Pegasus: avant Macron, d'autres présidents français ont fait l'objet de tentatives ou faits d'espionnage

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Emmanuel Macron lors de sa traditionnelle allocution aux armées, à la veille du défilé du 14 juillet. - CHRISTIAN HARTMANN / POOL
Emmanuel Macron lors de sa traditionnelle allocution aux armées, à la veille du défilé du 14 juillet. - CHRISTIAN HARTMANN / POOL

Espionner un président de la République française: les faits sont graves, mais pas inédits dans l'histoire contemporaine. Mardi, il a été révélé que l'un des numéros d'Emmanuel Macron figurait sur une liste de potentielles cibles du logiciel Pegasus, auquel ont recours certains États à des fins d'espionnage. Une question se pose à partir de là: le locataire de l'Elysée a-t-il été espionné et ses communications interceptées?

Le Monde et Radio France, qui font partie du consortium de 17 médias ayant eu accès à cette liste obtenue par le réseau de journalistes Forbidden Stories et l'ONG Amnesty International, ont révélé mardi que ces numéros, dont celui de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et de 14 membres du gouvernement, figurent "dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l'État marocain, utilisateur du logiciel espion Pegasus, pour un potentiel piratage". Ce que le royaume chérifien conteste.

"Toute la lumière sera faite", promet l'Élysée

"Si les faits sont avérés, ils sont évidemment très graves. Toute la lumière sera faite sur ces révélations de presse", a réagi l'Élysée dans la foulée.

Mardi, en amont des révélations concernant Emmanuel Macron, interrogé par les députés lors de la séance de questions au gouvernement sur la présence de journalistes et politiques français dans la liste Pegasus, le Premier ministre Jean Castex était resté évasif et avait indiqué que des investigations étaient en cours pour vérifier "la matérialité" des faits allégués mais que, pour l'heure, les investigations n'avaient "pas abouti".

Cette liste aurait été dressée depuis 2016 et comporterait quelque 50.000 numéros de téléphone sélectionnés par les clients de NSO, l'entreprise israélienne qui commercialise le logiciel Pegasus.

S'il n'est à ce stade pas établi que les communications d'Emmanuel Macron ont effectivement été espionnées par une puissance étrangère, cela ne serait pas la première fois si telle était la réalité.

Un précédent avec les États-Unis

En 2015, sous la présidence de François Hollande, des documents avaient été publiés par Libération et Mediapart, en partenariat avec Wikileaks, établissant que les renseignements américains avaient écouté les trois prédécesseurs de l'actuel occupant de l'Élysée, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, entre 2006 et 2012. Nicolas Sarkozy avait été élu en 2017 et François Hollande en 2012. La pratique aurait au moins perduré jusqu'à mai 2012, soit peu de temps après l'arrivée du socialiste au Château.

Ces documents classés "top secret", étaient composés de cinq rapports de la NSA regroupés sous l'appellation "Espionnage Élysée", se fondant sur "du renseignement d'origine électromagnétique, les interceptions de communications", indiquait Libération. Deux d'entre eux auraient eu vocation à être partagés au sein de l'alliance des services de renseignement entre les États-Unis, l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

"Des faits inacceptables"

Lors des révélations, survenues sous le quinquennat de François Hollande, ce dernier s'était entretenu avec Barack Obama au téléphone, et avait fait savoir avant cet appel que la France ne tolérerait "aucun agissement mettant en cause sa sécurité" et avait dénoncé "des faits inacceptables" de la part des États-Unis, pays allié de l'Hexagone.

"Des engagements avaient été pris par les autorités américaines", avait par ailleurs rappelé l'Élysée, demandant à ce qu'il soit "rappelés et strictement respectés".

Dans un communiqué, la Maison Blanche avait "rappelé que nous avons respecté l'engagement que nous avons fait à nos homologues français à la fin de 2013 que nous ne ciblons pas et ne viserons pas les communications du président français".

À l'époque, écrivait Mediapart, l'Élysée avait argué qu'aucun sujet sensible, notamment sur des questions diplomatiques ou militaires, n'avait été exposé du fait des précautions particulières qui étaient prises à leurs égards.

Cette nouvelle affaire Pegasus met en lumière une constante: les années passent, mais les "grandes oreilles" - d'où qu'elles émanent - continuent à s'épanouir.

Article original publié sur BFMTV.com

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