Remaniement au plus tôt vendredi, plusieurs départs

Annoncé comme imminent, le remaniement provoqué par la démission de Gérard Collomb aura finalement lieu au plus tôt vendredi et se traduira par l'entrée et le départ de plusieurs ministres. /Photo prise le 9 octobre 2018/REUTERS/Ludovic Marin

PARIS (Reuters) - Annoncé comme imminent, le remaniement provoqué par la démission de Gérard Collomb aura finalement lieu au plus tôt vendredi et se traduira par l'entrée et le départ de plusieurs ministres, a fait savoir mercredi la présidence de la République.

Une semaine après le départ du "premier flic de France", l'Elysée a expliqué qu'Emmanuel Macron voulait "prendre tout le temps nécessaire" pour former "une équipe cohérente et de qualité".

Les oppositions de droite et de gauche estiment quant à elles que ce délai inhabituel trahit un manque de direction au sommet de l'Etat et illustre l'étroitesse du vivier politique dont dispose l'exécutif.

Selon une source à l'Elysée, qui n'a pas exclu que l'annonce de la nouvelle équipe n'intervienne que la semaine prochaine, il "y aura des entrants, des sortants, et des gens qui vont peut-être changer de job à l'intérieur" du gouvernement.

"Il y a des évidences sur certains postes, il y a de la recherche sur d’autres, il y a des discussions qui continuent sur des entrants", a-t-elle ajouté. Il est par ailleurs "possible que des portefeuilles changent de périmètre, qu'il y ait des redécoupages à l'intérieur même des portefeuilles".

Évoquée par certains médias, dont le Canard enchaîné, l'idée d'un "bras de fer" entre Emmanuel Macron et le Premier ministre, Edouard Philippe sur le profil des nouveaux entrants a été balayée par l'entourage du chef de l'Etat.

Une idée repoussée avec force par Edouard Philippe lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

"Personne, jamais, ne mettra le début du commencement de la moitié d'une feuille de papier à cigarette entre le président de la République et le Premier ministre", a-t-il lancé.

A l'Elysée, on précise que "le Premier ministre a fait des propositions, certaines ont été retenues, d’autres non, et à partir de là s’est engagé un dialogue entre le président et le Premier ministre".


À LA RECHERCHE D'"UNE ÉQUIPE COHÉRENTE"

Le chef de l'Etat, qui compte avec cette nouvelle équipe donner un nouvel élan à son quinquennat après un été et une rentrée mouvementés, est attendu en Arménie mercredi soir où il participera au sommet de la francophonie avant de rentrer à Paris en fin de journée vendredi.

"Le remaniement n’aura pas lieu avant le départ du président de la République en Arménie ni tant qu’il sera à Erevan", a déclaré l'Elysée, précisant que le chef de l'Etat souhaitait "prendre tout le temps nécessaire, dans le calme, le professionnalisme et le respect des personnes, à la composition d’une équipe cohérente et de qualité au service des Français."

"Cette équipe doit correspondre aux équilibres sur lesquels il s’est engagé afin de poursuivre la mise en oeuvre de la feuille de route fixée le 9 juillet devant le Congrès et déployée depuis. Il souhaite aussi respecter le temps des vérifications légales", a ajouté la présidence dans un communiqué.

Le conseil des ministres s'est tenu mercredi avec le gouvernement actuel, le Premier ministre Edouard Philippe conservant sa casquette de ministre de l'Intérieur par intérim.

Traditionnellement délicat, le remaniement ressemble à un véritable casse-tête pour l'exécutif après le départ ces 17 derniers mois de plusieurs ministres issus de la société civile ou représentants du centre notamment.

Plusieurs noms de potentiels entrants, dont ceux Frédéric Péchenard et Jean Castex, proches de Nicolas Sarkozy, de Marc Fesneau (MoDem) ou du procureur de Paris François Molins, circulent depuis une semaine.


"SÉRÉNITÉ"

Pressenti ou approché, l'ancien premier adjoint de la maire de Paris Anne Hidalgo, Bruno Julliard et le président socialiste du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle Mathieu Klein ont fait savoir qu'ils ne feraient pas leur entrée au gouvernement.

Le retard pris pour présenter la nouvelle équipe - le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait indiqué la semaine dernière que la nomination du nouveau "premier flic de France" serait l'histoire de "quelques jours" - a alimenté mardi l'opposition politique qui a fustigé les "hésitations et les tergiversations" de l'exécutif et sa "fébrilité".

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a raillé l'annonce du report de la décision mercredi. "Sidérant bazar. Ni pilote, ni équipage", a-t-il écrit sur Twitter

A droite, le président du groupe Les Républicains (LR), Christian Jacob, a lancé le mot "Bérézina" au visage d'Edouard Philippe mardi à l'Assemblée nationale.

"Tout ça symbolise une immense fébrilité au sommet de l'Etat, avec une succession de couacs et une incapacité à tracer un cap, on se demande si la France a toujours un capitaine", s'est interrogé Guillaume Peltier, vice-président des Républicains, mercredi sur France 2.

Face aux critiques, Emmanuel Macron et Edouard Philippe se sont employés mardi à afficher leur sérénité. Le chef de l'Etat, qui a participé en fin d'après-midi à un jeu de questions réponses avec des entrepreneurs du numérique, s'est ensuite offert une courte promenade à pieds le long des quais de Seine.

Le Premier ministre a lui participé en fin de soirée à une patrouille de la brigade anti-criminalité (BAC) dans le 19e arrondissement de Paris avant de se rendre dans le commissariat de l'arrondissement pour y rencontrer les équipes de nuit.

"Le cap ne change pas", a déclaré mercredi le président de l'Assemblée nationale et proche du chef de l'Etat Richard Ferrand sur France Inter. "Le président de la République a fixé un cap, il l'a réaffirmé lors du Congrès au mois de juillet, le Premier ministre et son équipage tiennent la marée."


(Marine Pennetier et Jean-Baptiste Vey, avec Simon Carraud et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)