"Le Petit Nicolas", primé à Annecy, bien plus qu'une simple adaptation de Sempé et Goscinny

Affiche du film
Affiche du film

Véritable image d'Épinal de la France des années cinquante, Le Petit Nicolas se renouvelle dans un film atypique, Le Petit Nicolas - Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux?, qui a décroché samedi le Cristal du long métrage du Festival d'Annecy. Cette proposition à rebours des attentes du public, à découvrir en salles le 12 octobre prochain, mêle en effet les nouvelles de Goscinny et Sempé à une évocation de leur jeunesse.

"C'est une histoire de résilience de deux hommes qui se sont fait voler leur enfance - l'un par la Shoah, l'autre par un père abusif - et ont créé ce Petit Nicolas parfait pour pallier leurs manques", résume Benjamin Massoubre, le co-réalisateur du film.

Cette idée "un peu folle" a été difficile à monter, complète Amandine Fredon, sa co-réalisatrice: "Les chaînes ne comprenaient pas qui était la cible, si c'était pour les enfants ou pour les adultes." Il faut dire que le film n'a rien de classique, même dans sa structure: "Il n'y a pas d'arcs narratifs, on suit l’évolution émotionnelle des personnages. On respecte le format court des nouvelles pour en conserver la poésie." Sans l'âge d'or de l'animation aujourd'hui en France, ce film n'aurait jamais vu le jour.

Un film solaire sur la recherche du bonheur

A l"origine, Le Petit Nicolas - Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux? aurait dû être encore plus expérimental, révèle Amandine Fredon: "L'idée était de mélanger des images d'archives des auteurs avec des séquences animées du Petit Nicolas. Les images d'archives étant trop de mauvaise qualité, les producteurs ont suggéré de tout faire en animation." Yvan Attal, qui a brièvement travaillé sur le projet en 2018, envisageait, lui, de mêler séquences dessinées et prise de vues réelles pour les parties biographiques.

À l'origine du projet se trouve Anne Goscinny, fille de René, dont elle a honoré la mémoire ces dernières années dans diverses expositions, BD, romans et sculptures. Avec Le Petit Nicolas - Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux?, René Goscinny devient un personnage d'animation. Un bel hommage quand on sait à quel point le génial scénariste adorait le cinéma et rêvait de travailler dans l'animation, à la manière de son idole Walt Disney.

Pour incarner René Goscinny, Benjamin Massoubre et Amandine Fredon ont fait appel à Alain Chabat. Une évidence tant l'ex-Nul a souvent été comparé au scénariste. Laurent Lafitte prête quant à lui sa voix à Sempé. Les deux comédiens ont été très investis dans le doublage. "Pour la séquence de la Shoah, Alain s’est mis en condition avant. Il était très intense", se remémore Benjamin Massoubre. "C’est un vrai atout pour un film d’animation de travailler avec des comédiens d’envergure."

Film hanté par la mort - notamment celle de René Goscinny, montrée à deux reprises -, Le Petit Nicolas - Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux? reste un film solaire, insistent Benjamin Massoubre et Amandine Fredon: "C'est un film sur le dépassement des traumatismes, sur la recherche du bonheur. On a envie que les gens sortent de leur séance avec le sourire, même si on aborde des sujets qui sont durs. Notre idée de départ était aussi de faire un film très sincère."

Animer Sempé

Le plus grand défi du film était de reproduire le trait de l'un des plus grands dessinateurs du XXe siècle, Sempé. Un travail impressionnant mené par les deux directeurs artistiques du film, Fursy Teyssier et Juliette Laurent. Car il n'est pas évident de transposer à l'écran les pleins et déliés de Sempé, un style aussi simple que difficile à maîtriser, qui consiste à mêler au sein d’une même ligne un trait épais et un trait fin.

À l’écran, la ressemblance est frappante, bien que le trait soit souvent un peu plus épais que celui de Sempé. Une trahison nécessaire pour des questions de mise en scène, afin que les personnages restent visibles à l'écran, souligne Amandine Fredon:

"Si le trait est trop fin dans les plans serrés, il y a trop de blanc et ça fait trop de lumière. Et comme Sempé travaille avec très peu de traits, certains détails risquaient de devenir moins visibles à l'écran. On aurait moins vu le personnage!"

La finesse du trait de Sempé est d'ailleurs telle qu'il est impossible d'animer en gros plans le Petit Nicolas, note Amandine Fredon: "Comme il s'appelle Le Petit Nicolas, il devait rester petit dans l'image. On s'est un peu cassé la tête et on a donc osé des plans larges pour garder les personnages minuscules."

"Ce sont de vraies performances d'animation", conclut Benjamin Massoubre. "Certains plans durent une minute, une minute trente, avec parfois quatre personnages." Une manière de renouveler un personnage trop souvent adapté au cinéma. Et de moderniser des histoires désormais un peu datées.

Article original publié sur BFMTV.com

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