"Nous avons eu raison de ne pas confiner" : la phrase de Macron qui fait bondir les médecins

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Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse le 25 mars 2021.

À la fin du Conseil européen, Emmanuel Macron a réaffirmé avoir eu raison de ne pas confiner le pays fin janvier, alors que de nombreux scientifiques le réclamaient déjà.

Emmanuel Macron persiste et signe, son "pari" pris fin janvier de ne pas confiner le pays n'est pas un pari perdu. "Nous avons eu raison de ne pas confiner la France à la fin du mois de janvier parce qu'il n'y a pas eu l'explosion prévue par tous les modèles (au mois de février)", a martelé le chef de l'État jeudi 25 mars à l'occasion d'une conférence de presse organisée après le Conseil européen.

VIDÉO : Emmanuel Macron assume sa décision de ne pas avoir reconfiné la France en janvier :

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Des propos qui suscitent la colère de nombreux scientifiques, alors que la troisième vague ne cesse d'accélérer en France, avec près de 35 000 contaminations par jour en moyenne et des services de réanimation déjà saturés, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France.

"Une énorme lassitude"

"Auto-congratulation et auto-satisfaction. Ils disent qu'ils ont tout bien fait et mieux que nos voisins. J'éprouve une énorme lassitude quand j'entends le président dire qu'on s'inquiète pour rien et que les scientifiques sont des 'buses'", déplore le médecin généraliste Matthieu Calafiore, alors que l'on compte plus de 93 000 victimes du Covid ce 26 mars, contre 76 000 à la fin janvier quand la décision a été prise de ne pas confiner, et 1,2 million de cas détectés de Covid-19 supplémentaires, en deux mois.

"Macron dit qu'on ne peut pas reconfiner parce que la population va mal. Mais elle ne va pas mal à cause du confinement qui pourrait avoir lieu, elle va mal parce que la crise dure et ne semble jamais cesser, car les bonnes mesures n'ont pas été prises à temps et que Macron s'est affranchi des médecins et du conseil scientifique", déplore Jérôme Marty, médecin généraliste et président du syndicat UFML.

VIDÉO : Emmanuel Macron critiqué par la classe politique après sa prise de parole :

"Un jour, les choses iront mieux. Alors le décideur se réjouira : 'Voyez, j’ai eu raison !'"

Le constat est tout aussi alarmant pour le généticien Axel Kahn. "Des milliers de vies ont été ou seront perdues du fait de la décision qui entraîne des souffrances immenses. Un jour, les choses iront mieux, dans un mois ou deux. Alors le décideur se réjouira : 'Voyez, j’ai eu raison !'. Je n’en serai toujours pas convaincu", relève amèrement Axel Kahn, écho au "pari" d'Emmanuel Macron.

Autres figures médicales à avoir ouvertement critiqué les propos d'Emmanuel Macron, le chirurgien Laurent Lantieri, qui rappelle les conséquences de ne pas reconfiner fin janvier "80% de déprogrammation, 150 hospitalisations par jour en réanimation en Ile-de-France, 94 000 morts, 4 700 personnes en réanimation".

Capture d'écran
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Lex excuses de Merkel, "aucun constat d'échec" pour Macron

Le constat est tout aussi cruel pour le docteur Guillaume Carteaux, du service de réanimation médicale au CHU Henri Mondor à Créteil. "Nous entrons en France dans le fabuleux monde de la réalité alternative. On connaît la suite, la mort", écrit-il pour commenter la déclaration d'Emmanuel Macron.

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Une décision polémique assumée par le président de la République qui passe d'autant plus mal qu'à l'étranger, l'heure est au mea culpa des chefs d'État. Boris Johnson a reconnu ses erreurs dans la gestion de la première vague au Royaume-Uni, Angela Merkel vient d'avouer une erreur après l'annonce d'un confinement au prochain week-end de Pâques en Allemagne. Alors qu'en France, Emmanuel Macron a martelé jeudi : "Je peux vous affirmer que je n'ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d'échec".

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