Piège de cristallisation

Libération.fr

Chaque jeudi, Edouard Philippe, député et maire LR du Havre, proche d’Alain Juppé, chronique la campagne présidentielle pour Libération.

Stendhal, le maître des juristes qui se rêvent romanciers, aurait pu à bien des titres chroniquer cette élection présidentielle. Dans Lucien Leuwen, il décrit avec précision et férocité les manœuvres fomentées par le ministère de l’Intérieur (de l’époque !) pour manipuler des élections législatives. Et dans De l’amour, il invente le concept de «cristallisation», qui désigne le processus par lequel, au début d’une relation amoureuse, on prête à l’être aimé toutes les qualités concevables.

Stendhal, qui aimait l’Italie, l’amour et la politique, était cependant loin d’imaginer que ce terme de cristallisation deviendrait un concept clé dans l’analyse électorale, par lequel on désigne le moment où l’électeur fait son choix définitif. Le moment où il décide pour qui voter. Pour le militant, archi-convaincu, archi-engagé, la cristallisation n’est pas réellement un enjeu. Il sait presque avant que le candidat de son parti soit désigné pour qui il votera. Mais pour l’indécis, pour l’hésitant, pour le circonspect, et ils sont nombreux, la cristallisation est le moment décisif.

Quand j’ai commencé la politique, un peu après Lucien Leuwen, en 2000, les anciens, ceux qui avaient fait toutes les campagnes présidentielles de 1974 à 1995, affirmaient que la cristallisation intervenait à la fin du mois de décembre. A Noël. Au moment où les familles se rassemblaient autour de la dinde et du sapin, le choix s’opérait. Les sondages de janvier étaient considérés comme les plus crédibles.

Cette année, rien de tel. La cristallisation de l’électorat indécis est intervenue à Pâques. On est passé de la dinde au gigot. Pas en termes de candidats, en termes de moment. La cristallisation, cette année, est tardive. Non pas que l’électeur recherche une quelconque perfection. Outre qu’elle n’est pas de ce monde politique, elle n’a rien à voir avec l’électeur (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

A Paris, l’«appel de la République» de Hamon
11
Des intellectuels et artistes américains appellent à voter Mélenchon
Sentiment d’injustice
La place de Sens commun fait grincer quelques dents à droite

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages