Une patrouille attaquée à Orly, l'assaillant abattu: ce que l'on sait

Sophie DEVILLER et Juliette MONTESSE
Des agents de police à Orly après l'attaque d'une patrouille Sentinelle par un homme qui a été ensuite abattu, le 18 mars 2017

Paris (AFP) - "Une fuite en avant" d'une heure et demie: un contrôle routier qui dégénère, un braqueur multirécidiviste qui attaque des militaires au nom d'Allah avant d'être abattu. Ce que l'on sait de l'attaque de samedi à l'aéroport d'Orly-sud.

- Les faits -

Samedi matin à 06H55, Ziyed Ben Belgacem roule à vive allure, tous feux éteints, quand il est arrêté lors d'un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), au nord de Paris. Après avoir présenté ses papiers, ce Français d'origine tunisienne de 39 ans tire sur un policier avec un révolver à grenaille, le blessant légèrement à la tête, avant de prendre la fuite.

Il roule ensuite jusqu'à un bar de Vitry-sur-Seine, plus au sud, où il a ses habitudes, met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place. Puis il repart, abandonne sa voiture, en vole une autre et se rend à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne).

A 08H22, au premier étage du hall A d'Orly-Sud, l'assaillant jette au sol un sac contenant un bidon d'hydrocarbures avant d'agresser une patrouille de trois soldats -deux hommes et une femme- de la force Sentinelle: il attrape la militaire et lui colle son révolver sur la tempe.

"Posez vos armes! Mains sur la tête! Je suis là pour mourir par Allah. De toute façon il va y avoir des morts", crie-t-il aux militaires, a relaté le procureur de Paris, François Molins, lors d'une conférence de presse. Après un corps-à-corps de "plus de deux minutes" avec la jeune femme, il parvient à s'emparer de son fusil d?assaut. Dès qu'il s'écarte de la militaire, les autres soldats tirent, à trois reprises, avant qu'il ne s'écroule.

- L'enquête -

Le parquet antiterroriste a ouvert une enquête, notamment pour tentative d'homicide et d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Sur l'assaillant, les enquêteurs ont retrouvé 750 euros, un exemplaire du coran, un paquet de cigarettes et un briquet. Chez lui, à Garges-lès-Gonesse, ont été découverts quelques grammes de cocaïne et une machette.

Les enquêteurs analysent également son téléphone. Selon une source proche de l'enquête, une perquisition a été menée au domicile de ses parents sans apporter d'éléments intéressants.

Une autopsie a été réalisée dimanche qui permettra notamment de déterminer si l'assaillant était sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants.

Les gardes à vue du père, d'un frère et d'un cousin de l'agresseur, qui s'étaient tous présentés d'eux-mêmes samedi au commissariat, ont été levées dès samedi soir pour le premier, et dimanche soir pour les deux autres.

- L'assaillant-

Ziyed Ben Belgacem, qui résidait à Garges-lès-Gonesse, était bien connu de la justice, avec un casier judiciaire comportant neuf mentions pour des faits de droit commun: il a notamment été condamné à cinq ans de prison en 2001 pour des vols à main armée et à trois et cinq ans de prison en 2009 pour trafic de stupéfiants.

En mars 2016, après avoir commis plusieurs vols par effraction à Paris, il avait été mis en examen et incarcéré pendant six mois avant d'être placé sous contrôle judiciaire. Il faisait depuis l'objet d'une interdiction de quitter le territoire.

L'enquête va s'attacher à rechercher d'éventuelles complicités. L'homme n'était pas fiché "S" (sûreté de l'Etat), mais avait été signalé pour "radicalisation" lors d'un séjour en prison en 2011-2012. Toutefois, après l'instauration de l'état d'urgence en 2015, une perquisition administrative de son domicile "n'avait rien donné" et aucun séjour en zone irako-syrienne n'a pour l'instant pu être établi.

"L'enquête n'a révélé à ce stade aucun élément sur un quelconque contact avec des membres de la mouvance jihadiste et sur un éventuel intérêt pour l'Etat islamique", a relevé dimanche une source proche de l'enquête.

"Mon fils n'a jamais été un terroriste", a affirmé le père de l'assaillant, qui s'était rendu à la police après un appel de son fils disant avoir tiré sur un policier. Il a décrit sur Europe 1 un homme pris dans un engrenage, entre alcool, drogue et mauvaises fréquentations.

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