Passe d'armes sur l'Europe lors du débat à 11 candidats

par Elizabeth Pineau
Une passe d'armes sur l'Union européenne a marqué le débat de mardi entre les onze candidats à l'élection présidentielle française, où les eurosceptiques, majoritaires, ont pris pour cible Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche ! /Photo prise le 4 avril 2017/REUTERS/Lionel Bonaventure

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Une passe d'armes sur l'Union européenne a marqué le débat de mardi entre les onze candidats à l'élection présidentielle française, où les eurosceptiques, majoritaires, ont pris pour cible Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche !

Organisée à trois semaines du premier tour de scrutin sur BFM TV et CNEWS, cette rencontre inédite a commencé par un premier échange sur l'emploi, préoccupation numéro un des Français appelés à voter le 23 avril et le 7 mai.

Aux cinq candidats favoris des sondages, qui avaient déjà débattu sur TF1 et LCI le 20 mars - Benoît Hamon, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen - se sont ajoutés six prétendants oscillant entre 0,5 et 5% des intentions de vote dans les enquêtes - Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle et Philippe Poutou.

Le débat de l'emploi s'est vite transformé en joute pour ou contre l'Europe des traités actuels.

L'occasion, pour Emmanuel Macron, de cibler la présidente du Front national, Marine Le Pen, sa principale opposante en l'état actuel des sondages.

"La nationalisme c'est la guerre. Moi je viens d'une région qui est pleine de ces cimetières", a dit l'ancien ministre à la dirigeante d'extrême droite, reprenant la célèbre phrase prononcée par François Mitterrand au soir de sa vie, en 1995.

"Madame Le Pen, vous ressortez, pardon de vous le dire, les mensonges qu'on entend depuis quarante ans et qu'on entendait dans la bouche de votre père", a-t-il ajouté.

Ce à quoi la fille de Jean-Marie Le Pen a rétorqué : "On ne se présente pas comme la nouveauté quand on ressort des vieilles badernes qui ont au moins 50 ans".

FILLON ET MACRON CONTRE LE PEN

Le candidat de la droite et du centre, François Fillon, s'est associé à Emmanuel Macron pour critiquer le programme européen de Marine Le Pen, qui prévoit la sortie de l'euro.

"A la fin, elle va soumettre aux Français par référendum (...) cette question de la sortie de la monnaie européenne", a-t-il dit. "Or, comme on sait tous qu'il y a l'immense majorité de Français qui ne souhaite pas sortir de la monnaie européenne, ça veut dire qu'en réalité, il n'y a pas de politique économique de Mme Le Pen parce que cette politique économique s'effondrera à la minute où les Français se seront prononcés sur la question du maintien dans la monnaie européenne."

Le débat s'est concentré sur la question des travailleurs détachés qui payent leurs cotisations sociales dans leur pays d'origine et non au niveau du pays d'accueil.

Partisan d'une "Europe qui protège", Emmanuel Macron a dit son souhait de réformer cette directive via "une harmonisation sociale" alors que Marine Le Pen veut la supprimer.

Le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a reproché à la présidente du Front national de n'avoir pas voté contre la directive "travailleurs détachés" au Parlement européen dont elle est membre. Elle s'était abstenue.

"Je suis élu, plus de travailleur détaché", a-t-il promis.

FILLON A LA TRAÎNE DANS LES SONDAGES

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan a rappelé ce qu'il considère comme le non respect du "non" à la Constitution européenne lors du référendum de 2005. François Asselineau se présente quant à lui comme le candidat du "Frexit".

Invités d'emblée à résumer en une minute leurs motivations, François Fillon a mis en avant sa "force", alors qu'il est empêtré depuis 25 janvier dans des affaires judiciaires.

"Il faut de la force pour diriger la France et cette force, je la mets au service des Français", a dit l'ancien Premier ministre, déterminé à "rallumer tous les moteurs de l'économie" par un programme signant notamment la fin de la semaine des 35 heures et une baisse du nombre de fonctionnaires.

Il a été pris pour cible par le candidat du Nouveau parti anticapitaliste, Philippe Poutou.

Cet ouvrier dans une usine automobile a dit vouloir exprimer la "colère de millions de gens qui souffrent de la crise" contre les "richesses indécentes" et "ces politiciens corrompus, il y en a qui se reconnaîtront ici".

A 19 jours du premier tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont en tête, autour de 25% chacun, dans les sondages d'intentions de vote, devant François Fillon, qui oscille entre 17 et 20%.

En progression depuis deux semaines, Jean-Luc Mélenchon est autour de 15%, devant le socialiste Benoît Hamon, crédité de 10% des voix environ.

(Avec Service France, édité par Yves Clarisse)

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