensés n'a été associé à une agression sexuelle ou un viol. Un seul plaignant, à Grenoble, a rapporté s'être fait voler son portefeuille et ses clés après avoir eu la sensation de s'être fait piquer.

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Parmi les hypothèses évoquées dans le rapport parlementaire britannique, celle d'un jeu malsain s'appuyant sur les peurs des gens. Mais là encore, en l'absence de suspect et de substances, difficile d'affirmer cela avec certitude.

Peut-on parler de "psychose collective"?

Certains commencent donc à exprimer des doutes sur l'existence d'une réelle menace. Harry Sumnall, qui préfère rester "très prudent", évoque de son côté la possibilité d'une confusion des symptômes ressentis avec les effets de l'alcool ou de drogues prises intentionnellement.

À ce titre, le 21 avril dernier, le procureur de Nantes rapportait par ailleurs auprès de BFMTV.com que des traces de ces substances avaient été retrouvées dans le sang de certains plaignants. "Dans quelques cas, on relève une présence massive d'alcool ou de stupéfiants", déclarait Renaud Gaudeul.

Peut-on cependant déjà parler de "psychose collective"? "Le terme est trop fort", estime Harry Sumnall. "Mais on peut penser que le phénomène reflète les peurs qu'ont les membres d'une société quant à leur sécurité."

Article original publié sur BFMTV.com

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