Picasso Graine de Vallaurien

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Pour célébrer son citoyen d’honneur, Vallauris abrite une grande et belle exposition qui se déploie sur les lieux mêmes où le maître a vécu, créé, aimé et changé à jamais le destin de la cité.


Vallauris, 9 juillet 1954. Tandis que les taureaux s’impatientent, les 2 000 personnes qui s’entassent dans les arènes en bois à peine installées ont les yeux rivés sur une femme qui s’avance lentement à cheval. Au cœur de cette petite ville de potiers où ils ont emménagé six ans plus tôt, Françoise Gilot fait ses adieux en public et en grande pompe à Picasso. «Tu sors de ma vie mais tu mérites de partir avec les honneurs de la guerre», lui a assuré le père de ses deux enfants, Claude et Paloma. Cavalière, celle qui ose quitter Picasso ouvre le paseo avec quelques figures de haute école, lit un texte dédié au maître, puis salue une dernière fois l’homme. Si ce jour-là Françoise Gilot, en habit andalou, offre à Picasso un cadeau d’adieu, la ville de Vallauris célèbre, elle, son union sans nuage avec le maître. La foule se presse sur l’avenue principale jalonnée d’arches en cannisses sur lesquelles sont placardées les affiches linogravées de l’artiste. Peu importe si cette petite cité de l’arrière-pays cannois n’a pas de tradition taurine : Picasso vaut bien une fête.


Il faut du génie, aussi, pour changer le destin d’une ville. Quand le peintre s’installe sur les collines vallauriennes six ans plus tôt, la cité renommée pour sa céramique est en déclin. La guerre et la découverte de plomb dans la composition d’un vernis traditionnellement utilisé ont eu raison d’une grande majorité des producteurs. Dans certains ateliers désertés s’installe une nouvelle génération, issue notamment de l’Ecole des arts appliqués de Paris (Robert Picault, Roger Capron, Jean Derval, Jean Rivier). C’est eux qui, en 1946, relancent l’exposition annuelle «Poteries, fleurs, parfums» au Nerolium, grande halle agricole spécialisée dans la fleur d’oranger où Picasso, alors en vacances à quelques kilomètres (...)

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