Aux Philippines, le retour des Marcos au pouvoir

  • Oops !
    Une erreur est survenue.
    Veuillez réessayer plus tard.
Dans cet article:
  • Oops !
    Une erreur est survenue.
    Veuillez réessayer plus tard.

La victoire de Ferdinand Marcos junior, fils du défunt dictateur, à l'élection présidentielle aux Philippines signe le retour en grâce d’un clan familial chassé du pouvoir il y a 36 ans par une révolution populaire. Retour sur la saga de la dynastie Marcos.

Trente-six ans après en avoir été chassé, le clan Marcos fera son retour au palais de Malacanang en juillet prochain. Ferdinand Marcos junior succédera alors à Rodrigo Duterte à la tête du pays, suite à sa victoire écrasante à l'élection présidentielle du 9 mai.

La famille connaît bien ce palais rutilant d’un blanc immaculé au bord du fleuve Pasig à Manille, la capitale des Philippines. Car c’est d’ici que le père du futur président, Ferdinand Marcos sénior, a régné en maître absolu pendant 21 ans, épaulé par son épouse Imelda, une ex-reine de beauté issue d’une puissante dynastie du centre du pays. C’est aussi de cette même résidence présidentielle cossue que la famille a dû être exfiltrée in extremis par hélicoptère en 1986, le bâtiment étant pris d’assaut par des milliers de manifestants en colère. Ils y découvriront une impressionnante collection de milliers de souliers appartenant à Imelda Marcos, connue pour son goût du luxe.

Une longue dictature

Depuis cette fuite aussi rocambolesque que honteuse de la famille Marcos, le clan a su redorer son blason pour se refaire une place parmi les dynasties qui règnent sur cet archipel asiatique de 110 millions d’habitants. La leur remonte à 1965 lorsque Ferdinand Marcos arrive au pouvoir pour la première fois. Il est réélu quatre ans plus tard, en dépit d’allégations de corruption.

Après deux mandats à la tête de l’État, au lieu de partir comme l'exige la Constitution, il décrète la loi martiale le 21 septembre 1972 pour rester au pouvoir. Fort du soutien des États-Unis, Ferdinand Marcos gouverne par décrets et mène une violente répression contre l’opposition. Des dizaines de milliers de dissidents sont emprisonnés, torturés, voire tués.

Lorsque le leader de l’opposition Benigno Aquino revient de son exil aux États-Unis, en 1983, il est assassiné par des hommes de Marcos dans l’aéroport de Manille. D’immenses manifestations réclament alors la démission du dictateur, en vain. Trois ans plus tard, toujours sous la pression d’une opinion publique hostile, Ferdinand Marcos annonce une élection présidentielle anticipée à la télévision américaine. La veuve de l’opposant assassiné, Corazon Aquino, sort alors de l’ombre et décide de se présenter.

À l’issue de cette élection entachée de fraudes et de violences, le dictateur en place s’autoproclame vainqueur, mais il ne résistera pas longtemps à la colère de la rue. Appelés à la désobéissance civile par la candidate malheureuse Corazon Aquino et soutenus par les évêques de l’île, les Philippins manifestent par centaines de milliers dans les rues de Manille, déclenchant ainsi la révolution du « pouvoir du peuple ».

Washington retire finalement son soutien à la famille Marcos, et le 25 février 1986, la famille doit fuir les Philippines pour s’exiler à Hawaï. La voie est alors libre pour Corazon Aquino qui devient présidente et promet de retrouver les quelque 10 milliards de dollars de fonds publics détournés par le clan Marcos.

Le clan retisse son réseau

Deux ans à peine après la mort du dictateur déchu en exil en 1989, l’ex-première dame Imelda Marcos rentre au pays pour être jugée pour fraude et corruption massive. Mais malgré des décennies de poursuites, aucun membre de la famille Marcos ne sera emprisonné. Petit à petit, le clan retisse son réseau et réussi à gagner à nouveau de l’influence politique aux Philippines. En 1992, Ferdinand Marcos junior remporte l’ancien siège de son père au Congrès, avant de devenir gouverneur et sénateur dans le fief familial d’Ilocos Norte en 2010.

En 2016, le fils du dictateur perd d’une courte tête la course à la vice-présidence, mais Ferdinand junior qui aime louer le « génie politique » de son père, ne se décourage pas. Celui que l’on surnomme « Bongbong » déclare sa candidature à la présidentielle cinq ans plus tard, en octobre 2021. Contre toute attente, il forme une alliance avec la fille aînée du président sortant, Sara Duterte. Le duo s’appuie sur un torrent de propagande et d'infox diffusées sur les réseaux sociaux pour faire croire que le règne sans partage du défunt Ferdinand Marcos entre 1965 et 1986 était un véritable âge d’or aux Philippines, rythmé par la croissance et des investissements publics.

Ce narratif qui passe sous silence des années de corruption et d’autoritarisme s'avère payant : le 9 mai 2022, le camp Marcos remporte la victoire face à sa principale rivale, la vice-présidente sortante Leni Robredo. Une victoire qui signe le retour en grâce des Marcos, longtemps considérés comme des « parias » par les Philippins.

À écouter aussi : Fréquence Asie – Élections aux Philippines: la fin de l'ère Duterte

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles