Pays-Bas: les libéraux du Premier ministre Mark Rutte en tête des législatives

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Le parti libéral du Premier ministre néerlandais sortant Mark Rutte est arrivé en tête des élections législatives dominées par la pandémie de Covid-19 mercredi 17 mars, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes. Cela devrait lui permettre de diriger sa quatrième coalition gouvernementale depuis 2010 et ce, malgré un scandale le poussant à la démission.

Ces sondages créditaient les libéraux du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) de 36 sièges sur les 150 de la Chambre basse du Parlement, contre 33 dans l'assemblée sortante, et attribuaient 27 sièges à D66 (centre gauche) et 17 au Parti pour la liberté PVV du député anti-islam Geert Wilders, avec lequel les principales formations ont d'ores et déjà exclu de former une coalition.

Ils seraient tous les trois suivis par le CDA (chrétiens-démocrates) du ministre des Finances Wopke Hoekstra, avec 14 sièges. Ce parti, faisant déjà partie de la coalition actuelle, serait à nouveau un « partenaire naturel » pour le Premier ministre.

Ces législatives avaient été aménagées à cause du Covid-19, notamment en se déroulant sur trois jours et étaient considérées comme un test de la gestion de l'épidémie par le gouvernement actuel. Les urnes se trouvaient dans des endroits inhabituels tels que le musée Van Gogh à Amsterdam, des hôtels, des gares, des églises et des centres de tests aux quatre coins des Pays-Bas, où l'on pouvait parfois voter à vélo ou en voiture.

La campagne du VVD dominée par la crise sanitaire

En pleine pandémie, la campagne a totalement été dominée par la crise sanitaire, sur laquelle Mark Rutte a surfé pendant toute la campagne. C’est ce que souligne le chercheur Rem Korteweg, de l'Institut Cligendael , à La Haye: « Si vous regardez la campagne du VVD, elle n’a tourné qu’autour de Mark Rutte, du fait qu’il était Premier ministre et qu’en ces temps de crise sanitaire liée à la pandémie, on avait besoin d’un protecteur, d’un bon père de famille. C’est un excellent communicant et il a réussi à donner l’impression qu’en pleine tempête, il était l’homme de la situation, et je crois que ça a parlé à beaucoup de gens, qui voient en lui un dirigeant fiable et solide. »

Pour le chercheur de l'Institut Cligendael,cela n’a d’ailleurs rien à voir avec le programme de son parti, puisqu’il n’a pas fait campagne dessus.

« C’est tout à fait révélateur de la stratégie du VVD, sur le thème “ce n’est pas le moment de faire de la politique, c’est le moment de se retrouver en tant que nation”, ce qui est évidemment en soi un message politique. » Pour Rem Korteweg, Mark Rutte a adopté une posture quasiment présidentielle, de l’homme politique qui saura prendre soin des autres.

Mark Rutte « intouchable »

« La campagne est différente de ce qu'elle était par rapport aux autres élections et elle est vraiment axée sur ce qui se passe actuellement », a déclaré à l'AFP Twan Compen, électeur de 37 ans. Selon un autre électeur, le Premier ministre, au pouvoir depuis 2010, reste « un peu intouchable », notait Erik Spruijt, 35 ans.

« Je suis fier de ce que nous avons accompli au cours des dix dernières années aux Pays-Bas, l'une des économies les plus performantes d'Europe », avait déclaré Mark Rutte devant les journalistes avant de voter dans une école de La Haye, se disant lui-même « prudemment » optimiste. « La principale question lors de ces élections est de savoir qui peut le mieux mener ce pays à travers la crise du coronavirus », a-t-il ajouté.

Un nombre record de 37 partis se disputaient 150 sièges à la Chambre basse du Parlement, dans un paysage politique fragmenté qui oblige à des coalitions complexes. Mark Rutte a exclu toute coalition avec Geert Wilders « à cause de ce qu'il a dit sur l'islam et le Coran ». Le député anti-islam a toutefois insisté pour que son parti soit invité à la table des négociations lors de la formation d'une coalition gouvernementale à l'issue du scrutin.

Surnommé le Premier ministre « Téflon » pour sa capacité à sortir indemne des crises politiques, Mark Rutte a pourtant été contraint de démissionner en janvier après que des milliers de parents ont été accusés à tort de fraude aux allocations familiales. Son gouvernement est toutefois resté en place pour s'occuper des affaires courantes.

La percée surprise du D66

Mark Rutte peut se faire du souci pour l’avenir. Si on l’écoute, Mark Rutte est encore là pour dix ans. C’est ce qu’il a dit mercredi soir, mais il y a plusieurs bémols. En plus d’avoir surfé sur une campagne très étrange, entièrement tournée vers le Covid-19, sans réunions publiques, sans tracts sur les marchés, sans porte-à-porte, il y a un motif d’inquiétude pour lui avec la percée inédite du parti D66.

Alors que le VVD obtient plus d'une trentaine de siège à la Chambre basse du Parlement et confirme sa place de premier mouvement politique du pays, la surprise reste la percée du D66, une formation de centre-gauche, pro-européenne. Avec ses 27 élus, ce mouvement se met dans la roue des conservateurs et va peser de tout son poids dans la formation de la nouvelle coalition de gouvernement.

« Cette formation n’a jamais réalisé un score aussi élevé, ce qui signifie que les équilibres politiques ont changé et que ce parti, D66, va avoir un poids beaucoup plus important dans les pourparlers visant à former une coalition », explique Rem Korteweg.

Ce petit parti a réussi à se distinguer, grâce à la bonne campagne de sa nouvelle dirigeante, Sigrid Kaag. Elle a passé plus de vingt ans à l’ONU, avant de se lancer en politique et elle a fait une très bonne fin de campagne en siphonnant les voix de la gauche.

« Ils ont bénéficié des voix de gauche, parce que la gauche a souffert dans son ensemble. Que ce soit les Verts, les sociaux-démocrates ou les socialistes, ils sont tous en recul, car de très nombreux électeurs semblent s’être reportés sur D66, qui est avant tout un parti pro-européen. Beaucoup plus pro-européen d’ailleurs que Mark Rutte ou que les chrétiens-démocrates. », explique ce chercheur de l’Institut Clingendael.

Selon Rem Korteweg, tout cela va se traduire par un changement de ton du gouvernement néerlandais vis-à-vis de l’Europe, qui va adoucir ses positions sur bon nombre de problématiques européennes.

(Avec AFP)

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