Qui participera (ou non) à la marche contre l'islamophobie?

Romain Herreros
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Un homme brandissant une pancarte "Liberté, Égalité, Fraternité" lors d'une manifestation contre l'islamophobie à Toulouse.   (Photo: NurPhoto via Getty Images)
Un homme brandissant une pancarte "Liberté, Égalité, Fraternité" lors d'une manifestation contre l'islamophobie à Toulouse.   (Photo: NurPhoto via Getty Images)

POLITIQUE - Ce n’est plus une division, c’est une véritable fracture qui s’observe à gauche quand on évoque la marche contre l’islamophobie prévue ce dimanche 10 novembre à Paris. À deux jours de la manifestation, pros et anti-manifestation continuent de s’écharper sur les réseaux sociaux ou par médias interposés. Dernier exemple en date, ce tweet révélateur de Jean-Luc Mélenchon à l’endroit du philosophe Henri Peña-Ruiz, membre du parti de gauche (dont est issu le député des Bouches-du-Rhône) et très engagé sur les questions de laïcité.

”À Peña-Ruiz qui bavarde amicalement avec Zemmour et me laisse traiter d’islamo-gauchiste (sur CNews, ndlr). Ses amis Chassaigne et Brossat qu’il a soutenus aux européennes seront à la marche le 10 novembre. Le sectarisme ne mène pas plus loin que sur ce plateau indigne”, a tweeté le leader de la France insoumise.

En être ou ne pas en être, telle est la question qui agite la gauche, après que tout le monde s’est rendu compte que l’appel à manifester avait été signé par des personnalités controversées et que le texte fustigeait les “lois liberticides”, dont celle de 2004 qui interdit les signes religieux ostentatoires à l’école.

Parti socialiste, Europe Écologie Les Verts, France insoumise, parti communiste... Le HuffPost fait le point sur les décisions prises par les différentes formations de gauche.

Le Parti socialiste, c’est non, non, non

Olivier Faure, lors du 78e Congrès du parti en novembre 2018.  (Photo: Associated Press)
Olivier Faure, lors du 78e Congrès du parti en novembre 2018.  (Photo: Associated Press)

Ce sera sans les socialistes. Le bureau national du PS a décidé à l’unanumité de ne pas se joindre à cette manifestation. “Nous ne voulons pas nous associer à certains des initiateurs de l’appel. Nous ne nous reconnaissons pas dans ses mots d’ordre qui présentent les lois laïques en vigueur comme ‘liberticides’”, écrit le parti dirigé par Olivier Faure, sans mentionner le terme “islamophobie”. Selon Le Monde, le parti à la rose devrait proposer ces prochains jours l’organisation d’un rassemblement “contre la haine des musulmans” et inviter toutes les organisations républicaines à s’y rendre.

Le Parti communiste, c’est oui (mais...)

Le premier secrétaire du PCF Fabien Roussel lors d'une réunion à Cherbourg-Cottleville au mois de février (Photo: CHARLY TRIBALLEAU via Getty Images)
Le premier secrétaire du PCF Fabien Roussel lors d'une réunion à Cherbourg-Cottleville au mois de février (Photo: CHARLY TRIBALLEAU via Getty Images)

Dans un communiqué diffusé ce vendredi, le Parti communiste a appelé à manifester “partout en France” afin de s’opposer “massivement au racisme antimusulman, à l’antisémitisme, à toutes les manifestations de discrimination, à toutes les incitations à la haine religieuse”. À noter que le PCF, très attaché aux principes de laïcité, ne s’est pas tout de suite positionné en faveur de cette marche, à cause notamment du mot d’ordre. Fabien Roussel, secrétaire national du parti, avait fait savoir qu’il ne s’y rendrait pas, alors que l’ex-tête de liste aux européennes Ian Brossat ou encore le député Stéphane Peu avaient eux signé l’appel à manifester. “La déclaration, faite pour les nôtres, a pour but de dissiper tout malaise”, a indiqué ce vendredi l’entourage de Fabien Roussel à l’AFP.

