A partir de quel âge les enfants rendront-ils hommage à Samuel Paty?

Céline Hussonnois-Alaya
·3 min de lecture
Marche en hommage à Samuel Paty, le 20 octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine - Bertrand GUAY © 2019 AFP
Marche en hommage à Samuel Paty, le 20 octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine - Bertrand GUAY © 2019 AFP

Une minute de silence sera observée dans toutes les écoles, dans tous les collèges et dans tous les lycées après les vacances à la mémoire de Samuel Paty, le professeur d'histoire-géographie assassiné vendredi dernier à Conflans-Sainte-Honorine. Lors de cette annonce, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale qui souhaite "marquer le coup", avait précisé que les modalités de cette "séquence éducative" n'étaient pas encore définitivement arrêtées.

Est-ce possible en maternelle?

Certains appellent ainsi à la prudence. Comme le psychologue et psychanalyste Gérard Pavy, qui est catégorique: si c'est oui au primaire, c'est non en maternelle. "À partir de 6 ans, un enfant peut comprendre la mort et accéder au deuil, mais pas avant", explique-t-il pour BFMTV.com.

Imane Adimi, psychologue clinicienne et psychothérapeute, est moins définitive. "C'est compliqué de donner un âge précis mais je dirai qu'à partir du moment où le langage est maîtrisé, quand l'enfant peut parler et que les échanges sont possibles, alors c'est envisageable", détaille-t-elle pour BFMTV.com. En clair: entre la grande section de maternelle et le CP.

Ce qui implique tout de même certaines précautions. "L'enfant comprend ce qu'on lui dit, mais tout dépend du ton qui est utilisé et comment les choses sont amenées", ajoute cette psychothérapeute. Aux adultes d'adopter la bonne attitude. Cette psychologue qui a l'habitude de prendre en charge les enfants évoque ainsi le cas de la perte d'un membre de la famille, comme un grand-parent.

"Je recommande toujours d'expliquer à son enfant que mamie n'est plus là, qu'elle est au ciel, que c'est pour cela qu'on est triste et évoquer cet événement dans son propre mythe familial selon ses propres croyances. Car les non-dits sont pires."

Un vocabulaire adapté

Le psychanalyste Gérard Pavy est du même avis. Expliquer et faire participer l'enfant "permet de rendre les choses moins tragiques", précise ce professionnel. Car selon lui, ne pas verbaliser pourrait altérer sa compréhension des événements et plus largement sa vision de la mort. Mais cela doit se faire avec un vocabulaire adapté, simple et sans dramatiser.

"On peut expliquer la violence sans forcément entrer dans les détails, notamment de la décapitation. Les enfants ont certainement entendu parler de cet enseignant par la télévision, les discussions entre leurs parents ou les réseaux sociaux. Mais même à un enfant de 6 ans on peut dire que ce professeur essayait de faire découvrir à ses élèves la liberté d'expression, la tolérance, et que c'est pour cela qu'il a été tué."

C'est là toute la difficulté, selon Imane Adimi. "On ne parle de la même manière à un enfant de CP qu'à un adolescent ou un élève de terminale. Cela doit être réfléchi pour être expliqué sans minimiser ni effrayer, il n'est pas question que les enfants aient peur d'aller à l'école ou que leur enseignant soit tué." Mais selon elle, plutôt que d'évoquer des concepts abstraits, il serait préférable d'aborder les choses "à l'envers".

"La symbolique de la liberté d'expression, c'est difficile à comprendre pour un enfant, ça l'est déjà pour un adulte. Je pense que cela doit s'inscrire dans un temps pris pour évoquer la notion de respect avec des exemples concrets. On peut partir du vécu des enfants, de leurs jeux, comme 'ton amie aime jouer aux billes, pas toi, mais c'est quand même ton amie'. Et de ces situations de leur quotidien évoquer Samuel Paty. On peut dire que cet enseignant voulait partager ses connaissances avec ses élèves, que certains n'étaient pas d'accord et qu'au lieu de disctuer et de débattre, c'est allé trop loin et ça a mal fini."

Cette psychologue et psychothérapeute est elle-même déjà intervenue dans un établissement scolaire pour évoquer en classe la mort d'une élève. "Je fais confiance aux enseignants pour trouver les mots, mais ils auront besoin d'être accompagnés et de pouvoir réfléchir ensemble, avec leur direction, de l'attitude à adopter."

Article original publié sur BFMTV.com