Game of Thrones : le point de saturation médiatique est atteint

Vous ne pouvez pas y échapper : en ce moment, Game of Thrones est partout. Des magazines qui n’ont rien à voir avec les séries télé font leur couverture dessus, n’importe quelle info (nouvelle ou ancienne) est massivement partagée sur les réseaux sociaux, et un site web a même ouvert une cellule de soutien psychologique pour les téléspectateurs soi-disant traumatisés par le deuxième épisode de la saison 4 !
Evidemment, il s’agit là d’un opportunisme forcené, qui incite tous les médias à trouver un stratagème pour « faire du GoT », le sujet du moment. En ce qui me concerne, on a largement dépassé le stade de saturation et l’overdose me guette.

Tentons d’analyser les raisons d’un tel déferlement et d’une telle hystérie médiatique.


Game of Thrones - Saison 4 Trailer #1par Spi0n
Un genre différent des autres
Game of Thrones est une série d’un genre assez peu exploité à la télévision : l’Heroic Fantasy (voire même de la « dark fantasy »). En effet, si cette adaptation des romans épiques de George R. R. Martin doit beaucoup aux Rois Maudits, à la Guerre des Roses et au Seigneur des Anneaux, ce style de série mi-historique / mi-fantastique n’a presque jamais été exploité en série télé.
À peine se souvient-on des séries d’aventures comme Hercule et Xena, voire de Conan ou de Sinbad qui leur ont emboités le pas. Non seulement les chaines de télé jugent que de telles productions sont extrêmement couteuses (décors et costumes, tout est à créer) mais de plus, elles les pensent capables de ne toucher qu’une partie limitée du public. Même HBO, chaine pourtant à péage et qui doit contenter un nombre plus restreint de téléspectateurs, n’avait jamais osé produire de série de ce type (mis à part La Caravane de l’Étrange, une série fantastique au succès très limité).
Avec Game of Thrones, c’est donc une série plutôt originale qui est arrivée sur les écrans, sans être noyée au milieu de toutes les autres productions policières ou dramatiques. Et à la télévision, la différence vous fait souvent sortir du lot. Cela avait également été le cas avec The X-Files, Twin Peaks ou encore Mad Men, des séries qui sortaient de l’ordinaire, et qui ont, elles aussi, eu droit à leur période de frénésie médiatique.

Une communauté active

Game of Thrones touche majoritairement les 15-35 ans, fanatiques de fantasy, très présents sur internet et très actifs sur les réseaux sociaux. Cette population amoureuse des productions de science-fiction et de jeux de rôles, que l’on qualifie souvent de « geeks » (un autre mot à la mode…), forme un très fort tissu communautaire, capable de s’investir et de s’impliquer dans une œuvre, d’en parler, de la défendre… Toucher cette communauté active est un rêve pour n’importe quel media, avec un buzz assuré à la clef.

En bien ou en mal, on parle de la série

L’arrivée de cette nouvelle saison a déjà fait les gros titres, autant positifs que négatifs. Dans le premier cas, c’est la campagne publicitaire conjointe du diffuseur OCS et de l’éditeur Warner qui a fait la promotion non seulement de la nouvelle saison mais aussi de la sortie de la précédente en DVD et en Blu-Ray. Impossible de manquer les affiches, d’autant que le point culminant de cette campagne a été une avant-première sur grand écran, en présence de 3 acteurs de la série (après une séance de dédicaces la veille dans une grande enseigne culturelle).
Négatifs aussi, en raison de l’annulation, 2 jours avant son démarrage, d’une convention amateur censée se dérouler à Carcassonne. Les fans qui avaient déjà déboursé des sommes considérables ont été laissés sur le carreau. Là encore, ce n’est pas la première fois qu’un tel évènement organisé sans professionnalisme échoue, mais avec cette série bien précise, celui-ci avait réussi à attirer l’attention de médias respectables qui lui ont donc servi de caution. À croire que Game of Thrones fait perdre la tête même à ceux qui sont généralement rigoureux quant à leurs partenariats.

Des audiences au top
Sans réaliser des audiences comparables aux séries télé plus généralistes qui drainent entre 15 et 20 millions de téléspectateurs outre-Atlantique (comme par exemple NCIS), Game of Thrones casse littéralement la baraque sur HBO. Le dernier épisode en date a totalisé quelques 6,3 millions de téléspectateurs sur la chaine câblée américaine. De plus, la série reste en tête des séries les plus téléchargées illégalement, un record qui s’explique notamment par le fait qu’elle est diffusée aux États-Unis sur une chaine payante.
Bref, Game of Thrones n’est pas la série la plus vue de la télévision américaine, loin de là. Mais elle suscite des réactions, alors que beaucoup d’autres, aux audiences plus massives, sont regardées de manière plus passive.

Les morts « inattendues », ça fait le buzz !
Game of Thrones continue de faire le buzz grâce à ses morts violentes. Si cela est maintenant chose courante et est exploité de façon outrancière (jusque dans The Good Wife), éliminer un personnage que l’on pensait être l’un des piliers de la série en a fait sursauter plus d’un il y a trois ans, à la fin de la saison 1. Cela a continué avec le fameux Red Wedding de la saison 3. Et cela vient tout juste de se reproduire avec le deuxième épisode de la saison 4.
Il suffirait pourtant de lire les romans de George R. R. Martin pour connaitre le destin des personnages, mais l’effet dans la série est immédiat : spoilers sur tous les réseaux sociaux et articles détaillés sur les sites web spécialisés. L’emballement est tel que si vous n’avez pas regardé l’épisode quelques heures après sa diffusion originelle, non seulement vous serez spoilés, mais vous paraitrez pour un ringard aux yeux de vos amis…

Pour le moment, Game of Thrones est donc le sujet dont il FAUT parler, la série à la mode qui vous valorise, qui montre que vous êtes dans le coup. Les médias ont bien compris cela et se raccrochent de façon très artificielle à ce buzz.
Cela avait été le cas avec The X-Files dans les années 90, ou avec Breaking Bad il y a quelques mois. Et comme avec ces deux séries, le buzz finira par se tarir et le sujet sera moins à la mode. Mais la série continuera d’être formidable… de façon plus discrète.

Et bien évidemment, cet article qui tente d’analyser cet effet de mode y contribue lui aussi !

Alain Carrazé, directeur de 8 Art City

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