«Peau d’âne», sans Demy-mesure

Libération.fr

Au Théâtre Marigny, le film de 1970 devient une féerie standardisée sous les yeux d’un public conquis.

Le Peau d’âne monté au Théâtre Marigny est un spectacle politique. Le roi veut se marier avec sa fille ? Balance ton porc incestueux. L’avalanche de roller, patinette, vélo, escabeau ? Une démonstration que la transition verte est possible. La fée des Lilas à l’accent anglais, brouillée avec le roi et qui se mariera avec lui ? Une allégorie positive du Brexit. L’ex-étoile Marie-Agnès Gillot, mal à l’aise avec le texte ? Une erreur de casting qui rappelle les marcheurs devenus décideurs. Claire Chazal, la journaliste-narratrice, débarque en robe rose ? Voilà les fake news.

Et toujours cette fée des Lilas qui s’exclame «Je porte très mal le jaune !» ou encore la robe couleur soleil de Peau d’âne… Evidentes références au mouvement des gilets de la même couleur, au cœur des Champs-Elysées, dont les abords du Théâtre Marigny à peine rouvert témoignent encore de l’âpreté des luttes. Quant au tuto du quatre-quarts d’amour qui s’a… qui s’arrête et repart, il montre évidemment la soumission domestique de la ménagère, qui trouvera les filins de la félicité et se mariera au final avec un gars sympa en collants blancs qui lui promet l’interdit. Naturellement, l’âne financier dépecé dont la peau est portée par la souillon en robe jaune, c’est le banquier-président. Il est balancé aux ordures à la fin.

Il faut jouer avec cette adaptation de Peau d’âne, sinon on en sort désespéré. La patte originale de Jacques Demy est ici transformée en une féerie standardisée sur le modèle Disney, Technicolor rose-violet-turquoise, kitchos comme pas deux, stockée dans un décor en peau de lapin. Il est vrai que le nouveau directeur, Jean-Luc Choplin, ex de la Seine musicale, est un fondu de Broadway qui a bossé chez Disney.

Mais ce qui est présenté en grande pompe sur fond de nostalgie et de célébration coquardienne d’un savoir-faire bien de chez nous (le travail du tandem Demy-Legrand) a la saveur (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Le chaos mis en colloque par Frédéric Ferrer
«5es Hurlants», dans les clous du spectacle
Disparition
Une «Traviata» aux accents graves
Lia Rodrigues, l’informelle