Peut-on demander un peu d’espace pour la liberté de croyance sans basculer dans la théocratie ?

Propos recueillis par Marion Cocquet
·1 min de lecture
Manifestation place de la République, à Paris, le 18 octobre 2020, après l'assassinat de Samuel Paty.
Manifestation place de la République, à Paris, le 18 octobre 2020, après l'assassinat de Samuel Paty.

Cela a d'abord été un texte, adressé aux enseignants d'éducation morale et civique après la décapitation de Samuel Paty. C'est aujourd'hui un essai : la Lettre aux professeurs sur la liberté d'expression de François Héran, parue aux éditions de La Découverte, tâche de rouvrir le débat sur les caricatures. En refusant le chantage moral, la « rhétorique de la pente glissante » et les fausses évidences?

Le Point : Comment est née votre première « lettre aux professeurs », et dans quel esprit l'avez-vous écrite ?

François Héran : Après l'assassinat de Samuel Paty, j'ai croisé des professeurs qui devaient intervenir dans leurs classes à la rentrée des vacances de la Toussaint, et j'ai constaté leur désarroi. Fallait-il montrer aux élèves les caricatures les plus crues de Charlie Hebdo pour ne pas être accusés de lâcheté ? Attendre les instructions du ministère ? J'ai voulu leur offrir une libre réflexion sur la liberté d'expression. Un premier texte, écrit dans l'urgence, avait été publié en ligne le 30 octobre, sur « La vie des idées ». Il a beaucoup circulé, mais il fallait l'approfondir, le documenter. Je reviens ainsi sur les textes fondateurs, à commencer par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, inspirée de précédents américains. Sur ce sujet, la référence reste le beau livre de Marcel Gauchet, La Révolution des droits de l'homme (Gallimard, 1989), mais aussi les travaux récents de Valentine Zuber (2014 et 2017). J'ai relu les débats d [...] Lire la suite