La philosophe Clémence Ramnoux enfin rééditée

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Elle n’a pas la renommée de Jacqueline de Romilly (1913-2010), ni celle de Simone Weil (1909-1943), qu’elle a bien connue, mais elle a la stature d’une très grande helléniste doublée d’une philosophe de talent. Ce qui justifie de saluer la parution de ses œuvres*, dont la plupart est introuvable.

Des présocratiques à Platon et Aristote

Clémence Ramnoux (1905-1997), qui a donné son nom à un des bâtiments de l’actuelle Université de Nanterre, fut en effet de 1965 à 1975, en ce même lieu, bien plus qu’une enseignante, elle était durant ces années tumultueuses, une pythie qui à défaut de prononcer des oracles, ouvrait les portes de l’imagination, et permettait à qui le voulait, de se faire une idée claire des origines de la pensée Grecque, avançant à petits pas dans la connaissance des présocratiques, avant que Platon et Aristote prennent le relais, en philologue et musicienne, plutôt qu’en doctoresse assurée de son savoir.

Rendre clair, ce qui est perçu comme obscur, fut la tâche de toute sa vie

Clémence Ramnoux ne commentait pas les textes, elle les interprétait, "sur deux et même plusieurs lignes", sur au moins deux portées, la raison naissante et l’épopée, dans un même mouvement où se jouait l’écart entre la pensée grecque naissante et la nôtre. Formée à la meilleure école, elle fréquente les classes préparatoires du lycée Condorcet, qui ont été ouvertes à la mixité en 1924, et fait partie des trois premières femmes, en 1927, à être admise à l’ENS de la rue d’Ulm. Elle obtient son agrégation en 1931. Sa passion pour la mythologie est déjà immense et son intérêt pour les textes de Georges Dumézil (1898-1986), qui deviendra son maître et ami, inconditionnel. Au sortir de la guerre, il n’est pas un jour où elle ne note sur ses carnets, ses remarques sur celui qui deviendra son sujet d’étude préféré, celui que l’on nomme "l’Obscur" : Héraclite d’Éphèse, né vers 544-541 av. J-C. Et serait mort à 60 ans vers 480.

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