Orphan Black : la nouvelle star des séries fantastiques

Alain Carrazé

La chaine Numéro 23 commencera à diffuser la série inédite Orphan Black à partir du mercredi 20 novembre. Depuis Buffy, les héroïnes surnaturelles ont droit de cité dans le monde des séries télé. Chasseuses de vampires, sorcières, robots terminator, aliens, créatures programmables ou réincarnées, ces fortes filles du petit écran dament le pion aux gentils héros masculin qui ont bien des soucis à se faire.
Bien sûr, il reste toujours les frères Winchester de Supernatural, le Dracula de Jonathan Rhys-Meyers et le héros de Grimm (entre autres), mais une « badass » dotée de facultés hors du commun permet d’aller à contre-courant des habituelles « demoiselles en détresse » que le héros viril venait délivrer des griffes du monstre. De plus, ces personnages permettent de réconcilier devant une série à la fois le jeune public masculin et féminin.
Sarah Michelle Gellar ou Eliza Dushku sont quelques-unes des icônes féminines des séries fantastiques, et il y a fort à parier que Tatiana Maslany les rejoigne bientôt. La jeune comédienne tient en effet le… ou plutôt les rôles principaux de Orphan Black.
Comme me l’a récemment confié le co-créateur de la série, John Fawcett « un personnage central féminin, fort et intéressant, capable de tenir tête aux autres et de nous surprendre » est une formule qui semble bien fonctionner. « Je ne suis pas certain que ça serait la même série si un homme en était la vedette. »

Sarah et les clones
Le personnage principal d’Orphan Black, a tout d’une rebelle : Sarah est une jeune délinquante qui usurpe l’identité d’une jeune fille qui vient de se suicider sous ses yeux, en laissant un sac avec ses papiers, son téléphone, et un compte en banque à vider. Sarah devient donc Beth… mais c’est là que tout se complique. Car la ressemblance entre Sarah et Beth n’était pas fortuite : ce sont des clones ! Sarah va vite être confrontée à une pléiade d’autres elle-même : Alison, Katia, Cosima, Helena… Mais toutes bien distinctes : mère au foyer, jeune nerd, tueuse… « Beth » est d’ailleurs détective au sein de la police !
« Si vous regardez les films qui ont été faits sur ce sujet, les clones sont des répliques du personnage principal et leur personnalité n’est pas différente. Mais nos clones à nous sont tous uniques : ils ont chacun leur propre personnalité » m’a expliqué Fawcett. « Il s’est écoulé 10 ans entre le moment où nous avons eu cette idée de série et le tournage de la première saison. Tout ce temps a été nécessaire pour réussir à créer une histoire de clones vraiment différente de tout ce qu’on avait pu voir par le passé, et surtout pour trouver l’interprète qui pourrait tenir tous ces rôles. Nous avons auditionné pas mal d’actrices et Tatiana était très nettement au-dessus de la mêlée

Une mise en scène compliquée
Effectivement, il faut bien admettre que Tatiana Maslany, vue notamment dans les films Je te promets ou Diary of the Dead, est proprement époustouflante dans ce(s) rôle(s). « Elle a réussi à rendre ces personnages crédibles, ce qui permet aux téléspectateurs de s’investir dans chacune d’entre elles » poursuit Fawcett. « Elle est incroyablement forte sur tous les aspects techniques qui sont associés à nos séquences de clones. Elle passe son temps sur le tournage à regarder dans le vide, avec une oreillette qui lui donne les répliques que son autre elle-même est censées lui dire. C’est très complexe et elle y parvient remarquablement. »

La conspiration des clones
La force de Orphan Black est de multiplier les genres à l’intérieur d’une même histoire. On frôle l’enquête policière (l’héroïne se fait passer pour une enquêtrice émérite), on passe par des moments de pure comédie, et on plonge dans une conspiration impressionnante puisque quelqu’un semble en vouloir à tous ces clones, au point de les éliminer les unes après les autres.
« Nous avons voulu faire un thriller avant tout, dans un monde qui repose sur les mensonges, les secrets et le mystère » confirme John Fawcett. « Nous voulions raconter une grande histoire à suivre. On n’a jamais vraiment voulu faire une série policière, par exemple, où il y aurait un crime à résoudre à chaque épisode. Mais tout l’intérêt vient d’avoir ce personnage qui n’est pas officier de police, qui n’a jamais tenu une arme de sa vie, et qui pourtant essaye de se faire passer pour une vraie flic. »
Les rebondissements s’enchainent et l’intrigue devient de plus en plus complexe au fur et à mesure que la série progresse. Qui a créé ces clones ? Quel est l’original ? Pourquoi veut-on les supprimer ?

Des clones de Orphan Black
En quelques mois de diffusion aux États-Unis, cette petite production, dont la première saison ne compte que 10 épisodes, s’est instantanément faite remarquer des critiques et des téléspectateurs. La chaine Numéro 23 la diffusera en compagnie de la dernière saison de Lost Girl, une autre série fantastique avec une héroïne à sa tête : Bo la succube qui se nourrit des énergies sexuelles de ses partenaires.
Le genre se porte donc bien et sait se renouveler. Un seul bémol dans ce domaine : si tout le bestiaire du fantastique est exploité, on peine encore à lancer une super-héroine. Wonder Woman a été recalée (mais on attend une nouvelle version intitulée Amazon), et le remake de Super Jamie (Bionic Woman) a été un flop retentissant. Et si Black Canary vient d’apparaitre dans Arrow, il n’est pas question (pour l’instant) de lui confier sa propre série.

Alain Carrazé, directeur de 8 Art City

Crédit photo : © BBC Worldwide