Pass sanitaire: Que cherchent les politiques qui défilent avec les anti-pass?

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Que cherchent ces politiques qui défilent avec les anti-pass (photo de Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan samedi 17 juillet à Paris) (Photo: BERTRAND GUAY via AFP)
Que cherchent ces politiques qui défilent avec les anti-pass (photo de Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan samedi 17 juillet à Paris) (Photo: BERTRAND GUAY via AFP)

POLITIQUE - Un chanteur, un avocat et deux parlementaires sont en manif... ce pourrait être le début d’une blague, mais il s’agit surtout du casting des chefs de file du mouvement anti-pass sanitaire. Comme il y a une semaine, Francis Lalanne, Fabrice Di Vizio ou les députés Martine Wonner et Nicolas Dupont-Aignan devraient rejoindre, ce samedi 24 juillet, les dizaines de milliers de Français qui manifestent contre la nouvelle politique sanitaire du gouvernement.

À Paris, le rassemblement se fait à l’appel de l’ancien numéro deux du Front national Florian Philippot, en pointe contre ce qu’il appelle la “coronafolie”, lequel va battre le pavé pour le 36e week-end de suite. Façon gilet jaune. Jacline Mouraud, connue du grand public pour avoir été l’une des figures éphémères de ce mouvement protestataire est d’ailleurs également de la partie.

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Pour certains spécialistes, le profil hétérogène des “Français en colère” qui ont défilé samedi dernier vient inscrire leur fronde dans la continuité du mouvement mené, jadis, par Jérôme Rodrigues ou Éric Drouet. À plusieurs différences près, tout de même. Contrairement à 2018, les responsables politiques semblent, pour le moment, avoir leur place dans la mobilisation estivale contre le pass sanitaire.

“On savait que le prochain moment d’exploitation politique serait les vaccins. C’était quasi inévitableTristan Mendès France, maître de conférences associé à l’université de Paris Diderot

Dès lors, si la totalité des membres de l’opposition se dit hostile à la nouvelle stratégie de l’exécutif, une poignée d’entre-eux seulement descend dans la rue, au risque de marcher au côté de pancartes outrancières et nauséabondes, certes marginales mais récurrentes. Et de s’exposer in fine à une forme d’isolement politique. Mais pour quels intérêts?

Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’université de Paris Diderot, n’est pas surpris de retrouver Florian Philippot, ou quelques autres, à la manœuvre. “De façon générale, il y a un capital contestataire en France sur lequel une frange a toujours essayé de surfer”, nous dit-il, listant, les revendications des gilets jaunes, le problème des masques en 2020, les confinement ou la 5G comme autant de sujets récents, avant d’ajouter, un brin fataliste: “on savait que le prochain moment d’exploitation politique serait les vaccins. C’était quasi inévitable.”

Pour le spécialiste des cultures numériques, il faut se tourner vers les réseaux sociaux et leurs “soldats digitaux” pour mieux comprendre l’implication de certaines personnalités dans le mouvement anti-pass, à quelques encablures de l’élection présidentielle. D’un côté, Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot ont déjà annoncé leur intention d’être candidat, de l’autre, Martine Wonner, exflitrée, mardi, de son troisième groupe politique en quatre ans à l’Assemblée nationale, pour de nouveaux propos polémiques, dit vouloir monter son propre mouvement “apolitique et citoyen.”

Car, à l’image de plusieurs mobilisations récentes, les réseaux sociaux prennent une place singulière dans cette grogne, sur les pages Facebook, en particulier, où les discours enflammés viennent souvent s’ajouter au partage de théories fumeuses.

Quel débouché aux “soldats digitaux”?

“On peut être contre le pass sanitaire et se poser des questions légitimes, mais la frange la plus militante, la plus radicale est souvent en ligne. Et cette population contestatrice est un vecteur de viralité assez porteur, c’est un pôle de soldats digitaux avec un potentiel très intéressant si on est candidat”, décrypypte Tristan Mendès France, avant de citer les exemples de Florian Philippot ou Nicolas Dupont Aignan: le second, député de l’Essone et président de Debout la France “a plus d’engagements sur sa page Facebook que la page officielle d’Emmanuel Macron alors qu’il a infiniment moins d’abonnés.” En d’autres termes: ses publications font davantage “le buzz”, suscitent plus de partages etc...

