Le pass vaccinal, qui est pour et qui est contre?

·6 min de lecture
L'hémicycle de l'Assemblée nationale photographié durant une intervention de Jean Castex en avril 2021 (illustration) (Photo: Benoit Tessier via Reuters)
L'hémicycle de l'Assemblée nationale photographié durant une intervention de Jean Castex en avril 2021 (illustration) (Photo: Benoit Tessier via Reuters)

POLITIQUE - L’année 2022 commence sur les chapeaux de roues pour les députés, qui examinent au pas de charge, ce lundi 3 janvier, le Projet de loi sur le pass vaccinal. Conçu pour contenir les effets de la vague épidémique provoquée par le variant Omicron, celui-ci prévoit, entre autres, la présentation d’un schéma vaccinal complet pour se rendre dans les lieux recevant du public (comme les bars ou les restaurants), ainsi que dans les transports de longue durée.

Le texte instaure par ailleurs un durcissement des sanctions à l’encontre des fraudeurs et la mise en place de jauges dans les stades et salles recevant du public. Un arsenal de mesures visant à accentuer la pression sur les non-vaccinés qui devront être validées ou amendées, par les députés, puis par les sénateurs, avant d’entrer en vigueur à la mi-janvier, selon le calendrier souhaité par le gouvernement.

Mais qu’en pensent les forces politiques en présence et qu’auraient fait les différents candidats à la présidentielle? Le HuffPost fait le point sur les différentes sensibilités.

La majorité vote pour (avec quelques nuances)

Sans surprise, le bloc majoritaire (constitué par LREM, le MoDem et Agir) votera -et très largement- pour le projet de Loi présenté par le gouvernement. Toutefois, certains députés expriment des nuances. C’est notamment le cas de l’élu LREM de la Vienne Sacha Houlié, qui a déposé un amendement visant à instaurer une part de proportionnalité concernant les jauges dans les stades. Une modification qui a été adoptée en commission des lois, mais à laquelle s’est personnellement opposé Olivier Véran dans la presse et sur laquelle le gouvernement entend revenir.

Plus que des nuances, certains (très minoritaires) expriment carrément des réserves, voire leur opposition. À l’image ce lundi 3 janvier de la députée LREM de Haute-Vienne Marie-Ange Magne. Elle a annoncé sur France Bleu qu’elle voterait contre le texte. “Je m’interroge sur la proportionnalité de ces mesures en regard de l’évolution épidémique, j’ai quelques questionnements”, a-t-elle justifié.

Les Républicains sur une “ligne de responsabilité”

“Nous ne voulons pas donner un blanc-seing au gouvernement”, a déclaré Damien Abad ce lundi 3 janvier, réfutant tout “cadeau” fait à Emmanuel Macron. Pour autant, plaidant pour une “ligne de responsabilité” dans la crise sanitaire, le président du groupe LR a annoncé que lui et les siens voteront majoritairement pour le pass vaccinal, avec l’espoir toutefois d’apporter des amendements au texte, comme l’instauration d’une limite dans le temps ou la proportionnalité des jauges. Une ligne qui correspond à celle qu’a mis en avant le député des Alpes Maritimes Éric Ciotti, qui a annoncé dans la matinée sur BFM TV qu’il voterait pour cette mesure.

Tout comme la candidate LR à la présidentielle, Valérie Pécresse, qui s’est dite personnellement favorable au pass vaccinal. À noter toutefois que tous les députés LR ne partagent pas cette position. Élue de Maine-et-Loire, Anne-Laure Blin a par exemple annoncé qu’elle voterait contre ce projet de loi “qui ouvre la porte à une obligation généralisée de la vaccination contre le Covid-19, mais sans vouloir l’assumer”. Même attitude pour Philippe Gosselin (Manche) qui a signé une tribune en ce sens dans Le Figaro.

Chez les socialistes, pas de consigne de vote, mais...

