Paul El Kharrat, autiste Asperger : "Je suis plus intelligent que les autres. Je les écrase sous ma culture"

Une personne sur quatre est atteinte d’un trouble psychique à un moment de sa vie. Et la pandémie de Covid-19 a encore renforcé ces troubles. Pour briser le tabou, personnalités et anonymes se confient au micro de Yahoo dans "Tourments", le nouveau format de Yahoo.

Plus jeune champion de l’émission "Les 12 coups de midi" et chroniqueur aux "Grosses Têtes" sur RTL depuis 2020, Paul El Kharrat est autiste Asperger. Pour Yahoo, dans "Tourments", le jeune homme s’est livré sur son handicap et s’est notamment confié sur ses périodes de grandes dépressions.

Vous le connaissez peut-être si vous êtes adepte des "12 coups de midi". Autiste Asperger, Paul El Kharrat s’est fait connaître auprès du grand public grâce à son passage remarqué en 2019 aux côtés de Jean-Luc Reichmann. Pour Yahoo, le jeune homme de 23 ans a accepté de raconter son histoire, expliquant notamment la manière dont il est parvenu à se faire une place dans une société parfois déconcertante.

"Au collège, je détestais tous les regards braqués sur moi"

Avec les années, Paul El Kharrat a su faire de sa différence une force. Pour autant, tout n’a pas toujours été facile, notamment lors de son entrée au collège. À cette période, face à une réalité parfois compliquée, l’adolescent se réfugie dans la lecture, l’une de ses grandes passions. Il se rend régulièrement au CDI (centre de documentation et d’information) pour éviter de croiser certains individus qu’ils jugent "méchants" ou "désagréables". "Les collégiens sont un peu bêtes", explique le Grenoblois tout en rappelant la nécessité de ne pas s’écraser devant autrui et d’éviter de faire du mimétisme. "La mort sociale vient lorsque l’on s’abaisse devant la moindre contrariété. Il ne faut pas se changer, faire comme tout le monde par peur d’être embêté".

Conscient de sa différence, le jeune homme, dont le diagnostic est tombé à ses 16 ans, l’accepte totalement et fait fi du jugement des autres. En revanche, il ne supporte pas les regards braqués sur lui. "Ça me décontenançait. J’avais l’impression de perdre tout repère, d’oublier ce que je voulais dire. Je n’aimais pas du tout", se rappelle-t-il expliquant avoir tenté d’y faire abstraction.

Retrouvez l'interview Tourments de Paul El Kharrat en intégralité en podcast :

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Et ce, grâce à une "intelligence d’esprit" et à un recul essentiel. Interrogé sur son rapport au bien-être, le jeune homme a fait part de sa réflexion très personnelle. Pour lui, "vivre dans une certaine forme de bonheur, c’est être entre l’ennui et la souffrance", une félicité "très compliquée à atteindre lorsque l’on a conscience du monde qui nous entoure".

"Raisonner de la sorte c’est avoir une certaine forme d'intelligence", explique-t-il tout en reconnaissant avoir l’air prétentieux. "C’est extrêmement outrecuidant de le dire. On peut avoir l’impression que je me la pète mais ce n’est pas du tout le cas. Je suis raisonné, je ne me ne mets pas au-dessus de la mêlée à escient et je n’ai pas pour désir d’écraser les autres". Très instruit, Paul El Kharrat explique user de sa culture pour affronter les obstacles du quotidien, une attitude critiquée par certains sur les réseaux sociaux. Et cela, le jeune homme ne parvient pas à s'y faire ni à le supporter. "Ceux qui t’écrasent sur les réseaux ne sont pas utiles. Il faut les exterminer, c’est la lie de l’humanité".

"J’avais des envies de meurtre"

Face aux invectives de certains, le jeune homme a toujours eu du mal à se contenir mais réussit tout de même à passer outre. "Si une personne osait me contredire ou m’insulter, j’avais envie de le frapper, de le laminer. J’avais des envies de meurtre", reconnaît-il, expliquant toutefois avoir gardé un certain self-control pendant ces moments-là, préférant se retirer du monde réel. "Je me calfeutre dans ma chambre, je me plonge dans la lecture pour le rêve qu’il me procure. Il y a une histoire, une philosophie et une poésie qui émanent des livres que je lis".

Mais comme il l’explique, certaines actions l’ont plongé dans "la souffrance". "J’avais des idées noires, des idées morbides" admet-il tout en partageant sa vision du monde tel qu’il le perçoit aujourd’hui. "L’humain a encore beaucoup à travailler sur lui-même, à évoluer".

"J’ai engrangé 691,522 euros. Cet argent, ça ne me fait pas grand-chose"

Des ressentis qu’il partage en détail dans son troisième ouvrage "Bienvenue dans mon monde", publié aux éditions Harper Collins, un livre dans lequel le public découvre en intimité le candidat de jeu télévision. Car, rappelons-le, le jeune homme doit sa popularité aux "12 coups de midi" et à ses 152 victoires, l’un des plus gros scores de l’histoire du jeu de TF1, une expérience enrichissante dont il se rappellera probablement toute sa vie.

"J’ai eu envie de me dépasser", confie-t-il tout en reconnaissant avoir parfois voulu mettre un terme à sa participation en raison de toute l’agitation liée à l’émission comme le bruit, les lumières, le public et les interactions permanentes. Pour lui, ce rythme effréné a été une véritable épreuve. "Tourner cinq émissions par jour, c’est extrêmement fatiguant. À un moment, j’ai failli arrêter." Mais le jeune homme a bien eu raison de continuer. Grâce à son excellente mémoire et à ses connaissances impressionnantes, il est reparti avec la cagnotte de 691 522 euros, une somme dont il fait profiter ses proches. Désormais aisé financièrement, le jeune homme compte bien profiter de sa notoriété pour lever les tabous, encore trop présents, sur l’autisme.

"Les petites-amies, ça n’a jamais beaucoup fonctionné"

Quant à sa vie amoureuse, il n’a pas encore trouvé chaussure à son pied, mais cela, Paul El Kharrat s’en accommode très bien pour le moment. "Ça ne me manque pas", confie-t-il, expliquant être très "compliqué" et "torturé". Un caractère qui semblerait pourtant séduire de nombreuses femmes. "Par mon attitude, je tendrais plutôt à ce qu’elles s’en aillent mais c’est l’inverse qui se produit".

Mais comme il l’explique, il ne veut pas laisser croire au prince charmant. "Je stipule clairement que ce sera très dur pour elle de supporter un individu qui n'aurait pas forcément de marque d'affection ou d'attention à son égard. Je n’arrive déjà pas à m’occuper de moi-même alors m’occuper de quelqu’un d'autre, c’est compliqué. Il n’est pas judicieux de s’encombrer, entre parenthèses, de quelqu’un, alors que l’on n’est pas en mesure de l’honorer comme il se doit en tant que personne".

Retrouvez l'interview de Paul El Kharrat en intégralité :