"Il a perdu une occasion de se taire": en contredisant l'Otan sur l'origine du missile en Pologne, Zelensky se complique la tâche

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le 20 octobre. - DANIEL ROLAND / AFP
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le 20 octobre. - DANIEL ROLAND / AFP

Zelensky persiste. Dans une déclaration ce mercredi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réaffirmé que le missile ayant tué deux personnes dans un village polonais près de la frontière avec l'Ukraine était russe.

"Je n'ai aucun doute que ce missile n'était pas à nous", a-t-il dit.

Pourtant, la prudence était de mise du côté de l'Otan, de l'Europe et des États-Unis. Dès mardi soir, Moscou démentait avoir bombardé le sol polonais. Et quelques heures avant la déclaration de Zelensky ce mercredi, le président polonais Andrzej Duda évoquait un accident venant de la défense ukrainienne.

"Rien n'indique qu'il s'agissait d'une attaque intentionnelle contre la Pologne", a-t-il dit devant la presse. Il n'y a "pas d'indication d'une attaque délibérée" en Pologne, déclarait ensuite le chef de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Dans la soirée enfin, Adrienne Watson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, accréditait elle aussi la thèse d'un missile de défense ukrainien.

"Dans le contexte, on peut l'excuser"

"Pour la première fois, la Russie dit quelque chose qui se révèle être exact à propos de ce missile, ce qui met en difficulté la propagande de l'autre côté", analyse sur le plateau de BFMTV Ulysse Gosset, éditorialiste politique internationale.

"Mais il ne faut pas oublier l'essentiel: il y a une journée terrible vis-a-vis de l'Ukraine", poursuit-il, rappellant les frappes russes sur le territoire ukrainien. "Dans le contexte, on peut l'excuser, parce que c'est la première fois qu'il dérape un peu", explique Ulysse Gosset.

Mais cette obstination ressemble pourtant à une erreur stratégique pour Volodymyr Zelensky. Le gouvernement hongrois a ainsi estimé mercredi que le président ukrainien donnait "un mauvais exemple"

"Dans une telle situation, les dirigeants mondiaux s'expriment de manière responsable", a déclaré à la presse Gergely Gulyas, chef de cabinet du Premier ministre Viktor Orban.

Or, "le président ukrainien, en accusant immédiatement les Russes, a eu tort, c'est un mauvais exemple", a-t-il ajouté, saluant au contraire l'attitude prudente de la Pologne et des États-Unis.

"Il se complique la vie"

La déclaration immédiate du président ukrainien est également critiquée du côté français. Dans une interview accordée à nos confrères de FranceInfo, le général Michel Yakovleff, officier général de l'armée de terre française, affirme que Zelensky "a perdu une occasion de se taire."

"Il a un capital de sympathie mais je ne vois pas pourquoi il s'est précipité. C'est gênant pour lui vis-à-vis de l'Otan et ça ouvre un vrai boulevard à la propagande russe", estime le général, qui considère que Volodymyr Zelensky se "complique la vie."

La position du président ukrainien a en effet été largement dénoncée par Moscou. Sur BFMTV, le porte-parole de l'ambassade russe en France, Alexander Makogonov, a notamment affirmé que Zelensky "[avait eu] une réaction hystérique."

Article original publié sur BFMTV.com