"Le Petit rêve de Georges Frog", une BD délicate et poétique sur un jazzman raté

Jean-Samuel Kriegk

Nous sommes en 1938. Ce que le français Georges Rainette est venu chercher ici, à New York, c'est une part du rêve américain. Fan de jazz et d'improvisation, il attend l'inspiration dans son petit appartement, devant son piano philosophe et doué de parole. Il n'en doute pas: un jour, ses chansons seront connues dans le monde entier, qui saura reconnaître son génie.

Le petit rêve de Georges Frog est une bande dessinée délicate qui cultive les paradoxes: à la fois roman graphique à l'américaine de plus de deux cent pages, mais tout en couleur et en grand format comme un album de BD franco-belge. Et si le dessin doux aux couleurs pastels et les personnages d'animaux anthropomorphes évoquent un livre jeunesse, le propos est clairement orienté vers un lectorat adulte, voir âgé, et touchera surtout le quarantenaire enfermé dans un job déprimant après avoir renoncé à suivre ses rêves.

Qu'elle est touchante, cette petite grenouille fauchée, incapable de joindre les deux bouts dans une ville hostile, dont l'élite rejette la passion et les choix de vie. Phicil, dessinateur et scénariste, surprend tout au long de ce joli album par sa capacité à sublimer sans cesse le récit d'une désillusion permanente. Georges Frog est un jazzman qui ignore qu'il est médiocre, et qui s'obstine à courir après l'échec. Ignorant aussi de l'amour de sa jeune élève, petite lapine bien plus douée que lui au saxophone, il rêve d'épouser Cora, la fille de son voisin M. Cat, issue d'un milieu social qui lui est étranger et qui le rejette. Après des années d'obstination et d'intégrité qui ne sont jamais récompensées, Georges Frog tente la voie de l'ascension sociale. C'est la seconde partie de l'ouvrage, et la plus intéressante, qui voit la grenouille rechercher l'assentiment du père de Cora en occupant un poste de cadre sans intérêt.

Sous ses aspects -au premier abord- légers, Le petit rêve de Georges Frog est une bande dessinée qui remonte aux racines de la société américaine pour en raconter...

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