Penelope Gate : les pires excuses du camp Fillon

François Fillon

Pas toujours facile de défendre François Fillon, même quand on est dans son camp. La preuve avec les pires arguments évoqués par ses proches.

Empêtrée dans le Penelope Gate, du nom de l’épouse de François Fillon, soupçonnée d’avoir bénéficié d’un emploi fictif en tant qu’assistante parlementaire, son équipe tente de le défendre. Pas toujours très adroitement. De nombreux arguments évoqués par les proches du camp Fillon se sont révélés douteux, flous, voire faux.

► Des avocats qui ne le sont pas

Premier d’entre eux, François Fillon lui-même qui s’est tiré une balle dans le pied en évoquant le sort de ses enfants sur TF1, pour parler de l’importance de sa famille au sein de son équipe. Sauf qu’il a affirmé les avoir rémunérés en tant qu’avocat, alors que, vérification faite, ils ne l’étaient pas encore.

► Des phrases maladroites

Dans une interview au Bien Public, en octobre dernier, Pénélope Fillon assurait “je ne me suis jamais impliquée dans la vie politique de mon mari”. Ces derniers jours semblent prouver le contraire.

Autre incohérence de la part du candidat, lorsqu’il a déclaré “ma femme travaille pour moi depuis toujours, depuis 1981.”  Or, selon le Canard Enchaîné, elle a travaillé pour le suppléant de son mari,  Marc Joulaud, en 2002. Comment peut-elle donc travailler “depuis toujours” avec son mari et en même temps avec son suppléant ? Un mystère de plus.

►Ils ont toujours vu Pénélope aux côtés de François, qui affirme le contraire

Également en pointe de la défense du couple Fillon, le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti.

Sur l’antenne de RTL, il explique avoir “toujours vu” Pénélope “à côté de François Fillon”.  Bernard Accoyer livre la même version, affirmant l’avoir vue “y compris en de multiples circonstances à l’Assemblée nationale”. Sauf que François Fillon explique que sa femme “ne fréquente pas les couloirs de l’Assemblée nationale.” Il va falloir accorder les violons dans le camp Fillon.

► Le nombre de comptes bancaires

François Fillon a également été maladroit en évoquant, lors de son meeting le compte en banque du couple : “nous n’avons rien à cacher, notre seul compte en banque est au Crédit agricole de Sablé-sur-Sarthe.”  Une phrase qui n’a pas échappé à la députée écologiste Laurence Abeille. Elle explique que les députés sont obligés d’avoir deux comptes bancaires.


L’équipe du candidat a finalement contacté Libération pour préciser ses propos : François Fillon n’a en fait “qu’une seule banque, mais plusieurs comptes”. Le candidat semble décidément avoir du mal à s’expliquer.

► “On l’a tous fait”

L’excuse la plus fréquemment évoquée par son camp est celle du “on l’a tous fait”. Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône défendait ainsi François Fillon dans C à vous : “Ca m’est arrivé (d’embaucher des proches, ndlr), mais il y a très longtemps”. Avant de préciser : “mais pour des activités réalisées”. A croire qu’elle sous-entend que ce n’est pas le cas de tout le monde.

Dans la catégorie “on l’a tous fait”, Bernard Debré également, qui explique sur BFMTV : “J’ai embauché en 2004 ma fille, qui avait un travail. J’avais envie qu’elle connaisse la politique, avec derrière l’idée qu’elle pourrait un jour en faire”.

Une défense maladroite, puisque ce n’est pas d’avoir embauché sa femme qui est reproché à François Fillon, mais c’est le fait qu’elle ait occupé un emploi présumé fictif. Des éléments renforcés par son absence de badge d’accès et de mail à l’Assemblée, selon les enquêteurs.

► Bouchers et politiques, même combat

Autre excuse tout autant à côté de la plaque, celle de Dominique Bussereau, ancien ministre des Transports, évoquant un politique qui emploie sa femme. “Si on l’interdit pour les hommes politiques, il faut aussi l’interdire pour les bouchers, les épiciers”, argumentait-il sur LCP. Sauf qu’on le rappelle, un boucher n’utilise par l’argent public pour rémunérer ses employés, à la différence d’un homme politique.

► Empirer les choses

En défendant François Fillon, Bernard Debré a peut-être fait une boulette, sur LCP.  Il a en effet, bien malgré lui, révélé que Pénélope était également l’assistance de François Fillon lorsqu’il était Premier ministre. Ce que personne ne savait jusque-là. Reste à savoir si elle était rémunérée pour cela, et si elle a bien occupé sa fonction.

► Des éléments matériels pour un travail pas forcément “matériel”

Le plus embêtant, c’est lorsque l’avocat de François Fillon lui-même est pris au dépourvu. Lundi, à l’issue de l’audition de son client et son épouse Pénélope, par les enquêteurs du parquet national financier, il vient faire le point sur BFMTV. Il explique que “les enquêteurs ont reçu déjà un certain nombre d’éléments [de preuve], ils en recevront d’autres encore dans les jours qui viennent”.

Sauf que lorsqu’on lui demande quelles preuves ont été données, il rétorque que ce travail n’est pas forcément très “tangible” ni “matériel”. Compliqué de donner des “éléments matériels” pour prouver un travail qui n’est pas “forcément matériel”.

► La permanence située au domicile

Autre couac dans les éléments de défense d’Antonin Lévy, lorsqu’il évoque, sur RTL, que “François Fillon n’avait pas de permanence en tant que député. Cette permanence, elle se situait à leur domicile”. Or, des frais sont alloués aux députés, l’indemnité représentative de frais de mandat pour financer notamment cette permanence, soit 5 770 euros brut par mois.

► Évoquer les salaires des assistants

Pour défendre François Fillon et sa femme Pénélope, Gérard Larcher, président du Sénat, a également fait dans l’originalité, mais pas forcément dans le pertinent. Interrogé lors du Grand Rendez-Vous sur Europe 1 et Itélé, il a tenté de dédramatiser le montant du salaire perçu par Pénélope Fillon. “Un collaborateur parlementaire – c’est un motif de fierté – gagne en moyenne 3250 euros brut pour les femmes et un peu moins de 3000 euros pour les hommes”.

“C’est un des seuls cas où les femmes sont mieux traitées que les hommes!”, a-t-il expliqué. Pour rappel, Pénélope Fillon aurait perçu 7 500 euros brut comme assistante parlementaire de son mari. Un argument sur lequel avait d’ailleurs ironisé Cécile Duflot.


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