Mais l’implication de ces responsables dans la sphère anti-pass ou anti-vaccin peut-elle se traduire en bulletins de vote? Leur popularité numérique -ou non- acquise au fil de leurs prises de position à l’Assemblée, dans les manifs ou sur les réseaux sociaux, peut-elle avoir des répercussions dans les urnes?

Toutes les opinions politiques étaient représentées samedi dans la foule. Les préoccupations sont solides, profondesNicolas Dupont-Aignan, député de l'Essone

Florian Philippot, lui, ne se fait pas vraiment d’illusions. “Je pense que la présidentielle, c’est important d’y être de toute façon, pour porter notre message. Mais si le pays n’est pas mûr pour un changement réel, ce n’est pas cette mobilisation qui va changer les choses, il faut une prise de conscience profonde”, déclare au HuffPost celui qui “réfléchissait à sa candidature depuis longtemps.”

“C’est n’importe quoi”, tranche de son côté Nicolas Dupont-Aignan, quand on lui parle de récupération politique. Il préfère plutôt mettre en avant le profil très hétéroclite des manifestants, et y voit un débat “moral” plutôt que politique. “C’est une considération morale. Toutes les opinions politiques étaient représentées samedi dans la foule. Et on ne parle pas du prix de l’essence, on parle de l’intégrité physique de leurs gamins, les préoccupations sont solides, profondes”, nous dit-il.

Plutôt qu’un entrain vers les urnes, les spécialistes pointent surtout le risque d’une flambée de violence. Selon plusieurs médias dont Le Parisien, une note rédigée par le renseignement territorial, après la première manifestation samedi 17 juin, alerte sur une possible “radicalisation” du mouvement des anti-pass. D’autant qu’il est bien parti pour s’inscrire dans la durée tant le discours parfois complotiste qui constitue son terreau comme son carburant, semble inépuisable en temps de pandémie.

De premières dissensions entre têtes d’affiche

“On est dans un moment avec un capital d’audience complotiste inédit”, constate Tristan Mendès France, ajoutant: “avant le coronavirus, cette effervescence apparaissait après des drames, comme le 11 septembre, ou les attentats, avec des gens qui cherchaient à la capter, et puis elle se tarissait.” “Là, c’est comme si on avait une sorte de drame continue. Si vous êtes sur un profil de bascule complotiste, vous êtes ramené tous les jours à vos craintes”, poursuit le spécialiste: “c’est comme si on grattait une plaie toujours ouverte.”

Pour Florian Philippot, une chose est certaine: “il y a un désarroi profond dans le pays, on a senti une forte mobilisation le 17, alors qu’on est en plein mois de juillet.” “Et l’intransigeance ou la brutalité du gouvernement au Parlement cette semaine va contribuer à ouvrir les yeux de certains”, veut-il croire, pariant sur le temps long.

Mais malgré ces discours mobilisateurs, les premières dissensions couvent. De fait, si ces responsables politiques se défendent de lorgner sur d’éventuels électeurs, leur omniprésence n’est, déjà, plus du goût de certains, à l’heure où des manifestations parallèles s’organisent pour éviter de marcher derrière la bannière d’un parti. Dans un live Twitch, repéré par nos confrères de Libération, l’ancien journaliste Richard Boutry, une autre figure de la galaxie covido-sceptique expliquait, dimanche 19 juillet, vouloir se “priver de politiques volontairement pour ne pas servir la soupe à ceux qui, tous, nous ont trahis”, citant l’ancien bras droit de Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan.

Invité à s’exprimer, Francis Lalanne a dénoncé de son côté la tentative de “récupération politicienne” des anti-pass par le président des Patriotes. Réponse du principal intéressé: ”c’est risible et indécent, car s’il y en a bien un qui est là depuis le début, c’est moi.” Une forme de constance, certainement, dans son opposition au gouvernement. De cohérence? Pas toujours, quand il manifestait, semaine après semaine, contre le port du masque obligatoire en oubliant qu’il l’avait réclamé plusieurs mois auparavant. Restera à savoir qui du chanteur, de l’avocat ou des parlementaire tombera à l’eau le premier.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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