Les pays occidentaux prennent des sanctions contre Pékin sur les Ouïghours

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LES PAYS OCCIDENTAUX PRENNENT DES SANCTIONS CONTRE PÉKIN SUR LES OUÏGHOURS

BRUXELLES/WASHINGTON (Reuters) - Les Etats-Unis, l'Union européenne, le Canada et la Grande-Bretagne ont imposé lundi des sanctions contre des responsables chinois pour atteintes aux droits de l'homme dans le Xinjiang.

Il s'agit de la première initiative coordonnée des pays occidentaux contre Pékin depuis l'arrivée du président américain Joe Biden à la Maison blanche.

Les pays occidentaux entendent ainsi tenir Pékin pour responsable des détentions massives visant la minorité musulmane des Ouïghours dans le nord-ouest de la Chine.

Les autorités chinoises ont immédiatement réagi en prenant des sanctions en représailles contre l'UE, visant des parlementaires, des diplomates et des cercles de réflexion.

"Malgré une condamnation internationale qui croît, (la Chine) continue de commettre un génocide et des crimes contre l'humanité dans le Xinjiang", a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans une déclaration en amont de réunions avec les ministres de l'Union européenne et de l'OTAN à Bruxelles cette semaine.

Pour l'UE, il s'agit des premières sanctions européennes contre la Chine depuis un embargo sur les armes décrété en 1989 après la répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen.

PREMIÈRES SANCTIONS EUROPÉENNES EN 30 ANS

Ces sanctions - interdictions de visas et gels d'avoirs - publiées dans le Journal officiel de l'UE, sont motivées par le traitement des membres de la minorité musulmane ouïghoure dans le Xinjiang, territoire autonome du nord-ouest de la Chine.

Elles visent notamment le directeur du Bureau de la sécurité publique du Xinjiang, Chen Mingguo, accusé de "graves atteintes aux droits de l'homme", de "détentions arbitraires et traitements dégradants infligés aux Ouïghours et aux membres d'autres minorités ethniques musulmanes, ainsi que d'atteintes systématiques à leur liberté religieuse".

Sont également concernés l'ancien responsable de cette province, Zhu Hailun ; deux hauts responsables chinois, Wang Mingshan et Wang Junzheng ; ainsi que le Bureau de la sécurité publique du Corps de production et de construction du Xinjiang.

La Grande-Bretagne a elle aussi imposé des sanctions contre quatre responsables chinois et contre une entreprise du secteur de la construction.

Londres a constamment dénoncé la torture, le travail forcé et la stérilisation que les autorités britanniques estiment avoir lieu contre les Ouïghours à une "échelle industrielle".

Les Etats-Unis ont de leur côté annoncé des sanctions contre deux autres responsables chinois en lien avec la région du Xinjiang où Washington estime que la minorité musulmane a été victime de génocide.

Sur son site internet, l'office de contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor indique que ces deux responsables sont Wang Junzheng et Chen Mingguo.

PARIS CONVOQUE L'AMBASSADEUR DE CHINE

Dans un communiqué, le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé l'UE à "corriger son erreur" et à ne pas interférer dans les affaires internes chinoises.

Pékin a également annoncé avoir décidé des sanctions en représailles contre quatre entités et dix responsables européens, interdits de séjour en Chine continentale, à Hong Kong et à Macao et de faire des affaires en Chine.

L'eurodéputé français Raphaël Glucksmann figure parmi les dix personnes accusées de "graves atteintes à la souveraineté et aux intérêts chinois, et de répandre des mensonges et des fausses informations malveillantes".

Les entités sanctionnées par Pékin sont le comité politique et de sécurité, une structure permanente du Conseil de l'UE ; la sous-commission "droits de l'homme" du Parlement européen ; l'Institut Mercator pour les études chinoises, basé à Berlin, et la fondation Alliance des démocraties, une ONG danoise.

La Chine dément toute atteinte aux droits de l'homme au Xinjiang et affirme que les camps permettent de fournir une formation professionnelle aux populations locales et de lutter contre l'extrémisme.

A Paris, le Quai d'Orsay a déclaré lundi convoquer l'ambassadeur de Chine en France. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué que cette convocation faisait suite aux sanctions prises par Pékin et qu'elle faisait aussi suite à des menaces et insultes répétées de l'ambassade de Chine à l'encontre de parlementaires et d'un chercheur français.

(Robin Emmott à Bruxelles et Yew Lun Tian à Pékin, avec Doina Chiacu à Washington, version française Myriam Rivet et Matthieu Protard, édité par Bertrand Boucey)