Passe-droits et vaccins anti-Covid : des affaires qui passent mal

·6 min de lecture

Alors que la France subit, comme le reste du monde, des pénuries de vaccins pour endiguer la pandémie de Covid-19, des affaires de passe-droits émergent dans la presse, irritant un peu partout l'opinion publique.

Liberté, égalité... pistonné ? Tandis que la France commence à ressentir les premiers ralentissements de livraisons de vaccins anti-Covid-19 avec des reports de rendez-vous dans plusieurs régions, il semblerait que certains se soient rendus coupables de petits arrangements avec les règles de priorité.

Le très médiatique Michel Cymes a lui-même déclaré dans la presse people avoir eu des sollicitations de toutes parts. "Comme je suis un peu dans le milieu de la télé, j'ai été appelé par des gens très très célèbres, qui ne sont pas dans les plus de 75 ans ou les plus de 50 ans soignants, qui m'ont dit : 'Tu pourrais pas essayer de m'[en] avoir'… Bien sûr, je dis non."

Les "VIP non prioritaires" dans le collimateur

Mais tous les médecins ne semblent pas aussi prompts à respecter les règles de déontologie. C'est du moins ce qu'affirme la CGT Hôtel-Dieu de Paris, qui a dénoncé le 26 janvier dans un communiqué des irrégularités avec le personnel administratif de la ville de Paris. L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a dû "refuser des soignants et des personnes âgées vulnérables" au profit de "personnels de la Mairie de Paris et autres VIP non prioritaires", peut-on lire dans le document émanant de la centrale.

"Il ne s'agit pas de désigner des boucs émissaires, estime un médecin urgentiste et responsable de la CGT, contacté par France 24 et qui a souhaité rester anonyme. Mais dans un contexte de pénurie de vaccins, il y a des gens qui se trouvent dans une grande détresse et il n'y a donc pas de raison que ces passe-droits existent." En théorie, à l'Hôtel-Dieu comme sur le reste du territoire, la vaccination est seulement ouverte aux personnes de plus de 75 ans et aux soignants de plus de 50 ans.

Il suffit d'"un appel à un médecin bien placé"

L'AP-HP a bien reconnu l'existence d'un accord avec la mairie, mais ce dernier ne porte que sur la vaccination d'agents municipaux en liaison avec le cadre médical, pour des "professionnels de santé et du médico-social âgés de plus de 50 ans ou atteints de comorbidités". De son côté, la mairie de Paris se défend de telles pratiques dans ses rangs. "On a vérifié chaque nom, chacun des agents qui avait pu bénéficier d'une vaccination à l'Hôtel-Dieu, on confirme qu'il n'y a eu aucun passe-droit", a déclaré à l'AFP Antoine Guillou, adjoint chargé des ressources humaines. "De ce point de vue-là, les propos de la CGT de l'Hôtel-Dieu sont tout à fait diffamatoires."

Pourtant, la CGT est formelle : "Des équipes de soignants ont bien vu se présenter au centre de vaccination du personnel administratif haut placé de la mairie", assure la même source à France 24. Les fonctionnaires de l'Hôtel de ville ne sont les seuls à bénéficier de passe-droits, si l'on n'en croit le syndicat. Des soignants ont rapporté au syndicat avoir également vacciné des commissaires, un directeur de cabinet et des hauts fonctionnaires de différents ministères. "Il faut dire que le centre de vaccination se trouve à côté du parvis de Notre-Dame, à quelques centaines de mètres seulement de la mairie, de la préfecture et de ministères. Ils n'ont qu'un appel à un médecin bien placé à passer, puis quelques pas à faire pour être vacciné," poursuit le médecin urgentiste qui reconnaît que ces passe-droits ne représentent "qu'un petit nombre d'individus". "Mais ils existent bien."

Des pratiques habituelles à l'AP-HP

Des pratiques qui n'ont rien d'exceptionnelles poursuit le praticien. "En temps normal, on assiste déjà à l'AP-HP à ce genre de passe-droits avec les prises de rendez-vous. Pour éviter les délais d'attente avant de consulter d'éminents professeurs, de nombreuses personnes ont pris l'habitude de passer par le privé préférant payer plus cher la consultation que d'attendre plusieurs mois avant d'obtenir audience. Les combines de copains et coquins sont partout", déplore le responsable de la CGT.

Le reste de la France n'est pas épargné. Sous le feu des critiques, certains privilégiés épinglés par la presse régionale, à l'instar d'Alain Rousset, le président de la région Nouvelle Aquitaine, ont avancé avoir voulu "donner l'exemple" en guise de justification. D'autres ont indiqué avoir été vaccinés pour finir les doses qui auraient été jetées.

Scandales en Europe

Des explications que l'on retrouve chez nos voisins européens, car ces petites faveurs ne sont pas l'apanage de la France. La presse espagnole s'est récemment fait écho de scandales de plus grande grande ampleur. "Au moins 700" responsables politiques, militaires et religieux ont été publiquement accusés de favoritisme entraînant des limogeages, des démissions et des explications publiques, selon Europa Press. En Autriche, la justice a été saisie après que des élus locaux se sont fait administrer en douce le précieux sérum dans des maisons de retraite. Même histoire rapportée au pays de Galles, avec des employés du comté de Denbighshire. Idem avec des proches de soignants en Irlande. En Italie, la pratique est telle qu'on a baptisé ces privilégiés "les petits malins du vaccin".

L'affaire a même pris un tour politique en Pologne. Leszek Miller, l'ex-Premier ministre et eurodéputé social-démocrate âgé de 76 ans, s'est lui fait vacciner fin décembre avec les premiers patients, s'attirant les foudres de la presse. Plus tard, les Polonais ont découvert que 450 doses étaient alors destinées à des personnalités de la culture et des élus pour là encore "promouvoir la vaccination", alors que la majorité des Polonais se montrent favorables au vaccin. "Un véritable scandale", a réagi le Premier ministre conservateur, Mateusz Morawiecki, soulignant que des membres de l'opposition s'étaient également fourvoyés.

Suspicion

Outre-Atlantique, de nombreuses plaintes ont été déposées au Brésil contre des personnalités politiques, comme Reginaldo Prado, maire de Candiba. L'édile s'est fait vacciner alors que sa ville n'avait reçu qu'une centaine de doses à peine pour 15 000 habitants.

Dans ce contexte de suspicion générale alimentée par la pénurie, certaines personnalités comme Jean Castex ont préféré d'emblée refuser publiquement le vaccin, pour couper court aux accusations. Dans le sport, le Comité international olympique (CIO) a également dû prendre position pour indiquer que les athlètes n'avaient pas à obtenir de coupe-file. En France, le président du Comité national olympique, Denis Masseglia, a aussi indiqué que les sportifs, comme les autres, devaient attendre leur tour. "Pas question que les athlètes soient prioritaires par rapport à d'autres catégories de population, mais d'ici aux Jeux, on peut penser qu'il y aura possibilité de les faire vacciner sans que ça ne pénalise d'autres personnes", a-t-il toutefois espéré.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles