"Paul Morand le sprinteur égaré", la chronique de Bernard Pivot

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Une vie littéraire pouvait-elle mieux ­commencer? Fils unique d'Eugène Morand, peintre et surtout auteur dramatique à succès, joué à la Comédie-Française, Paul Morand est élevé dans le culte de l'art. Il fréquente les amis de son père, poètes, musiciens, comédiens. Pourtant il déteste l'école comme, plus tard, le service militaire lui fera détester l'armée. ­Recalé à l'oral de philosophie du baccalauréat, il reçoit les leçons d'un répétiteur, son aîné de six ans seulement : Jean Giraudoux. Ils resteront amis toute leur vie. Ayant choisi la diplomatie où il peut affirmer ses talents à conduire une conversation et en rédiger le compte rendu, il tombe amoureux d'Oxford et de Londres.

Puis, à Paris, il devient l'ami de Marcel Proust. Celui-ci, ayant appris que le jeune homme le plaçait plus haut que Flaubert, se présente chez lui, rue Galilée, un soir, tard, alors que Morand est déjà en pyjama. "Je suis Marcel Proust", dit-il derrière la porte. Pendant longtemps ils ­dîneront une fois par semaine, le plus souvent au Ritz. Morand ­deviendra aussi l'ami de Jean Cocteau, et c'est avec des nouvelles (Tendres Stocks) qu'il entre en fanfare dans la carrière littéraire. Oh, oui, quels débuts!

Il est devenu un nationaliste enragé qui clame que le pays a besoin d'une purge

Pauline Dreyfus, sa biographe, suit minutieusement l'évolution psychologique de Paul Morand dans les années 1920 et 1930. Ce qui reste constant chez lui, c'est son goût des femmes. Toute sa vie, il en sera couvert, aff...


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