Pays-Bas: face-à-face virulent entre Rutte et Wilders sur l'avenir du pays

Maude BRULARD, Sophie MIGNON
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Le Premier ministre néerlandais et candidat aux législatives Mark Rutte (G) parle avec son rival d'aujourd'hui l'anti-islam Geert Wilders, le 7 septembre 2010 à La Haye au Parlement

Rotterdam (Pays-Bas) (AFP) - Le face-à-face télévisé entre le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et son rival anti-système Geert Wilders s'est conclu lundi par un affrontement virulent sur l'avenir du pays, au terme d'une campagne phagocytée par la crise diplomatique avec Ankara.

Ce duel a eu lieu après qu'une crise diplomatique a éclaté ce week-end entre La Haye et Ankara, liée à l'interdiction faite à des ministres turcs de participer à des meetings favorables au président Recep Tayyip Erdogan.

"Je veux que les Pays-Bas soient le premier pays à mettre un terme au mauvais populisme", a déclaré Mark Rutte, évoquant le Brexit et l'élection présidentielle aux Etats-Unis.

Alors que ce débat déterminant devrait influencer les 60% d'électeurs encore indécis, le scrutin aux Pays-Bas est considéré comme un baromètre de la montée de l'extrême droite en Europe en cette année d'élections à travers le continent.

"On peut dire que ces élections sont les quarts de finale pour essayer d'empêcher le mauvais populisme de gagner", avait-il affirmé dans l'après-midi lors d'une conférence de presse. "Les demi-finales sont en France en avril et mai et ensuite, la finale en Allemagne en septembre."

Mais "je ne joue pas des quarts de finale", a rétorqué Geert Wilders au terme du débat, "je joue une finale, une finale contre les menteurs, contre les législateurs".

L'élu anti-islam a promis, s'il devenait Premier ministre, de fermer les frontières aux immigrants musulmans, d'interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées, dans un pays où environ 5% de la population est musulmane.

"Si vous voulez que l'argent aille aux demandeurs d'asile, à Bruxelles et en Afrique, plutôt qu'à vous-mêmes, votez pour le VVD" de Mark Rutte, a-t-il lancé.

"Mais si vous voulez que les Pays-Bas soient à nouveau à nous, alors chassez cet homme et placez-moi dans la Petite tour", le bureau du Premier ministre, a-t-il poursuivi, en désignant son rival.

Les deux hommes se connaissent bien car ils ont déjà collaboré ensemble: ancien membre du Parti populaire libéral et démocrate (VVD), Geert Wilders et son Parti pour la Liberté (PVV) avaient claqué la porte du premier gouvernement Rutte en 2012.

Le Premier ministre a dénoncé lundi la "crise politique" dans laquelle son adversaire à la chevelure peroxydée avait plongé le pays, lui reprochant également de s'être "radicalisé" et ses "déclarations extrêmes" sur les citoyens néerlando-marocains.

"Je ne collaborerai pas avec un tel parti, monsieur Wilders, pas dans un gouvernement. jamais", a-t-il souligné pour la première fois en sa présence.

- "Tweeter depuis son canapé" -

Le Premier ministre a exclu de présenter des excuses pour avoir expulsé samedi une ministre turque, mais plaide pour "une désescalade" de la crise avec Ankara.

Geert Wilders, de son côté, a enjoint au gouvernement néerlandais sur Twitter de faire monter la pression: "Expulser l'ambassadeur turc des Pays-Bas et l'équipe toute entière."

"Il y a une différence entre tweeter depuis son canapé et diriger le pays", a lancé Mark Rutte. "Si on dirige le pays, on prend des mesures sensées."

Le député d'extrême droite a affirmé avoir autrefois averti le VVD contre la Turquie, l'islamisation, le président turc Recep Tayyip Erdogan: "Ils m'ont expulsé du parti, (...) ils ne m'ont pas écouté."

Candidat à un troisième mandat, Mark Rutte dit "se battre très fort" pour repousser Geert Wilders.

En tête de la dernière étude publiée dimanche par le site de référence Peilingwijzer, son parti est crédité de 23 à 27 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du parlement, loin des quarante dont il dispose actuellement.

Surfant sur la vague anti-immigration en Europe, le PVV a cependant reculé ces dernières semaines, avec 19 à 23 sièges crédités.

"Il est clair que nous devons fermer les frontières néerlandaises, ici, chez nous", a encore plaidé M. Wilders lundi. Ce à quoi le Premier ministre a répondu par un haussement de sourcil: "Heh?"

Si la victoire du député controversé est peu probable aux yeux des analystes, son idéologie s'adresse à une partie importante de la population néerlandaise et "est ici pour rester", selon Monika Sie Dhian Ho, directrice de l'Institut Clingendael à La Haye.

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