Les Insoumis, oui, mais pas Ruffin

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Jean-Luc Melenchon à l'Assemblée nationale le 5 novembre (Photo: THOMAS SAMSON via Getty Images)
Jean-Luc Melenchon à l'Assemblée nationale le 5 novembre (Photo: THOMAS SAMSON via Getty Images)

Jean-Luc Mélenchon fait partie des signataires de l’appel. Et alors que la polémique enflait concernant la teneur du texte et certains signataires, le député des Bouches-du-Rhône a explicité sa position sur son blog. “Certes, ‘islamophobe’ est un mot que nous n’aimons pas. Certes, nous préférons combattre la ‘haine des musulmans’. Mais la question posée aujourd’hui n’est pas du tout celle du droit ou non de critiquer une religion. (…) Il s’agit de combattre une attitude de haine aveuglée poussant aux mauvais traitements et au crime contre les croyants réels ou supposés d’une religion”, écrit le leader de la France insoumise qui a décidé samedi 9 novembre d’aller grossir les rangs. Si tous les députés insoumis ne défileront dimanche (François Ruffin n’y sera pas), tous ont exprimé leur solidarité avec le mouvement.

EELV est très divisé

Yannick Jadot, avant un débat sur le score de sa liste aux européennes au mois de mai.  (Photo: POOL New / Reuters)
Yannick Jadot, avant un débat sur le score de sa liste aux européennes au mois de mai.  (Photo: POOL New / Reuters)

Chez les Verts, chacun fait à peu près comme il l’entend. Après avoir signé l’appel à manifester, Yannick Jadot avait finalement retiré sa signature car il ne validait pas “l’ensemble du texte”. Dans la foulée, il avait annoncé qu’il ne se rendait pas à Paris pour manifester. “Il se dégonfle”, avait pesté auprès du HuffPost un élu de son parti. Pour autant, d’autres membres de sa formation maintiennent leur participation. Interrogé sur sa signature de l’appel, le secrétaire national d’EELV, David Cormand a dit “bien-sûr” assumer le texte. Plusieurs élus écolos seront donc présents, à l’instar de la sénatrice Esther Benbassa, qui a publié une vidéo pour expliquer sa démarche.

Lutte ouvrière, c’est oui

Nathalie Arthaud lors d'un meeting pour les européennes à la Mutualité à Paris.  (Photo: NurPhoto via Getty Images)
Nathalie Arthaud lors d'un meeting pour les européennes à la Mutualité à Paris.  (Photo: NurPhoto via Getty Images)

Alors que la formation trotskiste ne cessait de dénoncer le terme “islamophobie”, Lutte ouvrière a apporté son soutien sans détour à la marche de dimanche. La porte-parole du parti d’extrême gauche, Nathalie Arthaud, en a fait l’annonce dès mardi 5 novembre. “En participant à ces manifestations, Lutte ouvrière tient à affirmer sa solidarité avec tous ceux qui sont injustement pointés du doigt. Plus que jamais, il faut affirmer que les travailleurs, quelle que soit leur origine ou leur religion, constituent une même classe, avec les mêmes intérêts à défendre et un même combat à mener pour s’émanciper et changer la société”, écrit le parti dans un communiqué.

Le NPA y sera aussi

Olivier Besancenot à Paris lors d'une manifestation des gilets jaunes (Photo: LUCAS BARIOULET via Getty Images)
Olivier Besancenot à Paris lors d'une manifestation des gilets jaunes (Photo: LUCAS BARIOULET via Getty Images)

Au NPA, c’est oui depuis le début. Le parti compte parmi les signataires de l’appel. À noter que le positionnement de la formation anticapitaliste n’est pas vraiment une surprise. En février 2010, le NPA avait présenté une femme voilée dans le Vaucluse à l’occasion des élections régionales.

Génération.s, c’est oui

Benoît Hamon lors d'un meeting au mois de mai.  (Photo: NurPhoto via Getty Images)
Benoît Hamon lors d'un meeting au mois de mai.  (Photo: NurPhoto via Getty Images)

Dès le début, Génération.s s’est positionné pour. “Il est indispensable de s’opposer massivement au déferlement de haine contre les musulmans et toutes celles et ceux que l’on désigne comme tels, seule définition de l’islamophobie”, indique la formation hamoniste.

Hors partis politiques, la CGT ainsi que l’association Attac ont également décidé de se joindre au mouvement.

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