Perseverance sur Mars: les premiers résultats du rover sont en partie français

·4 min de lecture
Le rover Perseverance livre les premiers résultats via une photo de Mars prise par SuperCam, un instrument scientifique français. (Photo: NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG)
Le rover Perseverance livre les premiers résultats via une photo de Mars prise par SuperCam, un instrument scientifique français. (Photo: NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG)

SCIENCE - Il y a 231 jours, des centaines de chercheurs et d’ingénieurs du monde entier poussaient un “ouf” de soulagement: le rover Perseverance de la Nasa se posait sur Mars, dans le cratère Jezero, pour une mission d’au moins deux ans. Objectif: mieux comprendre la planète rouge, voire y trouver la trace d’une vie passée.

Ce jeudi 7 octobre est à marquer d’une pierre blanche pour la mission spatiale: les premiers résultats scientifiques de Perseverance sont publiés dans la revue Science. Une quarantaine de chercheurs ont analysé les premières photos prises par le rover, notamment grâce à SuperCam, la caméra franco-américaine haute définition équipée d’un laser.

En observant une butte située à la périphérie du cratère Jezero, les scientifiques ont mis à jour de nouvelles caractéristiques de cette zone, qui était un lac de 900 km² il y a plus de 3 milliards d’années. Perseverance était déjà censé aller explorer cette butte appelée “Kodiak”, mais ces découvertes vont permettre de “revisiter cette traversée afin d’identifier les endroits les plus intéressants”, a expliqué lors d’une conférence de presse l’auteur principal de l’étude, Nicolas Mangold, directeur de recherche CNRS et l’un des plus grands spécialistes de la géologie et de l’hydrologie martienne.

Un delta étonnant

La butte Kodiak, haute de 60 mètres, se trouve au niveau de l’embouchure d’un delta par lequel de l’eau se jetait dans le lac. Avec ses caméras, Perseverance a pu prendre en photo cette structure. “On y voit des strates typiques d’un dépôt de sédiments”, explique Nicolas Mangold. En analysant ces différentes strates, cela a permis aux chercheurs de mieux estimer le niveau du lac à l’époque, sa forme, son altitude, etc.

La butte Kodiak prise en photo par deux caméras du rover Perseverance (Photo: NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG/ASU/MSSS)
La butte Kodiak prise en photo par deux caméras du rover Perseverance (Photo: NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG/ASU/MSSS)

Deux choses particulières ont intrigué les chercheurs. En haut de la butte se trouvent de gros blocs de roche de plus de 1,5 mètre. “Quand on prend un delta classique, on ne voit pas de gros blocs qui se jettent dans une mer, c’est plutôt du sable, quelques galets, détaille le chercheur. Ces rochers imposants sont le signe de débits très forts, mais éphémères, par exemple des crues soudaines, signe d’une transition climatique importante”.

Surtout, ces blocs pourraient être une véritable mine d’information. Car ces rochers viennent des remparts de Jezero et ont dû se former il y a des milliards d’années, lorsque Mars avait une activité volcanique. Si Perseverance arrive à les forer, “cela va nous permettre de comprendre la composition de la croûte martienne”, espère Nicolas Mangold.

Les rochers de plus d'un mètre au sommet de la butte Kodiak, photographiés par le rover Perseverance. (Photo: NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG)
Les rochers de plus d'un mètre au sommet de la butte Kodiak, photographiés par le rover Perseverance. (Photo: NASA/JPL-Caltech/LANL/CNES/CNRS/IRAP/LPG)

À la recherche de traces d’une trace de vie extraterrestre

L’autre point d’intérêt, ce sont les dépôts de sédiment en bas de la butte, qui pourraient avoir préservé de la matière organique. Attention, il ne faut pas parler de vie (pour l’instant), alerte Sylvestre Maurice, enseignant-chercheur de l’Université Toulouse III et co-responsable scientifique de SuperCam: “La matière organique peut également venir de comètes ou d’impacteurs et avoir évolué dans des conditions martiennes”, précise-t-il.

Évidemment, ce qu’espèrent les scientifiques, c’est que cette matière organique ne vienne pas de comètes, mais soit la trace d’une vie extraterrestre ancienne. Il y a 3,5 milliards d’années, Mars avait tous les éléments pour abriter la vie. Soit une atmosphère dense qui réchauffait la planète et lui permettait d’avoir de l’eau liquide à sa surface. Mais il manque toujours cette preuve d’une vie passée.

C’est l’un des principaux objectifs de Perseverance. Le laser situé sur SuperCam permet de chauffer la roche à très haute température. La lumière dégagée est alors analysée par spectroscopie pour connaître la composition chimique de cette roche. Et d’y trouver, peut-être, la trace d’une vie passée.

Perseverance est encore bien éloigné de la butte de Kodiak, mais il faut s’attendre à ce que les publications scientifiques se multiplient. “Nous nous sommes posés il y a 200 jours martiens, la première partie de cette phase consistait à vérifier que tous les instruments marchaient”, explique Sylvestre Maurice.

En réalité, la butte de Kodiak servait donc à calibrer SuperCam. “C’est quasiment un test technologique qui a permis cette première publication scientifique qui est allée très vite. Maintenant que les fonctionnalités s’activent, on a beaucoup de choses intéressantes qui vont dans tous les sens”, lance le chercheur. Ce n’est que le début pour Perseverance.

À voir également sur Le HuffPost: Il y avait un message caché sur Perseverance et c’est un Français qui l’a décodé

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles