Pauses pipi : quand il faut envoyer un mail pour aller aux toilettes

Obligation d'envoyer un mail pour aller se soulager, décompter le temps passé aux toilettes de son salaire, ou faire porter des couches à ses employés pour améliorer leur productivité… La pause pipi en prend un coup, en France et dans d'autres pays. Mais que dit la loi à ce sujet ?

Demander l'autorisation à votre chef d'aller aux toilettes ne vous a sans doute jamais traversé l'esprit. Ces salariés d'un centre d'appels de Blagnac (Haute-Garonne) aimeraient en dire autant. Relayée par La Dépêche, cette histoire surprenante concerne les employés de la société Teleperformance, leader mondial des centres d'appels, depuis qu'ils ont changé de logiciel.

7% des effectifs âgés ou souffrant d'un handicap

Ce nouvel outil, qui permet de basculer le trop-plein d'appels sur des centres moins surchargés, a une conséquence plus fâcheuse sur les salariés, comme l'explique un porte-parole du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de Teleperformance : “Désormais, avec le nouveau logiciel il faut envoyerun email à son supérieur qui nous autorise à aller aux toilettes. Mais si le responsable d'équipe ne répond pas rapidement, occupé à autre chose, combien de temps le salarié devra-t-il attendre?”

“Lorsqu'il est jeune, ça va, mais quand c'est quelqu'un d'âgé ou souffrant d'un handicap, soit plus de 7 % des effectifs à Blagnac. Ce n'est pas une contrainte acceptable”, déplore-t-il.

Les syndicats s'apprêtent à lancer une action pour faire entendre leur refus de ces pratiques managériales qui risquent de “porter une atteinte considérable à la dignité de la personne humaine, la liberté individuelle et la liberté de déplacement des salariés de Teleperformance”, constate le CHSCT.

Porter des couches

Une exception, me direz-vous ? Pas forcément. Au Honduras, en 2013, un employeur avait été accusé d'interdire à ses salariés l'accès aux toilettes, comme le raconte Le Point. Selon ses salariés, il les obligeait à porter des couches durant leur service pour ne pas nuire à leur productivité.

Un autre exemple plus récent rapporté par Slate cette fois : aux Etats-Unis, la société American Future Systems, spécialisée dans la publication de newsletters sur le monde de l'entreprise, ne payait pas la pause pipi de ses employés, n'en payait aucune en fait.

Condamnée pour avoir décompté la pause pipi

Un salarié qui prenait une pause - y compris pour aller aux toilettes - devait la déduire de son temps de travail rémunéré. D'après le ministère du Travail, les salariés étaient payés du coup en dessous du salaire minimum légal.

Une pratique qui n'est plus : début janvier 2016 l'entreprise a été condamnée à payer 1,75 million de dollars (1.56 million d'euros) à 6.000 de ses employés, dont la plupart travaillait dans le télémarketing.

Que dit la loi ?

Aux Etats-Unis, la loi n'oblige pas les entreprises à offrir des pauses courtes à leurs salariés, mais si une société leur permet de faire une pause, comme c'était le cas chez American Future Systems, alors celle-ci doit être rémunérée. 

En France, si les pauses café et cigarette sont tolérées, celle pour aller aux toilettes est la seule qui ne puisse être encadrée.Comme l'explique dans une interview au blog Mode(s) d'emploi Eric Rocheblave, avocat en droit du travail, “on considère dans ce cas que c'est un besoin naturel qui n'a pas à être chronométré. Mais si une secrétaire devait s'absenter toutes les 15 minutes aux toilettes sans raison médicale particulière, cela pourrait être considéré comme étant abusif”, précise l'avocat. 

Pas de panique pour le moment, aucun panneau “uriner avec modération” n'a été signalé dans des bureaux.