Covid à l'hôpital: la réalité complexe derrière le chiffre polémique

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Un patient infecté par le COVID-19 est allongé sur un lit médicalisé au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière de l'AP-HP (Assistance Publique - Hopôpitaux de Paris) à Paris le 27 avril 2020. (Photo: JOEL SAGET via Getty Images)
Un patient infecté par le COVID-19 est allongé sur un lit médicalisé au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière de l'AP-HP (Assistance Publique - Hopôpitaux de Paris) à Paris le 27 avril 2020. (Photo: JOEL SAGET via Getty Images)

CORONAVIRUS - Ce sont des chiffres qui posent question. Au cours d’un débat sur la pandémie de Covid-19 sur la chaîne CNews le 11 novembre, la psychologue Marie-Estelle Dupont a partagé un rapport de l’Agence technique d’information sur l’hospitalisation (AITH), depuis largement relayé sur les réseaux sociaux.

La psychologue, très critique à l’égard de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, rapportait que les patients Covid représentaient en 2020 “seulement 2% (des hospitalisations) et 5% en réanimation”. “Donc on a donné l’impression que les services étaient pleins à craquer de patients Covid. En fait, ce n’était pas le cas”, a-t-elle assuré.

Sur Twitter, ces chiffres ont été très commentés. Beaucoup y voyant la “preuve” de la disproportion entre la portée de l’épidémie avancée par les autorités et la réalité. Notamment en ce qui concerne la saturation des hôpitaux liée aux patients souffrant du coronavirus.

Ce que dit le rapport

Le rapport en question, publié le 28 octobre, provient de l’ATIH et présente l’analyse de l’activité hospitalière en 2020. On peut y lire qu’au cours de l’année 2020, “218.000 patients ont été hospitalisés pour prise en charge de la Covid-19. Les patients Covid représentent 2% de l’ensemble des patients hospitalisés au cours de l’année 2020, tous champs hospitaliers confondus.”

Le rapport ajoute qu’au cours de l’année 2020 “les patients Covid représentent 5% de l’ensemble des patients pris en charge en service de soins critiques”. Les services de “soins critiques” regroupent la réanimation, les soins intensifs et la surveillance continue.

Dénués de contextualisation, ces chiffres sous-entendent une remise en question totale des mesures sanitaires mises en place au cours de l’année 2020. Pourtant, ce document de 26 pages lui-même montre que rapporter le nombre d’hospitalisations Covid à l’activité globale des hôpitaux a ses limites. Car bien que ces chiffres soient tout à fait vrais, ils ne doivent pas être analysés de manière brute. Plusieurs facteurs permettent en effet de les expliquer et les mettre en perspective.

Des hospitalisations plus longues

Il convient donc de replacer ces chiffres dans leur contexte pour mieux comprendre l’impact de l’épidémie sur l’activité hospitalière. Le premier élément étant la durée moyenne d’hospitalisation.

“En moyenne, ces patients COVID ont été hospitalisés sur une durée de 18,2 journées au cours de l’année 2020. Ainsi, tous champs hospitaliers, les prises en charge de la COVID-19 ont représenté plus de 4 millions de journées d’hospitalisation”, explique le rapport. Si on compare ces chiffres avec le nombre moyen de journées d’hospitalisation pour la grippe en 2019, celui-ci s’élevait à 7,7 journées par patient.

Ce décalage se poursuit aussi si on se concentre sur la situation des soins critiques. “La durée moyenne d’hospitalisation en unité de soins critiques est de 2 semaines par patient (Covid)... À titre de comparaison, le nombre moyen de journées d’hospitalisation en service de soins critiques pour grippe en 2019 s’élevait à 8,5 journées par patient”.

En clair, en élargissant la perspective non plus au nombre d’admissions, mais au nombre de jours d’hospitalisation des patients Covid, les pourcentages sont presque multipliés par 2. Ainsi, les hospitalisations Covid (tous services confondus) grimpent par exemple à 4%. Concernant les soins critiques, on tombe sur 9%, et 19 % pour la réanimation.

“Lisser” les fortes variations

Autre élément, les pourcentages avancés par le rapport s’étendent sur l’ensemble de l’année 2020. Or celle-ci a été rythmée par deux grandes vagues épidémiques, isolées l’une de l’autre par une forte diminution du taux d’incidence.

En effet, les courbes épidémiques montrent bien que la propagation du virus et le nombre d’hospitalisations ne sont pas linéaires dans le temps. Les pourcentages rendus par l’AITH ne sont qu’une moyenne au cours d’une année où ces derniers ont été plus ou moins élevés selon les périodes. Pendant les pics de la crise sanitaire, par exemple au cours du mois de mars ou d’avril, les services de soins critiques et de réanimation n’étaient pas confrontés au même afflux de malades que durant les périodes creuses (juillet et août).

hospitalisations covid (Photo: ATIH)
hospitalisations covid (Photo: ATIH)

Il convient donc de prendre en compte la fluctuation du nombre d’hospitalisations au cours du temps, et non de faire des 2% une règle générale et immuable. De plus, si l’étude est étalée sur l’année toute entière, elle l’est aussi d’un point de vue géographique.

En effet, c’est toute la France qui est prise en compte, éloignant ainsi les disparités régionales. L’épidémie ne touchait les zones géographiques ni de la même manière ni au même moment. En témoigne la situation du Grand Est ou de l’Île-de-France, bien plus touchées lors de la première vague au printemps 2020 que d’autres régions.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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