Pays-Bas: Un enseignant contraint de se cacher après un débat sur Samuel Paty

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PAYS-BAS: UN ENSEIGNANT CONTRAINT DE SE CACHER APRÈS UN DÉBAT SUR SAMUEL PATY
PAYS-BAS: UN ENSEIGNANT CONTRAINT DE SE CACHER APRÈS UN DÉBAT SUR SAMUEL PATY

AMSTERDAM (Reuters) - La police des Pays-Bas a annoncé vendredi l'arrestation d'une jeune femme de 18 ans soupçonnée de menaces sur les réseaux sociaux alors qu'un enseignant de l'Emmauscollege de Rotterdam est contraint de se cacher depuis cette semaine à la suite d'une discussion en classe sur l'assassinat de Samuel Paty en France.

On ignore si cette jeune femme, dont l'identité n'a pas été révélée, est scolarisée dans cet établissement accueillant des élèves de 12 à 18 ans.

Comme en France, les établissements scolaires aux Pays-Bas et en Allemagne ont été invités à faire observer une minute de silence lundi en hommage à Samuel Paty, décapité par un réfugié d'origine tchétchène le 16 octobre à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) quelques jours après avoir montré en classe des caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo dans le cadre d'un cours sur la liberté d'expression.

Avant son assassinat, Samuel Paty avait été la cible d'une campagne hostile sur les réseaux sociaux.

Lors d'une discussion en classe à l'Emmauscollege de Rotterdam, des élèves ont remarqué un dessin satirique accroché à un panneau depuis des années et certains se sont dits offensés.

Ce dessin, qui a remporté un prix aux Pays-Bas en 2015, montre une tête décapitée avec la mention "Charlie Hebdo" tirant la langue à un homme barbu armé d'une épée ensanglantée.

Une photo de cette image a commencé à circuler sur les réseaux sociaux et, dès le lendemain, l'enseignant néerlandais a dû se cacher en raison de ce que la police a qualifié de menaces sérieuses.

Ces menaces sont "intolérables", a déclaré vendredi le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, alors que la classe politique néerlandaise s'est emparée de l'affaire.

"Nous devons pouvoir discuter de sujets tels que la liberté d'expression dans nos classes sans aucune pression extérieure", a dit le chef du gouvernement à la presse.

"Cela peut heurter lorsqu'une personne a une opinion qui va à l'encontre de votre vision du monde ou de vos convictions religieuses mais elle a le droit de la dire en toute liberté", a-t-il ajouté.

Jeudi, une autre école à Den Bosch (Bois-le-Duc) a annoncé que l'un de ses enseignants restait chez lui à la suite d'un incident similaire.

En France, il y a eu environ "400 violations de la minute de silence (pour Samuel Paty) dans des formes parfois légères parfois lourdes", a déclaré vendredi Jean-Michel Blanquer sur RTL, affirmant que chacun de ces comportements ferait l'objet de poursuites disciplinaires et parfois pénales pour une dizaine de cas.

En Allemagne, le journal Tagesspiegel a rapporté que certains élèves musulmans à Berlin avaient refusé de participer à cette minute de silence.

(Toby Sterling; version française Bertrand Boucey, édité par Jean-Michel Bélot)