Pays-Bas: polémique sur la levée des gestes barrières à l’université

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Aux Pays-Bas, la rentrée universitaire ce lundi 30 août se fait sans distance sociale ni obligation de porter le masque pendant les cours, avec une limite de 75 personnes par classe et des tests deux fois par semaine pour les non-vaccinés. Des enseignants protestent.

Matt Cornell, un professeur de littérature comparée à l’Université d’Amsterdam, a démissionné en raison du relâchement des règles sanitaires, annoncé mi-août par le Premier ministre Mark Rutte. Une décision que l’enseignant juge « irresponsable ». Seuls les étudiants vaccinés devraient pouvoir accéder aux cours en présentiel, estime ce professeur qui n’est pas le seul à se plaindre.

Si tout va bien, la distance sociale va tomber partout le 20 septembre aux Pays-Bas, où 62% de la population est vaccinée contre le Covid-19 (contre 69% en Belgique et 64% en France). De même, le masque doit tomber dans les transports publics en vue d’un retour à la normale annoncé mi-août par le Premier ministre Mark Rutte. Au 20 septembre, un test d’entrée (et non un passe sanitaire) sera obligatoire dans les restaurants, festivals et événements sportifs s'ils accueillent plus de 75 personnes. Les cafés et restaurants pourront ouvrir plus longtemps, alors qu’ils doivent fermer de minuit à 6h du matin aujourd’hui, tandis que les boîtes de nuit anticipent sur une réouverture au 1er novembre.

Toutes les restrictions Covid devraient disparaître au 1er novembre, et il n’est pas question pour le gouvernement d'imposer des vaccins à qui que ce soit. Le ministre de la Santé lui-même n’est pas vacciné. Aux Pays-Bas, attachés au principe de liberté individuelle, de violentes émeutes avaient éclaté en avril 2020 lors des premières mesures de confinement. En février dernier, alors que toute l’Europe circulait dans les rues avec un masque, les habitants d’Amsterdam – ville à l’esprit rebelle – ne le portaient qu’en entrant dans des magasins.

Une gestion de la crise jugée « scandaleuse »

« Le service municipal de santé et les experts qui conseillent le gouvernement ont recommandé de ne pas rouvrir l’enseignement supérieur pour le moment, estime le professeur Matt Cornell dans une tribune publiée par Folia. En l’ignorant, l’Université suit le Premier ministre Rutte, et non les conseils d’experts néerlandais dans le domaine de la santé publique. Cela rend l’UVA complice de la manière scandaleuse dont ce gouvernement a géré cette crise ».

En préconisant l’immunité collective en mars 2020, au début de la pandémie, le gouvernement est accusé d’avoir permis la contamination de milliers de personnes, se soldant par près de 18 000 décès pour une population de 17,3 millions d’habitants.

Des enseignants du secondaire, où la rentrée a commencé le 23 août dans plusieurs régions, s’inquiètent également des systèmes de ventilation dans les lycées, où la fin des restrictions prévaut aussi. La seule obligation consiste à porter le masque dans les parties communes des établissements – mais pas en classe. Comme dans le supérieur, les élèves et les professeurs non-vaccinés sont invités – mais pas contraints – à se faire tester deux fois par semaine. Or, selon les autorités, les systèmes de ventilation ne sont pas aux normes dans 9 300 écoles à travers le pays. Les syndicats indiquent que le tiers des enseignants jugent la ventilation défaillante dans leurs établissements.

Le « bien-être » des élèves dans la balance

L’Université d’Amsterdam a réagi à la démission de Matt Cornell en expliquant qu’il était « très important après un an et demi d’apprentissage en ligne que les étudiants puissent retrouver le campus. Beaucoup ont rencontré des problèmes mentaux et un sentiment de solitude et d’isolement. Être présent à l’université est vital pour la qualité de l’enseignement et le bien-être des étudiants ».

Le même discours est tenu par le Premier ministre, qui a rappelé que « un million de jeunes gens ont reçu des cours à distance pendant plus d’un an, avec des conséquences sérieuses, dues au manque de supervision et de contact social ».

Crise de confiance dans la gestion du gouvernement

Nouvelle erreur du gouvernement dans la gestion de la crise ? Les Pays-Bas ont été pris de court après la fin de restrictions le 16 juin, marquée par une résurgence rapide des cas de contamination. Le ministre de la Santé Hugo de Jonge avait déclaré en juin qu’après une seule injection du vaccin Janssen, il était possible d’aller danser sans crainte d’être contaminé – ce qui s’est révélé faux après coup. Les festivals de l’été ont été interdits, ce qui a suscité des manifestations monstre à Amsterdam. En revanche, le grand prix de Formule 1 de Zandvoort, autorisé, va accueillir plus de 105 000 visiteurs par jour le premier week-end de septembre.

Du coup, seulement 30% de l’opinion approuve la politique Covid du gouvernement, selon un sondage RIVM. Prudent, le Premier ministre se réserve la possibilité de revenir sur ses promesses de retour à la normale, en fonction de l’état de l’épidémie au 17 septembre. En attendant, les Pays-Bas peuvent se targuer d’un bon classement au palmarès Bloomberg publié le 26 août des pays ayant le plus efficacement géré la crise, sans trop entraver l’économie. Ils se classent en seconde position grâce à leur confinement « cool », après la Norvège et avant la Finlande, l’Irlande et l’Autriche.

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