Ni contre, ni contre. Les députés socialistes alterneront entre abstention et vote favorable, a appris Le HuffPost. “Quoi qu’il en soit, la présidente du groupe, Valérie Rabault, votera pour”, poursuit une source interne, qui précise que les élus PS sont ”à la fois satisfaits de voir que le gouvernement se rapproche de leur proposition concernant la vaccination obligatoire, et à la fois gênés par l’hypocrisie de la méthode et certains aspects du texte, comme les dispositions permettant à des restaurateurs de faire des contrôles d’identité”.

Une position qui n’est pas sans rappeler celle d’Anne Hidalgo sur cette mesure spécifique. Durant le mois de novembre, et bien avant que le variant Omicron ne s’invite dans les discussions, le patron du Parti socialiste et député de Seine-et-Marne, Olivier Faure, plaidait pour l’instauration d’un pass vaccinal. Difficile, donc, de l’imaginer voter autre chose aujourd’hui.

Les Insoumis contre cette “mesure brutalisante”

Du côté du groupe LFI, la position est connue depuis plusieurs semaines: le pass vaccinal, c’est non. “Le pass vaccinal sera, comme l’est le pass sanitaire, une illusion de protection. Malgré le pass sanitaire en vigueur, nous avons un raz-de-marée de contamination. On ne peut pas dire que ça fonctionne !”, déplorait le 30 décembre sur franceinfo le député insoumis Ugo Bernalicis, fustigeant une “mesure brutalisante”. La présidente du groupe, Mathilde Panot, a même annoncé qu’elle portera, dans le cadre de sa niche parlementaire, une proposition de loi pour abroger ce dispositif.

Jean-Luc Mélenchon est allé plus loin dans la contestation, allant jusqu’à partager sur sa page Facebook une vidéo aux relents complotistes au sujet du pass vaccinal. Ce lundi, il a présenté au nom du groupe insoumis une motion de rejet préalable et a livré un long réquisitoire contre la politique sanitaire du gouvernement.

Les communistes “opposés à cette gestion autoritaire”

Plutôt favorables à la vaccination obligatoire, les députés communistes sont en revanche farouchement opposés au texte proposé par le gouvernement. “Nous sommes depuis le début opposés à toute posture autoritaire et solitaire dans cette crise”, a regretté le député PCF Sébastien Jumel. Président du groupe communiste, André Chassaigne a justifié l’opposition de ses troupes sur France Bleu le 28 décembre. “Un nombre important de citoyennes et de citoyens se considèrent comme étant rejetés parce que leur choix sont différents de ceux voulus par la grande majorité de la population. Et je pense qu’aggraver ce sentiment de rejet dans le quotidien, c’est une mauvaise chose et que ça n’améliorera pas la couverture vaccinale de notre pays”, a-t-il estimé, s’opposant également à la possibilité pour un restaurateur ou un vigile de contrôler l’identité d’un détenteur d’un pass vaccinal.

Le RN votera contre (mais ne pèsera pas)

Insuffisamment nombreux pour constituer un groupe parlementaire, les élus du Rassemblement national s’opposerons à ce texte. “Nous avions voté contre le pass sanitaire, nous allons voter contre le pass vaccinal”, a annoncé le député du Nord Sébastien Chenu, par ailleurs porte-parole du parti à la flamme. “Nous allons essayer de nous battre sur la suppression de ce pass vaccinal, sur la possibilité de la gratuité des tests et des autotests et sur la suppression des contrôles d’identité en dehors des personnes assermentées”, a-t-il poursuivi, conscient néanmoins que ce projet de loi sera “de toute évidence voté par la majorité”.

S’ils ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale, des candidats à l’élection présidentielle, comme Yannick Jadot ou alors Éric Zemmour, ont fait connaître leur position sur la question. Se disant ”à l’écoute des scientifiques”, l’écologiste souligne qu’aucune autorité de médecine ne recommande le pass vaccinal, raison pour laquelle il se dit plutôt contre. Quant à son adversaire d’extrême droite, il développe une thèse quasi-complotiste, expliquant que ce projet de loi vise à “instaurer une lutte des classes vaccinale, afin d’empêcher les Français de s’intéresser aux sujets sur lesquels Emmanuel Macron est en difficulté”.

À voir également sur Le HuffPost: Covid: 2 Français positifs chaque seconde, “10% de la population” cas contact, alerte Veran

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles