“Paye ta dette !” : au Kenya, les applis d’emprunt font des ravages

Riccardo Milani / Hans Lucas

Au moment de souscrire son prêt, Festus Kiprotich a survolé les conditions générales de vente. N’arrivant plus à joindre les deux bouts, le jeune homme de 24 ans s’est tourné vers plusieurs applications de crédit en ligne pour emprunter un total d’environ 20 000 shillings [160 euros]. Le calendrier de remboursement était serré, et le taux d’intérêt avoisinait les 40 %, mais, désespéré, il a cliqué sur “accepter”.

Haro sur les mauvais payeurs

Lorsqu’il s’est retrouvé dans l’incapacité d’effectuer ses remboursements deux semaines plus tard, il a regretté de ne pas avoir lu le contrat plus attentivement. Les représentants de trois des quatres applications qu’il avait utilisées pour emprunter ont commencé à le harceler d’appels et de messages, faisant pression sur lui pour qu’il honore ses dettes.

“Ils avaient des exigences irréalistes”, se souvient-il. Souvent, ses créanciers ne lui laissaient qu’une heure pour s’exécuter. Passé ce délai, ils menaçaient de révéler à tous ses contacts qu’il était un mauvais payeur – en installant l’application, Festus leur avait donné accès aux données de son répertoire.

Le jeune homme a vécu ce chantage à la dette comme “un véritable traumatisme”.

Comme Festus Kiprotich, ils sont de plus en plus nombreux à subir le harcèlement et la stigmatisation de ces prêteurs en ligne non agréés. Certains Kényans ont été profondément affectés par cette expérience, souligne Philip Ogola, qui sensibilise aux enjeux de santé mentale sur les réseaux sociaux et dit avoir été contacté directement par plusieurs victimes. Il existe même un groupe de soutien psychologique sur Facebook, intitulé Loan App Victims Kenya, qui rassemble aujourd’hui plus de 3 000 membres.

Au Kenya, la plupart des usuriers en ligne échappent encore à tout contrôle. L’an dernier, en octobre, le gouvernement a promulgué de nouvelles lois pour réglementer le secteur, mais au mois de septembre, seuls 10 prêteurs sur 288 avaient obtenu une autorisation officielle d’exercer de la part de la banque centrale.

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