Cette photo montre une base française au Mali et non une base de la société russe Wagner

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Des publications partagées plus de 250 fois en moins de 24 heures sur Facebook prétendent montrer une photo de la première base du groupe paramilitaire russe Wagner dans le nord du Mali. Le gouvernement malien envisage de recourir aux services de cette société privée pour lutter contre les groupes jihadistes dans le pays, une perspective qui irrite de nombreux pays, à commencer par la France. Mais attention: cette photo a été truquée, via l'ajout de drapeaux russes. Il s'agit en réalité d'une photo AFP montrant une base militaire française à Gao, dans le nord du pays.

Sur la photo partagée par les internautes, on aperçoit une quinzaine de véhicules, garés les uns à côté des autres sur ce qui ressemble à une base militaire en plein désert. Au milieu, une tente ronde; accolés à cet édifice et à l'arrière-plan, des conteneurs rouge sombre ou kaki.

Sur ce campement flotte un drapeau russe, aux trois bandes horizontales blanche-bleue-rouge caractéristiques. Deux autres figurent à l'arrière et sur le flanc de deux camions. Selon les internautes qui la partagent, il s'agit là de la "première base sur le sol malien" du groupe paramilitaire russe Wagner. Certains la localisent même plus précisément "dans le nord du pays".

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 4 novembre 2021

Le groupe Wagner, avec qui Moscou dément tout lien, fournit des services de maintenance d'équipements militaires et de formation mais est également accusé de mercenariat et soupçonné d'appartenir à un homme d'affaires proche du Kremlin, Evguéni Prigojine. En Centrafrique, ses hommes y sont régulièrement accusés d'exactions par des témoins, des ONG et des experts des Nations unies.

Wagner n'a aucune existence légale en Russie, où les sociétés militaires privées sont interdites par la loi. La présence des hommes du groupe Wagner a aussi été signalée dans plusieurs pays d'Afrique, ainsi qu'en Syrie et en Libye.

Depuis la fin programmée de l'opération antijihadiste française Barkhane au Sahel, le gouvernement malien envisage de recourir à ces sous-traitants privés, une hypothèse incompatible selon plusieurs pays européens, Paris en tête, avec leurs présences militaires dans le pays.

La photo censée dévoiler la première base du groupe russe au Mali a été partagée plus de 250 fois en moins de 24 heures sur Facebook (1, 2, 3, 4...). Sur YouTube, une vidéo utilisant cette image comme vignette a été vue plus de 30.000 fois depuis le 1er novembre.

Photo manipulée

Mais cette image a été manipulée: une recherche d'images inversée sur le moteur de recherche Google Images permet de remonter à plusieurs articles (1, 2, 3) -reprenant des dépêches de l'AFP- illustrés par le cliché, à propos d'une attaque au véhicule-suicide sur la base militaire française de Gao, dans le nord-est du Mali, en juillet 2019.

Captures d'écran d'articles de presse en ligne, réalisées le 4 novembre 2021

La photo d'illustration provient également de l'AFP: elle a été prise par Philippe Desmazes, le 29 mai 2015, et montre cette même base française.

Capture d'écran du site AFPForum, réalisée le 14 novembre 2021

Sur cette photo, aucun drapeau russe en vue. En comparant avec la publication que nous vérifions, on constate pourtant aisément qu'il s'agit du même cliché d'origine. La photo virale, recadrée, est un peu plus étirée verticalement que l'originale et les trois drapeaux russes ont été rajoutés, de même que le visage du soldat dans le coin inférieur droit et le drapeau malien dans le coin supérieur gauche.

La tente circulaire (rectangle rouge), les véhicules (rectangle bleu) et leurs positionnements, et les différents hangars à l'arrière-plan (rectangles jaunes) sont en tous points identiques dans les deux images.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 5 novembre 2021

Photo AFP montrant la base militaire française de Gao, dans le nord du Mali, le 29 mai 2015 (avec ajouts AFP Factuel réalisés le 5 novembre 2021) ( AFP / PHILIPPE DESMAZES)

D'autres photos ont été prises par l'AFP le même jour au même endroit: aucun drapeau russe n'est visible sur ces images non plus. On distingue en revanche un drapeau français.

La base militaire de l'armée française à Gao, dans le nord du Mali, le 29 mai 2015. ( AFP / Philippe DESMAZES)

La base militaire de l'armée française à Gao, dans le nord du Mali, le 29 mai 2015. ( AFP / Philippe DESMAZES)

Une analyse technique de l'image virale, réalisée grâce à l’outil d’analyse de vidéos InVid, permet de repérer en effet que les endroits où les drapeaux ont été ajoutés apparaissent clairement comme des anomalies dans la trame de l'image. Ce sont les taches vertes, ainsi que la zone colorée en haut à gauche.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 5 novembre 2021

Analyse forensique de la capture d'écran Facebook, réalisée le 5 novembre 2021

Possible recours à Wagner

La tension est montée d'un cran entre Bamako et Paris en septembre quand le Premier ministre de transition Choguel Kokalla Maïga a accusé Paris d'un "abandon en plein vol" en raison du plan de la France de réduction de sa présence militaire. Des critiques censées justifier le possible recours par Bamako à Wagner.

Face à cette situation, le gouvernement malien, qui "a bien compris que s'il ne compte que sur un seul partenaire, (...) pourra à tout moment être abandonné", en "cherche d'autres", a expliqué le Premier ministre dans un entretien au Monde Afrique publié le 18 octobre, démentant toutefois des discussions avec le groupe russe, qu'il a qualifiées de "rumeurs".

Le Premier ministre de transition malien Choguel Kokalla Maïga lors d'un entretien avec l'AFP, le 26 septembre 2021, à New York. ( AFP / KENA BETANCUR)

La France, l'Allemagne ou l'Estonie ont d'ores et déjà averti qu'elles réexamineraient leur présence militaire au Mali si un accord était conclu entre Bamako et Wagner.

L'ambassadrice américaine aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a quant à elle fait part de sa "sérieuse inquiétude" au sujet d'un éventuel déploiement au Mali du groupe de sécurité privée, avec lequel les autorités de Bamako sont en discussion, dans un communiqué reçu le 26 octobre.

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