Des paysans syriens craignent que l'EI n'inonde leurs villages

Ayham Al-Mohammad
Au bord du lac Assad, la citadelle de Jabaar, le 26 février 2017 en Syrie

Tuwayhina (Syria) (AFP) - Des paysans syriens près de l'Euphrate sont terrifiés par un scenario catastrophe qui verrait le groupe Etat islamique (EI) noyer leurs villages en faisant exploser le barrage de Tabqa, dans le nord du pays.

Si, pour bloquer l'avancée de ses adversaires, "l'EI mettait à exécution sa menace de faire exploser le barrage, alors toute la partie du fleuve en aval serait sous les eaux", s'alarme Abou Hussein, 67 ans.

Cet agriculteur habite à Tuwayhina, un petit village dont s'est récemment emparée l'alliance kurdo-arabe des Forces démocratiques syriennes (FDS) sur la rive est de l'Euphrate, à une dizaine de km du barrage.

Brossant un tableau apocalyptique, Abou Hussein assure à l'AFP que des "centaines de villages et de champs" pourraient être immergés. "Ces gens-là ne craignent pas Dieu et moi je crains ceux qui ne craignent pas Dieu", ajoute-t-il, parlant des jihadistes.

L'Euphrate qui jaillit en Turquie, traverse le nord de la Syrie en passant par Raqa, la capitale de facto de l'EI, et poursuit son chemin à travers l'ouest de l'Irak.

Les FDS se trouvent désormais à quelque 5 km du barrage de Tabqa et de la ville éponyme, une place forte de l'EI où résident beaucoup de ses commandants et qui constitue un objectif central des forces antijihadistes dans leur offensive pour s'emparer de Raqa.

"Nous entendons dire que Daech (acronyme en arabe de l'EI) a l'intention de faire sauter le barrage de Tabqa", assure Rahil Hassan Mahmoud, 52 ans, du village de Bir Hamad.

Selon lui, si cela devait se produire, "Raqa et Deir Ezzor seraient submergées alors que d'autres localités mourraient de soif et que la récolte et le bétail succomberaient".

L?Euphrate est en effet la principale source d'eau potable dans la région et une nécessité vitale pour l'agriculture et les animaux.

- 'Implications catastrophiques'-

Dans le village mitoyen de Bir Hassan, Hassan, 35 ans, est lui aussi convaincu qu'en dernier ressort l'EI noiera les villages.

"Il pourrait ouvrir en grand les vannes du barrage pour couvrir son retrait s'il ne peut plus résister dans ce secteur", dit-il.

Mais ce ne sont pas seulement les menaces de l'EI qui inquiètent, l'ONU a mis en garde contre les "implications humanitaires catastrophiques" que pourraient causer tout nouvel accroissement du niveau de l'eau ou tout dommage causé au barrage de Tabqa sur les régions en aval.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha), le niveau du fleuve est monté de 10 m depuis fin janvier, notamment à cause de "fortes pluies".

"Des inondations à grande échelle sur Raqa et dans (la province de) Deir Ezzor" pourraient se produire si le barrage était endommagé par des raids aériens, a prévenu cette agence onusienne.

L'avancée au sol des FDS est appuyée par des raids aériens de la coalition internationale sous commandement américain qui bombarde sans arrêt les jihadistes en Irak et en Syrie.

Un employé de l'équipe qui continue à travailler sur le barrage a lui aussi averti que "si la bataille dure beaucoup plus longtemps elle aura de sérieuses répercussions sur le barrage".

Selon cette source qui ne veut pas être identifiée par peur de représailles de l'EI, lorsque les combats se sont déroulés à proximité du barrage, le personnel était en danger.

"Les techniciens seront forcés de fuir pour échapper à la mort et cela représente un grand danger car le barrage ne peut rester sans contrôle", dit-il.

Avant le déclenchement du conflit en 2011, près de 40.000 personnes vivaient à Tabqa, selon le géographe Fabrice Balance. Quelque 20.000 autres habitaient la ville de Thawrah à côté du barrage, mais ces fonctionnaires pour la plupart, appartenant à la compagnie publique d'irrigation, ont fui massivement au début de la crise.

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