Pendant la pandémie, les confinements, le couvre-feu: c'est quoi le bonheur?

Céline Hussonnois-Alaya
·5 min de lecture
Un couple devant la Tour Eiffel à Paris, le 22 octobre 2020, c'est-à-dire avant que le couvre-feu ne soit mis en place (photo d'illustration) - Valery HACHE © 2019 AFP
Un couple devant la Tour Eiffel à Paris, le 22 octobre 2020, c'est-à-dire avant que le couvre-feu ne soit mis en place (photo d'illustration) - Valery HACHE © 2019 AFP

Depuis un an, nos vies sont bouleversées. La pandémie de Covid-19 a touché le monde entier, faisant de nombreuses victimes aussi bien sur les plans sanitaire qu'économique. Nos relations sociales ont également changé et l'insouciance du monde d'avant n'est plus. Difficile ou impossible de se réunir en famille ou entre amis sans craindre de contaminer ses proches. Et impossible de fêter un anniversaire, un départ en retraite ou de célébrer un mariage en grande pompe.

Pour nombre d'entre nous, la recette du bonheur résidait en partie dans ces moments de convivialité ou de loisir, des spectacles aux soirées au restaurant en passant par le café du matin pris en terrasse. Mais les théâtres, tout comme les cinémas ou encore les piscines et salles de sport, sont fermés. Dans cette ambiance plutôt morose, certains ont tout de même trouvé de nouveaux moyens pour cultiver leur jardin.

"La douceur d'être chez soi"

Alors que se tient ce samedi la journée mondiale du bonheur, Andréa (qui a souhaité conserver l'anonymat), 73 ans, témoigne de sa nouvelle recette pour voir la vie un peu plus en rose. "Ce sont des petits plaisirs que je redécouvre", confie à BFMTV.com la retraitée, philosophe, qui réside dans un village entre l'Île-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté.

"Avant j'étais prise par mes activités, mes filles, mes petits-enfants que je gardais. Mais depuis un an je sors beaucoup moins et, malheureusement, je vois moins ma famille. Alors je retrouve du temps, la satisfaction de prendre le temps et d'en avoir le contrôle. J'ai aussi redécouvert le plaisir de certaines choses qui étaient comme endormies. Faire un feu dans la cheminée, lire dans le jardin, faire des plantations."

Andréa ajoute avoir retrouvé le plaisir de se concoter des petits plats - notamment un récent diplomate au chocolat "particulièrement réussi", selon elle - qu'elle ne s'accordait plus. "Je redécouvre la douceur d'être chez soi et le plaisir de profiter de ce temps passé à l'intérieur."

De nouvelles envies

Pour Claudia Senik, spécialiste de l'économie du bonheur, professeure à Sorbonne Université et à l'École d'économie de Paris, il y aura bien un avant/après pandémie dans notre recherche du bonheur, observe-t-elle pour BFMTV.com. Elle évoque ainsi plusieurs enquêtes qui ont pointé les nouvelles aspirations de la population.

"L'écologie et la lutte contre le réchauffement climatique reviennent très souvent mais aussi une forte demande de relocalisation des activités agricoles, industrielles ou pharmaceutiques. Certaines personnes se disent même prêtes à ne consommer que des produits de saison, par exemple, ou ne plus prendre l'avion. C'est un peu comme si cette pandémie était interprêtée comme un dérèglement d'une mondialisation sans contrôle, ayant transporté le virus partout avec elle."

Claudia Senik, également directrice de l'Observatoire du bien‐être qui vient de publier son rapport 2020 sur le bien-être en France, estime que cette crise pourrait ainsi jouer comme un élément déclencheur. "Avec la généralisation du télétravail ou de l'enseignement à distance, qui n'ont cependant pas toujours été parfaits et qui ont montré leurs limites, on a tout de même vu que beaucoup de choses étaient possibles, cela va certainement amorcer de nouveaux comportements."

"Un accélérateur de tendance"

Une analyse que partage Lise Bourdeau-Lepage, professeure et chercheuse à l'Université Lyon 3 qui a mené des travaux sur le confinement, les habitudes de vie, les relations sociales et le bien-être. "On a constaté une modification de la manière dont les urbains, notamment, perçoivent leur bien-être", assure-t-elle à BFMTV.com. Après le premier confinement, nombre d'entre eux ont ainsi aspiré à une vie différente, notamment un habitat plus grand mais aussi davantage en contact avec la nature.

"Le lieu de vie des urbains n'est pas leur domicile mais l'extérieur. Mais avec les nouvelles restrictions, ils ne peuvent plus autant sortir de chez eux. L'intérieur est apparu primordial, ce qui n'était pas le cas auparavant. La crise a joué comme un accélérateur de tendance."

S'ils sont difficiles à estimer précisément, de nombreux Franciliens ont quitté la région après le confinement du printemps 2020. Juste avant, ils étaient 38% çà se dire prêts à partir. Mais après, ils étaient 57%.

Un questionnement sur le sens de la vie

"En plus d'un cadre de vie peu favorable, un environnement stressant ou un logement exigu, un relentissement général s'est fait ressentir", pointe encore la géographe et économiste Lise Bourdeau-Lepage. Ce qui aurait donné naissance à une réflexion sur les modes de vie mais aussi un questionnement sur le sens de la vie. "Et, in fine, sur ce qui contribue à notre bien-être, et donc, à notre bonheur."

Dans son étude "L'effet du 'grand' confinement sur le quotidien et le bien-être des Français" parue en début d'année, la chercheuse remarque qu'à la question "pensez-vous que cette période de confinement changera quelque chose dans notre manière de vivre?" la réponse a été "oui" à près de 67%.

"Le confinement et cette crise ont été des révélateurs des effets négatifs de certains modes de vie, notamment avec la pollution et les nuisances sonores en ville. Il est évident que ce qu'ont vécu les gens devrait modifier leur vision du bonheur mais aussi changer, dans une certaine mesure, certaines de leurs habitudes. L'avenir nous le dira."

Article original publié sur BFMTV.com